Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman Les larmes d'Andromaque - Tome I: Le lycée Arago

Les larmes d'Andromaque - Tome I: Le lycée Arago

Au lendemain de mai 68, Hisham Basrani, un lycéen introverti tiraillé entre deux cultures, s'évade de son quotidien à Arago en rêvant d'Andromaque. Dans son carnet noir, il réinvente l'épopée de Troie. Sa vie bascule lorsqu'il rencontre Rolande, une caissière séduisante, tout en étant fasciné par une mystérieuse femme aux yeux verts. Entre désir et quête identitaire, le jeune homme s'engage dans une aventure marquante dont il ne ressortira pas indemne.
Chapitres
Partager

Chapitre 2

À midi, le professeur termina son cours, et Hisham quitta enfin le collège triste. C’était presque la fin de l’hiver, un hiver qui s’inclinait avec une certaine difficulté, pesant de tout son poids sur un printemps qui tardait à pointer son nez. Il respira l’air froid et un peu humide de ce mois de février, maussade et désagréable, qui couvrait Paris depuis plusieurs jours.

D’habitude, Hisham déjeunait avec une demi-baguette et un morceau de fromage qu’il prenait dans un petit square situé sur le Cours de Vincennes.

Cette fois, il dérogea à son habitude et se dirigea vers le stand de frites qui stationnait sur la place en face du lycée. Il commanda un sandwich au gruyère accompagné d’une assiette de frites et grimpa sur le tabouret en bois.

Quelquefois, lorsque le temps était vraiment mauvais ou pluvieux, Hisham allait directement au café pour faire quelques parties de flipper. Mais ce jour-là, Hadrien n’avait pas le temps de l’accompagner. Frédéric et Kim, les deux autres acolytes n’avaient pas le temps eux aussi. C’était toujours comme ça. Si Hadrien n’était pas de la partie, les autres ne venaient pas. Hisham avait compris depuis longtemps que c’était son amitié avec Hadrien qui le faisait accepter et tolérer par ses autres camarades. On le trouvait bizarre, un peu prétentieux.

Hisham avait devant lui deux heures avant la reprise des cours. Il pensa qu’il ne pouvait pas se permettre de rester aussi longtemps dans un café, pour au moins deux bonnes raisons :

La première raison, c’était que malgré son goût pour l’ambiance des cafés, surtout l’hiver, où il pouvait apprécier la chaleur, deux longues heures, seul, dans un café, c’était passablement ennuyeux.

La seconde raison, plus évidente, c’était qu’au bout de vingt minutes, le serveur n’arrêtait pas d’aller et venir, en faisant mine d’essuyer les tables vides, afin de vous faire comprendre que vous deviez renouveler votre consommation ou libérer la table.

Comme il n’avait pas l’intention d’avaler six tasses de café pour tuer les deux longues heures qu’il avait devant lui, Hisham décida donc de s’attarder un peu au stand de frites.

Un stand d’auto-tamponneuses s’était installé depuis une semaine, sur un angle de la grande place de la Nation, en face de l’avenue Dorian. Hisham aimait bien les auto-tamponneuses.

Il avala rapidement le sandwich au goût légèrement fade et fit un signe au serveur qui discutait du PMU avec un client qui semblait un habitué des courses.

Il s’approcha du stand et prit trois jetons à la caisse. Il jeta discrètement un regard vers les deux jeunes filles qui étaient accoudées contre la rampe. Il les avait remarquées trois jours auparavant, et depuis, il se demandait de quelle manière il devait les aborder. La fille aux cheveux châtains était assez petite de taille et semblait un peu quelconque, mais son amie, une blonde aux cheveux coupés à la garçonne, habillée assez court malgré le froid, avait une jolie silhouette avec un visage aux traits souriants et un regard profond.

Hisham avait mis en place un scénario simple mais qu’il pensait efficace pour les aborder. La difficulté résidait dans le fait d’avoir l’air naturel.

Cette habitude de mettre en place des plans pour aborder les filles lui donnait l’impression d’être un fin stratège. Un séducteur habile et entreprenant. En réalité, il ne voulait pas s’avouer qu’il était tout simplement un peu pleutre et d’une timidité excessive.

Il était comme ces acteurs de théâtre qui avaient besoin de répéter plusieurs fois leur rôle pour se pénétrer enfin de leur personnage.

Hisham fit d’abord un tour seul, sur la piste, puis prit soin d’arrêter la voiture, à la fin du tour, juste en face de l’endroit où se trouvaient les deux filles.

Il rassembla son courage et lança à la jolie blonde qui s’appelait Rolande.

— Mademoiselle, vous voulez monter ? Mais seulement, si vous n’avez pas trop peur de recevoir des coups.

La jeune fille hésita un instant, consulta du regard son amie, puis s’installa à côté de lui.

Elle répondit d’une voix claire :

— Merci, c’est très gentil.

Hisham esquissa un sourire aimable puis s’écarta un peu au moment où elle montait dans la voiture.

La jeune fille était à peine assise qu’une voiture venant par-derrière et conduite par un jeune loubard à la mine plutôt agressive les envoya violemment à l’autre bout de la piste.

Le choc projeta contre lui Rolande qui laissa échapper un petit cri en riant.

Hisham remarqua que la jeune fille avait un joli rire sonore, et son parfum bon marché, aux senteurs un peu trop épicées, avait quelque chose de troublant et de très excitant.

Son cœur battit un peu plus vite lorsqu’elle se colla contre lui. Sa robe très serrée remonta jusqu’en haut de ses cuisses, rondes et fermes gainées d’une soie noire et brillante.

Le tour terminé, Hisham proposa de faire un tour à son amie qui attendait sagement appuyée contre la rampe.

Il avait fait cette proposition par pure courtoisie.

À défaut d’amitié, les filles entretiennent souvent entre elles une complicité qui les unit étroitement et où les garçons sont rarement admis. Hisham pensait qu’il était maladroit de vouloir rompre ou simplement de donner l’impression de rompre cette complicité, et qu’il valait mieux afficher une certaine aisance et ne pas donner l’impression d’être trop intéressé. Il se persuadait que cette attitude neutre rassurait les filles et établissait un climat de confiance.

Hisham avait noté et inscrit tous ces détails dans son petit carnet, avec un sérieux qui lui donnait l’illusion d’être un séducteur très adroit, connaissant toutes les ficelles.

Il se croyait un calculateur froid et méthodique, capable d’échafauder des plans soigneusement préparés, pour parvenir à ses fins. En fait, il n’était qu’un gamin inexpérimenté et renfermé sur lui-même. Son manque de spontanéité devant les femmes était simplement le fruit d’un excès de timidité et de romantisme.

Les femmes lui semblaient pleines de beauté, de charme et de poésie, entourées par un halo d’étrangeté et de mystère. À seize ans, Hisham avait le cœur trop vaste, mais désespérément vide. Il voulait aimer toutes les femmes, mais il n’en connaissait aucune. Il était amoureux de leur charme, de leur séduction, mais il avait peur de les approcher.

L’amie, qui avait deviné les intentions du jeune homme, refusa d’un signe de la main la proposition, et esquissa en guise de sourire, une grimace chargée de sous-entendus.

Rolande qui avait commencé à se lever se rassit aussitôt. Elle se rapprocha et se pressa contre lui lorsque la voiture démarra.

Hisham était très troublé par la présence de la jeune fille, à ses côtés. Étonné aussi, par sa gaîté naturelle, par cette impression de facilité qu’il croyait deviner. La robe très serrée, qui remontait à chaque choc, l’empêchait de se concentrer.

Plus tard, les deux filles lui expliquèrent qu’elles devaient reprendre leur travail. Elles travaillaient toutes les deux dans le supermarché Inno, qui se trouvait juste à côté du café. Rolande était caissière. Son amie était vendeuse.

Hisham serra la main de Rolande en exerçant volontairement une pression un peu appuyée pour lui signifier d’une manière discrète son intérêt pour elle.

Il lui demanda en souriant :

— Je te reverrai, demain ?

La jeune fille parut surprise. Elle répondit sans grande conviction :

— Pourquoi pas ? Si tu veux.

Hisham savait que les filles répugnent souvent à dévoiler leurs pensées intimes. Pourtant, Rolande aurait pu montrer un peu plus d’empressement.

Il répondit simplement :

— À demain, alors.

Il regarda les deux filles traverser la grande place et se diriger avec célérité vers le magasin. Il espérait que Rolande se tournerait pour lui faire un dernier petit signe de la main.

Mais la jeune fille franchit la porte du magasin sans se retourner.

Après le départ de Rolande, le stand perdit de son intérêt. Il consulta sa montre. Il lui restait encore une bonne heure avant la reprise des cours.

Il resta un moment indécis sur ce qu’il devait faire. Il se sentait un peu troublé et énervé par le souvenir de la jeune fille. Il évoqua son parfum, la douceur de ses jambes, la rondeur de ses cuisses, lorsque sa robe s’était un peu relevée. Il éprouva un petit pincement au cœur à l’évocation de ce détail. Le travail insidieux de la chair commençait son œuvre. Il le jetait dans un état inhabituel et nouveau. Une crainte mêlée de trouble mais terriblement délicieuse.

Il se reprocha son manque de courage et d’audace. Dans l’auto, il aurait pu la prendre par la taille, lui glisser discrètement un baiser sur le cou. C’était facile, et il n’aurait rencontré certainement pas beaucoup de résistance. C’était pourtant ce qu’il avait projeté de faire dans le scénario qu’il avait élaboré soigneusement la veille.

Hisham resta dans cet état d’esprit pendant un court moment. Il avait réussi à aborder une fille sans trop de difficulté. Il lui plaisait certainement. Il pensa qu’il ne fallait pas hâter les choses. Il avait du temps devant lui pour atteindre son objectif. Cette perspective rassurante lui confirma qu’il s’était comporté comme un habile séducteur.

Après cette rétrospective de la situation qui le conforta dans la bonne opinion qu’il avait de lui-même, il quitta la place et se dirigea vers le café.

Il était un peu en avance. Hadrien avait l’habitude de le rejoindre une demi-heure environ avant la reprise des cours de l’après-midi. Avec un peu de chance, il pouvait rencontrer Kim ou Frédéric. Ça ferait l’affaire.

Aucun des deux ne se trouvait au café. Il se rabattit sur le vieux flipper qui était libre. Il fouilla dans son portefeuille et tira un billet, puis se dirigea vers la caisse pour faire de la monnaie.

La gérante, une femme d’une cinquantaine d’années, au visage fané et marqué par la couperose, lui tendit les pièces sans le regarder.

Il fit deux parties sur le vieux flipper sans aucun succès, mais à la troisième, il entendit avec satisfaction le bruit sec et brutal qui annonçait une nouvelle partie gratuite.

Son visage exprima une moue de satisfaction un peu puérile.

Par jeu, plus que par superstition, Hisham s’était dit au commencement de la partie que s’il parvenait à obtenir une partie gratuite, cela signifierait la réussite de son projet concernant la jolie Rolande, cette fille pétillante qu’il avait abordée au stand d’auto-tamponneuses.

Le sort jouait donc en sa faveur.

Après la partie gratuite, Hisham hésita un moment. Il ne savait pas s’il allait prendre son café au comptoir et attendre ses amis, ou bien s’installer tranquillement au fond de la salle.

Hisham avait des manies. Il évitait de prendre ses consommations au bar, lorsqu’il était seul. La plupart du temps, ceux qui s’accoudaient au comptoir étaient des habitués, qui parlaient fort, riaient pour un oui ou pour un non.

Hisham avait remarqué que ces mêmes gens, souvent des ouvriers ou des employés, évoluant la plupart du temps dans un milieu masculin, exprimaient une revanche hargneuse et agressive à l’égard des femmes qui ne les calculaient pas. Les remarques grivoises, accompagnées de rires, qu’ils lançaient à l’égard de celles-ci les vengeaient du mépris et de l’indifférence dans lequel les reléguait leur statut social.

À cause de cette promiscuité gênante, Hisham n’aimait pas trop rester au comptoir. Mais ses camarades n’allaient pas tarder à arriver.

Il joua donc du coude et fit un geste au garçon pour commander un café.

Vous aimerez aussi

Couverture du roman Choisie par le Dragon
8.7
Face à l'affaiblissement génétique de sa lignée, le cruel roi Dalyer cherche désespérément un héritier robuste. Lucy, désignée comme la génitrice idéale, se retrouve piégée dans un palais corrompu. Amos, tiraillé entre son devoir et ses sentiments pour elle, doit choisir son camp. Alors que le destin du Royaume des Dragons vacille, Idris se joint à la lutte finale pour renverser le tyran. Entre passion interdite et quête de liberté, l'issue de ce combat changera tout.
Couverture du roman Les jumeaux loup garou
8.5
Au Cameroun, Warren et Oscar sont des jumeaux nés fusionnés dans un seul corps. Dans le ventre maternel, Oscar a cessé de croître, forçant son frère à l'absorber pour qu'il survive en lui. Considérés comme des sorciers maléfiques à Yaoundé, ils inspirent la terreur. Si Warren agit, c'est l'immobile et ténébreux Oscar qui commande. Liés par un pacte de sang et de cannibalisme utérin, ils sèment la mort autour d'eux. Qui a envoyé ces êtres démoniaques pour anéantir leur entourage ?
Couverture du roman L'éveil des destins
8.9
Dans un monde où l'équilibre entre humains, loups-garous et vampires vacille, Elara, une orpheline délaissée de 17 ans, voit sa vie basculer. Sa rencontre avec Darian, le puissant et mystérieux chef des loups-garous, l'entraîne dans une quête périlleuse. Alors que des secrets anciens refont surface, Elara découvre sa véritable nature. Liés par un destin commun, ils affrontent trahisons et forces obscures, prouvant que l'amour peut fleurir au cœur du chaos et des mystères.
Couverture du roman L'héritier au trône
8.7
Après dix ans d'attente, le roi Marcel célèbre la naissance d'un héritier, mais perd son épouse Luna lors de l'accouchement. Affaibli par le deuil, il est trahi par son meilleur ami qui s'empare du trône et condamne la famille royale à l'exil. Un mois plus tard, le souverain déchu s'éteint, laissant les siens démunis. Dix-sept ans après ce drame, Marcus, le fils de Marcel, revient réclamer son héritage légitime. Parviendra-t-il à reconquérir la couronne de son père ?
Couverture du roman L'Héritière condamnée: Épouser le milliardaire
9.7
Incarcérée à tort durant cinq ans, je sors de prison pour être bannie par ma propre famille. Ma sœur s'est emparée de mon fiancé, Faucon, le traître qui m'a piégée. Pourtant, après les avoir sauvées d'une embuscade grâce à ma nouvelle force, elles m'abandonnent lâchement. Devenue le Dr X, génie convoité, je propose un pacte à Horatio Marbre : soigner son grand-père contre un mariage. Protégée par son empire, je compte anéantir mes ennemis, enceinte de l'enfant de Faucon.
Couverture du roman L'héritière est revenue après quatre ans de prison
7.8
Jadis héritière comblée, Maia a tout perdu lorsque la vraie fille de sa famille l'a piégée. Après quatre ans de prison, elle revient mariée à Chris, un marginal présumé. Alors que ses proches la croyaient brisée, elle révèle ses talents cachés : joaillière d'exception, hackeuse et chef renommée. Tandis que sa famille implore son aide, elle découvre que Chris, loin d'être un bon à rien, est un puissant magnat qui l'aime secrètement depuis toujours. Un destin bouleversé.