
Les gladiatrices du XXIe siècle - Tome II
Chapitre 3
Monsieur propose à Yves d’aller se restaurer en cuisine mais celui-ci lui dit qu’il a mangé avant de prendre le taxi, tout va bien. Entre les tournées pour les captives, vous pouvez faire comme les autres et vous étaler au soleil pour bronzer. À quatorze heures on appareille pour la semaine, on ne pourra plus quitter le navire avant d’être rendu à destination, alors profitons-en au maximum. Yves s’éloigne et monte sur le pont supérieur, enlève son tee-shirt et s’allonge sur d’épais coussins blancs. Mourad et Didier sont dans le jacuzzi à faire trempette au milieu des bulles, ils rient comme des enfants, eux qui n’avaient jamais testé semblable appareil. Ils trouvent cela agréable et se promettent d’y revenir si le temps est favorable, ce qui semble être le cas d’après monsieur. Celui-ci rentre pour discuter avec leur hôte tandis que Nana prolonge son exposition au rayonnement solaire, elle veut rentrer noire, elle bronze facilement. Ça rendra Noémie et Ingrid vertes de jalousie, elle en sourit à l’avance, elle va profiter longuement des plages offertes par le yacht, elle peut en bénéficier car ils sont peu nombreux à pouvoir le faire. Le repas est servi pour toute l’équipe et ils mangent en compagnie du prince Abd al Karim qui se fait un plaisir de les initier à la cuisine de son pays. Il leur fait goûter du ragoût de poulet avec la traduction en arabe (chititha djedj).
Suivi par de la viande hachée et des pommes de terre (bourek) lorsqu’ils sont en fin de repas on leur apporte des beignets et des biscuits arabes. Monsieur tient à s’exprimer au nom du groupe.
— C’est délicieux, votre cuisine est très raffinée et j’ai fortement apprécié tous ces mets, merci de nous rendre moins idiots.
Le prince rit de bon cœur, il est ravi de leur avoir fait plaisir. Ensuite vient le sacro-saint passage par la case thé, il est servi en levant haut la théière et en laissant s’écouler le liquide brûlant dans la tasse posée sur la table. Pas une goutte à côté, l’odeur de la menthe emplit l’atmosphère et leur donne envie d’y tremper les lèvres.
— Faites attention, c’est très chaud, vous devriez attendre un peu avant de boire ; après nous prendrons la mer pour notre périple, vous verrez comme c’est agréable d’être à bord de ce navire.
— Je ne vous remercierai jamais assez, vous êtes avec votre frère des personnes uniques avec qui j’ai fortement envie de collaborer, je suis comblé d’avoir réussi à rencontrer deux personnes comme vous.
Lorsque la boisson ne fume plus, chacun prend sa tasse et commence à savourer le liquide verdâtre, un vrai régal pour le palais, jamais ils n’ont bu un tel breuvage, ça va bien avec ce qu’ils ont mangé plus tôt. Le capitaine du yacht vient annoncer à son patron qu’il est l’heure de lever l’ancre, celui-ci se lève en s’excusant auprès de ses invités et va s’occuper de donner des ordres aux membres de l’équipage.
Les deux énormes moteurs Caterpillar se mettent à ronronner faiblement puis progressivement la vibration se fait plus perceptible et déjà on voit le sillage fait par le bateau qui avance, il prend de la vitesse et se stabilise lorsqu’il a atteint les vingt nœuds. Monsieur qui est toujours ravi d’apprendre quelque chose est allé voir au poste de pilotage comment se déroule la manœuvre.
— À cette vitesse, nous serons rendus dans huit jours, la météo est bonne et nous allons longer les côtes pour gagner du temps. Nous partons par la Méditerranée en voguant vers le Détroit de Gibraltar, puis nous longerons la côte occidentale de l’Afrique pour passer sous L’Afrique du Sud afin de gagner l’Océan Indien et remonter vers Madagascar puis naviguer jusqu’à destination. À partir de maintenant, vous pouvez vous organiser pour faire sortir les prisonnières à votre convenance. Je pense qu’il faudra les laisser attachées pour éviter tout risque de suicide, qu’elles n’aient pas l’idée de sauter à l’eau.
— Vous avez raison, c’est ce que j’avais pensé aussi, ce serait dommage de perdre des filles pareillement entraînées.
— Eh bien voilà, nous sommes partis pour une escapade marine d’une semaine, profitez-en bien car en avançant la brise nous rafraîchit, mais là-bas, ce sera bien différent, vous aurez très chaud. Il faudra faire attention à ne pas attraper d’insolation, vous devrez vous couvrir la tête au risque d’être malade. Mais de toute façon, nous avons un médecin, il sera là pendant les combats pour soigner d’éventuelles blessées. Alors il pourra vous soigner le cas échéant, mais rassurez-vous, en faisant attention il ne vous arrivera rien de fâcheux. Et puis les travées réservées aux invités sont sous abri, il y a des tentures qui protègent, il n’y a que les gladiatrices qui seront au soleil. Pour elles, ce sera difficile malgré l’entraînement que vous avez fait avec du chauffage, car dans le désert la température est suffocante, vous verrez tout cela sur place, dans une semaine.
Effectivement, maintenant que le yacht avance, la brise vient fouetter les visages et c’est bien agréable comme sensation. Monsieur va trouver Mourad et Yves sur le pont supérieur et leur demande de commencer à sortir deux filles en les gardant enchaînées, de les placer sur la plage avant et de veiller sur elles. Ils s’éclipsent aussitôt et bientôt Lydie et Sandra sont installées au soleil ; elles doivent plisser les yeux et mettre un bras devant leur visage pour se protéger de la grosse lumière, plus de trois mois sans sortir à l’air libre, ça laisse des traces.
— Elles avaient bien besoin de s’aérer, il faut qu’elles réapprennent à être sous le soleil, elles combattront ainsi alors il faut les préparer. Chaque heure, deux filles sont sorties des cabines et montées sur le pont, on voit qu’elles manquent d’habitude par rapport à la grande clarté, elles seront réhabituées à cela matin et après-midi. Entre deux sorties de captives, il n’y a rien à faire, alors bronzette pour toute l’équipe. En plus de la chaleur supportable de l’extérieur, ils ont la chance d’avoir du personnel qui vient les approvisionner en boissons fraîches régulièrement. Leur hôte a pris monsieur sous son aile et lui fait visiter les quatre ponts du yacht, en lui racontant à quoi servent tous les éléments qu’ils rencontrent au fur et à mesure de leur tournée.
Monsieur d’Avignon est très impressionné par la grosseur des deux moteurs, un à tribord (à droite pour les néophytes) un à bâbord (à gauche) autant dans les cabines et sur les ponts on ne les entend pas, par contre dans leurs locaux c’est différent et la chaleur y est étouffante. Pour fêter le départ, le prince invite toute l’équipe sur le pont supérieur où se trouve la salle à manger et le salon de plein air, juste protégés par une bâche ; être dehors, sans soleil et avec la brise est une sensation qu’un terrien ne peut pas connaître. Et là, tous les sept découvrent un autre monde que le leur, ils sont surpris par ce changement radical d’impression, ils découvrent le plaisir de naviguer. De temps à autre, de gros oiseaux marins viennent tournoyer autour de bâtiment pour voir s’il n’y a pas de quoi manger, puis lassés ils changent de cap et repartent en quête de nourriture. Leurs cris sont stridents et lorsqu’ils sont nombreux cela fait un ramdam du diable, mais en gagnant un peu la haute mer, ce sera moins bruyant. Mais il est tout de même plaisant de voir et d’entendre ces sortes d’oiseaux qu’ils ne connaissent pas ; les mouetteset les goélands, les frégates, les fous, les cormoranset quelques autres encore. Tout un panel sans cesse renouvelé et qui virevolte continuellement au-dessus de leurs têtes. Nana est convaincue que ce voyage initiatique va lui apporter de nombreuses réponses à ses questions, elle est ravie de la tournure que prennent les évènements. Et puis cela fera un intermède agréable aux dix filles enfermées sous leurs pieds, elles pourront voir le soleil au moins deux fois par jour, c’est une bonne chose pour elles. Outre les dix-sept personnes nouvellement embarquées il y a en plus du prince, huit membres d’équipage qui sont chargés du bon fonctionnement du bateau. Ils sont là pour veiller sur les invités, ceux-ci ne doivent manquer de rien et ils s’y emploient avec célérité. Ils parlent tous le Français et il est facile de dialoguer avec eux, l’équipe avait peur de la barrière de la langue mais l’émir a choisi son personnel en fonction pour qu’il puisse communiquer avec les invités.
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