
Les gladiatrices du XXIe siècle - Tome I
Chapitre 2
Au menu du soir, potage aux champignons, tourte aux épinards et au fromage de chèvre, fromage et dessert. Le repas se déroule paisiblement et ils en profitent pour parler de leur fille, Claire Marie, dix-huit ans, qui est en pension en Suisse, où elle va passer son bac « S » et suit des cours de maintien en société. Elle rentre en faculté de médecine à la rentrée suivante et arrive le lendemain par le train en provenance de Genève direct Paris. Elle n’est pas au courant des activités libertines de ses parents et ils devront faire attention comme d’habitude en sa présence à ne pas se trahir durant leurs conversations.
Après ce bon dîner, ils retournent au salon pour regarder « des Racines et des Ailes » une émission sur le patrimoine littoral de méditerranée. Tout en regardant l’écran plat extra large ils dégustent, lui une Verveine du Velay et elle, un Génépi. À la fin de l’émission, ils montent au deuxième étage pour saluer Charles Édouard, passent un moment avec lui et redescendent au premier pour gagner leur chambre et se couchent.
À six heures trente, le réveil sonne mais monsieur est déjà réveillé, ou plutôt, il n’a que très peu dormi tant le nouveau projet l’habite à plein temps. Il se lève sans bruit et descend à la cuisine où il trouve Maria en train de faire chauffer du café qui embaume la pièce. Ils se disent bonjour et monsieur ouvre le journal déposé sur la table à son intention. Henryk est allé le chercher avec les croissants, les pains au chocolat et le pain tout frais sortis du four. Monsieur d’ Avignon feuillette le quotidien à la recherche des faits divers pour y puiser des idées. Il arrive parfois que des gens fassent des choses qui sortent de l’ordinaire, en bien ou en mal.
À huit heures trente, Henryk repart pour faire les courses demandées par Maria pour la cuisine et par monsieur. Maria a fini de préparer le petit déjeuner pour madame et le fils ; elle leur monte le plateau que chacun prendra dans sa chambre avant de se laver et s’habiller. Marie-Louise descend rejoindre son époux et attendre que leur domestique revienne avec les objets demandés. À dix heures cinq, Henryk est de retour avec le tableau à feuilles et dix feutres de couleurs différentes. Il installe le tableau dans le bureau de monsieur situé à l’arrière de la chaumière, pose le paquet de feutres et ressort pour vaquer à ses occupations. Les époux d’Avignon pénètrent dans la pièce et tirent deux fauteuils de bureau qu’ils placent devant la fenêtre, face au tableau.
Marie Louise s’assoit tandis que Jean Charles se positionne à côté du tableau. Il commence à découvrir une feuille et choisit un feutre noir pour écrire.
Par où commençons-nous ? Ils réfléchissent quelques instants et Marie Louise prend la parole.
— D’abord choisir l’équipe qui va opérer les enlèvements. À quoi penses-tu ?
— Trois hommes, un chauffeur, deux hommes et une jeune femme pour servir d’appât. En même temps, il faut le local où enfermer les filles et les entraîner.
Au fur et à mesure qu’il parle, il transcrit les paroles sur le papier. Il a une jolie écriture, régulière, arrondie et penchée à droite. On lui a déjà dit qu’il avait une écriture un peu féminine et qui montre un esprit tourné vers le futur. Il en est très fier.
Après l’équipe de base et le local, il doit penser à la ou les personnes qui serviront à l’entraînement des combattantes. En même temps, il faut trouver le sponsor qui va financer le projet et recruter les spectateurs qui vont payer la place leur permettant d’assister aux combats. Ce sont ces personnes qui vont rapporter l’argent aux époux. Et beaucoup d’argent ; il pense faire payer deux cent cinquante mille euros la place. Avec simplement dix personnes, cela représente deux millions cinq cent mille euros. Et il en espère bien plus. L’affaire du siècle qu’il ne faut surtout pas louper.
Pendant qu’il écrit leurs idées, il continue à réfléchir à tous les aspects de cette entreprise. Trouver le matériel pour garder les filles, celui pour les entraîner, celui pour les combats et aussi pour le transport hors de France. Avoir l’autorisation pour construire une arène où pourront être gardées les filles et combattre devant un public avide de sensations fortes. Il faut également trouver une banque dans un paradis fiscal et qui ne déclare rien au fisc Français.
Déjà, trois feuilles sont remplies de la belle écriture de monsieur. Il est maintenant onze heures quarante et il va être l’heure de déjeuner. Il se dirige vers le salon et sonne Maria pour commander un apéritif. Un whisky et un Martini Rosso. La cheminée ronfle dans l’âtre et ils se laissent bercer par la douce chaleur de la pièce et celle de la boisson. Comme chaque jour, à douze heures, ils s’avancent vers la salle à manger où tout est déjà prêt pour le repas. En repoussant la chaise où vient de prendre place son épouse, il lui glisse à l’oreille que dans l’après-midi il va chercher sur Internet un possible sponsor. Alors, elle sera libre pendant ce temps.
Le repas est toujours aussi bon avec de la truite fumée au citron d’Italie, un pigeonneau aux petits pois, du fromage et des fruits en dessert.
Après être sorti de table, monsieur embrasse sa femme et va dans son bureau tandis qu’elle se cale dans son fauteuil près de la cheminée pour lire un roman d’aventures qu’elle a pris dans la bibliothèque, bien fournie, héritée des parents de son époux.
Monsieur s’assoit devant son ordinateur et pianote sur le clavier dans Google : « télécharger un logiciel pour masquer l’IP de mon ordinateur ». Il a pensé que ce serait bien mieux de masquer son adresse Internet donc son adresse personnelle. Il sélectionne : télécharger un logiciel VPN gratuitement (Virtual Private Network soit Réseau Privé Virtuel) En quelques instants, le logiciel est chargé et paramétré. À partir de ce moment, il sait qu’il peut naviguer en toute tranquillité, il ne sera pas repéré. Il retourne dans Google et tape sa question : « Où organiser des combats de gladiatrices dans un pays du Golfe ? » En quelques instants, une liste de réponses s’affiche à l’écran. Il fait défiler les différentes réponses et en choisit une qui semble correspondre à sa recherche. On y parle d’un pays du Golfe, de sa population, de son climat et de ses dirigeants. Tout en lisant le texte qui s’offre à ses yeux, il note certaines informations qui l’intéressent sur un bloc-notes. Les noms, les adresses électroniques et les lieux dont il pense qu’ils pourront lui être utiles. Il fait de même avec deux autres réponses et il se retrouve avec une page remplie d’informations.
Après avoir pris le Grand Atlas mondial sur une étagère, il le feuillette et trouve la page qui correspond au premier choix inscrit dans le carnet. Le pays se trouve en bord de mer, cela facilitera le transfert des filles par voie maritime et offrira un gage de sécurité ; moins de contrôles que par la route et moyen de s’échapper rapidement en cas de problème. Après avoir bien repéré les lieux, il revient s’asseoir devant l’ordinateur et va sur sa messagerie. Là, il sélectionne : « écrire un nouveau mail ». Il tape la première adresse inscrite sur son carnet et continue avec le texte à expédier.
« Je cherche une personne capable de m’aider à monter une entreprise de quelque chose qui ne s’est jamais déroulée de par le monde depuis des siècles. Quelque chose ayant trait aux jeux du cirque de la période Romaine et uniquement visible par quelques privilégiés capables d’allonger une forte somme d’argent. Si vous êtes intéressé, merci de répondre dans les plus brefs délais »
Après ces recherches, il se dit qu’il doit attendre la réponse avant d’envoyer d’autres messages car il ne pourra pas répondre à plus d’un interlocuteur à la fois au risque de mécontenter les personnes qui auraient accepté et ne seraient pas choisies.
Il éteint l’ordinateur et va rejoindre son épouse au salon. Il la retrouve endormie, son livre ouvert sur ses genoux. Il prend le livre et le pose sur la table basse, la regarde un instant, va se servir un verre de whisky et part à la cuisine. À cette heure, Maria n’est pas encore là, alors il s’installe sur sa chaise près de la table et sirote son breuvage qui lui procure toujours le même effet, une douce chaleur lorsqu’il avale une gorgée et la sensation de se détacher de son corps qui l’envahie.
Dans la cuisine règnent de bonnes odeurs de nourriture avec la cocote en fonte rouge qui mijote sur la cuisinière. Il soulève le couvercle et hume le délicieux fumet qui s’en échappe. Un bœuf bourguignon qui sera vraisemblablement accompagné de pâtes, ils aiment bien les tagliatelles, ou de pommes de terre. Ils vont se régaler ce soir, comme toujours ; Maria leur mitonne de la cuisine savoureuse qui s’allie bien avec les saisons. En été des salades et des grillades, en hiver des plats en sauce, des châtaignes grillées. La cheminée sert souvent pour faire aussi des pommes de terre à la braise enroulées dans des feuilles d’aluminium, des lapins rôtis ou des poulets fermiers. Lorsque Maria fait une potée ou un pot au feu, elle met la grande marmite dans la cheminée pour donner le goût de fumée au plat.
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