
Les gladiatrices du XXIe siècle - Tome I
Chapitre 3
Quinze heures trente, il se lève content de lui mais un peu anxieux en attendant la réponse à son message. Il est un peu rassuré de savoir que le logiciel VPN lui assure une absence totale de repérage de son ordinateur, mais il reste néanmoins encore un peu fébrile. Il pense avoir une réponse demain et donc il retourne au salon où il retrouve son épouse devant la télévision. Il lui raconte ce qu’il a fait depuis deux heures et se dit optimiste sur le déroulement de l’opération « gladiatrices ».
À ce moment, Henryk arrive de la gare avec à bord de la voiture Claire Marie, qui revient à la maison pour les vacances de février. Elle embrasse ses parents, discute un moment du voyage qu’elle a fait, et se dirige vers sa chambre au deuxième, escortée par Henryk qui porte les bagages. Les parents se retrouvent seuls et ensemble ils regardent l’émission de jeu qui s’affiche à l’écran, mais sans enthousiasme, leur esprit étant entièrement tourné vers le nouveau projet. Le foyer crépite et de petites étincelles s’envolent sous le manteau de la cheminée. Le temps s’écoule lentement bercé par le feu et le tictac de l’horloge comtoise placée derrière eux. Elle est vieille de cent ans et se trouve dans la famille depuis lors.
Enfin, le moment de prendre l’apéritif arrive et Maria vient s’enquérir de leurs désirs. Un whisky sec et un Martini on the rocks. Monsieur explique à sa femme que si le message obtient une réponse positive ce serait parfait mais qu’il a encore d’autres adresses mail en réserve pour le cas où ce ne serait pas le cas, on ne sait jamais.
Jean Charles dit qu’il attend le lendemain pour aller regarder les réponses à cause du décalage horaire, comme cela il est sûr d’avoir un retour. Il est de bonne humeur et cela se voit dans son comportement. Sourire aux lèvres, gestes décontractés, voix agréable, tout montre qu’il est heureux. Et par conséquent, madame aussi.
Aussitôt le financeur trouvé, il s’attaquera à la mise en place de tous les paramètres de l’entreprise. Henryk vient annoncer le service du soir, alors ils posent leurs verres vides et gagnent la table dressée en leur honneur. Claire Marie se trouve déjà à sa place et regarde les couverts en argent qui brillent sur la nappe blanche immaculée. Ça la change de l’internat où la vaisselle est en acier inoxydable.
Ce soir, asperges à la vinaigrette, aspics d’œuf et jambon, bœuf bourguignon et macaronis, ça change, plateau de fromages et fruits de saison. Les rations sont copieuses et les convives affamés, aussi ils n’ont guère le temps de parler tant ils savourent la bonne chair.
À vingt heures, ils sont au salon où ils regardent les informations sur la deuxième chaîne. La neige tombe en abondance cette année et cela perturbe la circulation dans de nombreux départements. La vigilance et toujours de niveau élevé face au terrorisme et les gens sont moroses en ce mois de février. Le porte-parole du gouvernement annonce que les réformes entreprises seront bien menées à terme et ça chagrine une bonne partie de la population. Mais de toute façon, quelles que soient les personnes au pouvoir, la population subit les directives et fait le dos rond.
Après les infos, un peu de pub avant de passer au programme de la soirée. Et ce soir, il y a un bon film sur CANAL+, « l’école buissonnière » de Nicolas Vanier. Ils s’installent confortablement dans leurs fauteuils et s’apprêtent à passer un bon moment devant cette comédie dramatique.
À la fin du film, comme chaque soir, ils grimpent jusqu’au deuxième et vont passer un moment avec leur fils. Celui-ci refuse de descendre au rez-de-chaussée et de se mêler aux habitants de la maison. Alors il faut faire avec et respecter ses désirs en le laissant vivre dans le studio de la maison sous les toits. L’autre partie du deuxième étage et réservée à sa sœur, Claire Marie, lorsqu’elle est là. Et pour l’instant, elle a dit à ses parents qu’elle a décidé de faire médecine à Paris à la rentrée prochaine et de rester au domicile de ses parents le temps d’avoir un logement bien à elle.
En ressortant de chez leur fils, ils passent devant l’antre de leur fille où ils entendent une douce musique zen. Le père frappe à la porte et ouvre après avoir entendu l’autorisation d’entrer. La demoiselle est en pyjama, allongée sur le grand lit, en train d’écrire une lettre pour une de ses camarades de lycée qu’elle a quitté la veille. Au lycée privé où elle est en Suisse, pas de portable alors elles ont l’habitude d’écrire. Les parents demandent s’ils peuvent rester un moment pour discuter. Claire Marie arrête la musique avec la télécommande, range son écritoire et s’assoit sur le lit ; les parents se posent sur le canapé en face du lit, ils sont heureux du retour de leur progéniture. Pendant une demi-heure, tous les trois se racontent des anecdotes de ses derniers mois ou ils ont été séparés. Claire Marie parle des cours de philo, d’histoire du monde, des longs exposés sur les différentes religions, des soirées entre filles à la cafétéria, des sorties le dimanche pour aller au bourg et retrouver les garçons. Elle pose des questions sur son frère qu’elle ira voir le lendemain après une nuit de repos ; Comment va-t-il ? Y a-t-il des changements depuis leur dernière entrevue à Noël ?
— Eh bien, malheureusement, non. Toujours la même routine, à savoir, bonne nuit, le soir. Il passe son temps devant la télévision ou à ses jeux vidéo.
Ces problèmes l’isolent du monde, il n’y a rien qui l’intéresse, c’est navrant ! Peut-être que s’il rencontre une fille, il sortira de son mutisme.
La conversation s’étire encore et les parents, après avoir embrassé leur fille, repartent dans leur chambre du premier. Ils discutent un peu en se déshabillant et se lancent dans de folles étreintes.
Jean Charles d’Avignon a encore des difficultés pour s’endormir alors qu’il entend à côté de lui, le souffle régulier de son épouse. Il espère avoir une réponse, et surtout positive, à son message, ce qui serait prometteur pour la suite des opérations. Après avoir entendu sonner deux heures à l’horloge du salon, il s’endort enfin d’un sommeil lourd, car cela fait deux nuits qu’il a peu dormi.
Six heures trente, il éteint le réveil rapidement pour ne pas réveiller sa femme. Et la routine s’installe comme tous les jours. Il va à la cuisine lire son journal du matin et boire un bon café noir en mangeant un croissant et un pain au chocolat. Il est tendu ce matin car il y a l’angoisse d’aller lire ses messages Internet. À huit heures, après avoir parcouru toutes les pages du quotidien, il se décide enfin à aller prendre sa douche et s’habiller avant de se rendre dans son bureau.
Installé sur son fauteuil, il met en route son ordinateur et l’écran. Une fois prêt, il clique sur l’icône de son fournisseur d’accès. À l’écran s’affichent les nouveaux messages de ces dernières heures. Fébrilement, il fait défiler tous les mails en les lisant l’un après l’autre. Au deuxième écran, il lit un message signalant que c’est une réponse à son annonce.
Il se cale dans son siège et clique pour visualiser le mail. Quatre lignes de texte anéantissent son espoir, la réponse est négative. Grosse désillusion. Mais il avait anticipé un refus et se disait qu’il avait encore d’autres cartes à jouer. Il prend un moment pour se ressaisir et passer à l’étape suivante. Le carnet est sur la table, il l’ouvre à la page où sont notées les adresses électroniques qu’il a sélectionnées précédemment et tape la deuxième. Il a mis en mémoire le texte au cas où, heureusement. Il le charge est clique sur envoyer. Bien, maintenant il faut patienter jusqu’au lendemain. Il se retourne face au tableau pour voir les différentes étapes du projet inscrites sur les feuilles noircies de sa belle écriture. Il les a en mémoire mais cela lui fait gagner un peu de temps avant d’aller expliquer à son épouse, l’échec du matin.
Il se lève et part à la cuisine avaler un nouveau café qui est gardé au chaud sur la cuisinière à bois. Tout en buvant son breuvage, il fait un semblant de prière car il n’est pas croyant mais cela lui fait du bien. Enfin, il se décide à remonter à la chambre pour expliquer à sa femme le déroulement de ses démarches. Réponse négative, nouvelle tentative et attente de vingt-quatre heures.
Pour anticiper une réponse positive, il e dit qu’il va aller sur le terrain, glaner des informations sur les lieux où il pourra trouver les filles dont il aura besoin. Dix pour les combats et une pour son fils. Il doit les choisir sportives pour offrir de bonnes prestations lors des joutes dans l’arène. Jeunes et belles pour attirer de nombreux spectateurs ; Plus il y en aura, plus il gagnera, alors il faut un panel de choix à présenter au public avide de combats sanglants. Il fera une affiche avec la photo en pied de chacune des filles pour appâter la clientèle, comme celles des cirques où sont représentés les différents numéros.
Il doit suivre le listing du tableau, aller dans des piscines, des gymnases, des cours de tennis, et faire sa sélection en notant scrupuleusement toutes les informations dans son carnet ; Cela servira à l’équipe des « pourvoyeurs » à faire leur travail. Il a noté les adresses des lieux où il est susceptible de trouver les élues pour ses jeux du cirque version XXIesiècle.
D’abord, aller à la piscine Michel Beaufort à Bondy en Seine Saint-Denis, c’est loin de chez lui pour se préserver des risques relatifs à l’opération ; Il a choisi des lieux à l’opposé des Yvelines où il réside et il a son club, le « CROTALE ».
Le soleil brille mais il fait froid en ce mercredi de février. Jean Charles d’Avignon marche d’un pas pressé en direction de la piscine qu’il aperçoit au coin de la rue. Il sait, car il a noté sur Internet, que ce jour-là, comme toutes les semaines, il y a entraînement de natation pour l’équipe féminine de la commune de Bondy. Il rentre et paye sa place en tant que spectateur dans les gradins situés d’un côté du bassin. Il ôte son pardessus car il fait une chaleur humide dans le bâtiment très bien éclairé par des projecteurs et un alignement de baies vitrées. Les voix et les cris des enfants qui jouent dans l’eau du grand bassin et de la pataugeoire résonnent dans l’air du vaste local.
Vous aimerez aussi





