Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman Les derniers pétales

Les derniers pétales

Après dix ans d'un mariage marqué par une solitude amère, Tom s'efforce de rester un pilier pour les siens. Pourtant, leur installation à Paris fragilise un équilibre déjà précaire. Sa rencontre avec Leslie bouleverse alors ses principes et éveille des désirs interdits. Malgré les avertissements de sa conscience, il succombe à la tentation. Dans ce premier roman, Léonie Corbin explore la complexité des faux-semblants et l'instinct de survie qui pousse l'humain à travestir sa réalité.
Chapitres
Partager

Chapitre 3

2

Je suis rentré chez moi avec le sourire. Impossible d’oublier que l’idée qu’elle me suive m’enchantait.

Après le dîner silencieux avec Marine, je suis monté lire une histoire à Liam. Ne pas manquer à mes devoirs parentaux était ma religion. Liam est un petit bonhomme de cinq ans, déjà grand de taille pour son âge, il tient de moi. Il a les mêmes yeux noirs. Ce petit bonhomme ressemble à sa mère car il est un peu caractériel, à moi pour son hyper sensibilité, sauf que lui ne sait pas encore comment vivre avec.

Quand je suis redescendu, Marine était à son habitude, sur son téléphone, absorbée à vivre une vie par procuration dans l’idéal prôné par les réseaux sociaux.

« T’es bizarre », m’a-t-elle lancé sans lever les yeux de son écran. Je me suis senti accusé. Je voyais la dispute arriver.

Elle s’est levée pour aller chercher de l’eau fraîche dans la cuisine. À son retour vers le divan, j’ai fait glisser son short par terre et j’ai commencé à embrasser le boxer qu’elle portait. Elle ne m’excitait pas, jusqu’à ce que je transpose son corps à celui de cette femme. Elle a déposé la carafe et les verres sur la table basse, elle a pris ma tête dans ses mains et s’est abandonnée à mon souffle chaud. Alors que je m’attendais à un refus, elle descendait son boxer avec envie.

Je ne me rappelais plus la dernière fois qu’elle m’avait autorisé à la voir nue en plein jour.

C’était le commencement des beaux jours ; comme le mois de mai peut en offrir ou nous en priver ; les fenêtres étaient ouvertes et pour un peu, parce qu’il y avait un caractère impromptu, tellement anormal, au sens extraordinaire, j’aurais aimé qu’on nous voie. Que quelqu’un soit témoin de ça, pour que je me conforte dans l’idée que c’était vrai, et non par perversion ou demande d’approbation de ma virilité. Elle s’est allongée sur le canapé, offerte, m’invitant à rejoindre son entrejambe.

Elle s’est finalement retournée, pour éviter qu’on ne se regarde, comme à son habitude. Comme si les coussins, en étouffant ses gémissements, lui feraient oublier sa nudité ou ce qui la retenait. Je savais qu’elle avait du mal à accepter les changements que notre enfant avait infligé à son corps.

Douche. Pour m’isoler. Pour permettre à Marine de se rhabiller et de rejoindre la chambre comme si de rien était. C’était toujours difficile pour moi de voir que ma femme agissait dans l’intimité avec culpabilité, honte ou évitement. Cela faisait longtemps que nous ne restions plus allongés, l’un près de l’autre, à savourer le moment qu’on venait de partager.

Je prenais mon temps, la tête posée sur la paroi, à me faire marteler le crâne par une eau trop chaude par temps d’été avancé.

J’ai pensé à elle. J’ai pensé à elle au-dessus de moi, me fixant du regard, poitrine offerte, ses mains dans ses cheveux. Je savais que ça n’était pas bien, j’ai tourné le mitigeur sur l’eau froide, pour me ressaisir.

Short passé, je suis retourné au salon, j’ai allumé le ventilateur et la télé, comme chaque soir, j’ai écumé les chaînes d’infos et les chaînes sportives, en attendant que le sommeil me cueille. Un soir de plus, je m’endormirais là, loin de ma femme.

Ça non plus, je ne saurais vous dire quand ça avait commencé.

3

Une somme indéfinie de jours plus tard, je comprenais que j’étais passé d’une pratique sportive pour moi, à l’espoir qu’elle soit là. Au début ce n’était que de la curiosité. Et un léger contentement. C’est finalement devenu une attente puisque je n’avais aucune certitude. Et quand elle était là, j’étais… soulagé, apaisé, content, parfois galvanisé

Au fur et à mesure, nous avions créé une discrète complicité. Des trucs cons mais mignons. Beaucoup de sourires. Un jour, elle était venue me demander comment appairer son téléphone au rameur, si j’en avais fini avec le kettlebell de 16 kg, une autre fois je lui avais demandé ce qu’elle écoutait pour se motiver.

Des petits échanges par ci par la, signes de reconnaissance. Elle me demandait mon aide et me rendait utile, et je m’intéressais à elle. Elle me donnait un petit goût de nouveau, dans un lieu repère qui me permettait de m’évader.

Plus tard, alors qu’on descendait l’escalier en même temps, on a commencé à échanger davantage.

« Tu viens souvent ? » ce qui était une question à laquelle nous avions déjà tous les deux la réponse, et d’ailleurs je ne me souviens plus lequel de nous deux l’avait posée à l’autre.

Elle m’a expliqué sans gêne qu’elle était véritablement addict. Bigorexique. Oui ça portait un nom. Que ça lui permettait de « débrancher son cerveau ». Nuance, ça n’était en rien un défouloir ni une façon d’évacuer du stress. Elle aimait juste arrêter de penser, c’était le seul endroit où ça lui était possible. Elle a dû se sentir vulnérable à cet instant, alors elle a rajouté des arguments.

Certes elle avait toujours fait du sport, depuis l’enfance. Et elle était ravie de pouvoir encore pratiquer, alors que tant de gens n’en faisaient pas ou plus. D’ailleurs, elle avait changé de travail quelques mois auparavant. Une prise de poste importante pour elle, une véritable dévotion au boulot, elle avait des choses à prouver. Chez elle, elle avait pratiqué pendant le confinement, mais en étant honnête, elle passait plus de temps à chanter dans sa bouteille d’eau qu’à vraiment « se faire mal ». Et puis l’endroit n’était pas neutre. Son appartement était sa bulle, un synonyme de confort, ça ne lui paraissait pas compatible. « Ça ne peut pas être un endroit dans lequel je me dépasse, puisque c’est un endroit dans lequel je me retrouve. »

Je me taisais, je buvais ses paroles. J’étais impressionné par cette fragilité et cette force mêlées. Par sa désinvolture, à parler si librement de faiblesses, de douleur, de douceur. Ça pourrait paraître ordinaire comme conversation, mais c’était aussi profond que fluide pour moi. Elle me donnait beaucoup d’explications sur son être, sur sa psychologie. Des tas de gens établissent des légendes autour d’eux, alors qu’elle était un miroir.

La conversation avait continué sur le parking. J’ai parlé de moi, j’ai fait vite sur le sport études basket, ma blessure au genou et ma carrière avortée. Je lui disais qu’au fond j’avais eu la chance de me blesser très tôt. Trop tard pour revenir, trop de concurrence, un trop grand vivier. Ma peur de me blesser à nouveau. Et donc la chance d’arrêter et de poursuivre des études. Malgré les espoirs déchus, les regrets de mon père. Je la rejoignais sur la notion d’élévation, d’évasion intellectuelle. Elle a ensuite fait un peu de cynisme sur la condescendance, regard des sédentaires intellos sur les sportifs.

Elle me plaisait. Elle avait un vocabulaire précis, étudié. Elle employait des mots, des syntaxes, des tournures et des métaphores que je n’avais plus entendues depuis… trop longtemps. J’ai soupiré.

Nonchalamment, presque ressentant mon malaise, ou inversement parce qu’elle était en plein confort qu’elle voulait élargir, parce qu’elle n’avait pas peur de me décevoir, elle a sorti une cigarette. Elle a ri, seule, et m’a dit : « Il faut bien que j’aie des contradictions. »

« Et ton boulot, tu m’en parles ? »

Elle a regardé ses portables instantanément. Comme si j’avais fermé la parenthèse de ce moment et l’avait raccroché à sa réalité. Son regard fixé sur son écran m’aurait fait dire « cruelle réalité ». Elle a relevé le regard vers moi, j’ai eu l’impression d’être un géant.

« La prochaine fois, il est tard là », a-t-elle soufflé.

« J’ai froid et j’ai faim », comme justification supplémentaire.

J’ai regardé ma montre connectée. Marine. Six appels en absence. Et merde. Je n’avais pas vu le temps passer mais nous avions discuté au moins une heure.

J’ai regardé fixement son visage, et j’ai dit : « À bientôt alors, j’espère ».

Mon regard a dévalé la pente de son petit nez, jusqu’à son cou, tout droit vers ce petit bijou qu’elle portait où était suspendue son initiale : L. ELLE. LESLIE.

Continuez à regarder !
L'histoire devient intense ! Passez sur l'application pour continuer la lecture
Débloquer tous les épisodes
Ouvrir le site officiel

Vous aimerez aussi

Couverture du roman Des cendres à son étreinte
9.0
Face au canon d'une arme, j'appelle Ali, mon seul espoir. Pourtant, elle me rejette froidement, niant notre passé commun pour annoncer ses fiançailles avec Tristan, celui-là même qui a orchestré ma perte. Humilié par son mépris de classe et son indifférence, je m'apprête à mourir quand une mystérieuse femme d'affaires intervient. Elle sauve ma vie et me propose un contrat de mariage inattendu. Entre protection et vengeance, j'accepte ce pacte pour survivre.
Couverture du roman Entre le PDG en fauteuil roulant et le mafieux.
8.9
Luze, strip-teaseuse renommée, voit son destin basculer après avoir sauvé Leon, un riche PDG, d'un meurtre. Pour sécuriser son héritage face aux menaces des Hatawhay, il lui impose un mariage blanc. Leon espère surtout le retour de son frère mafieux, présumé décédé. Mais quand celui-ci réapparaît, il s'éprend de Luze et la traque violemment. Malgré les tensions, la jeune femme finit par séduire les deux frères. Entre le dirigeant et le criminel, un seul remportera son cœur.
Couverture du roman L'amant de mon mari
8.7
Mariée de force à Christopher, Amanda subit l'indifférence d'un époux infidèle. Face à une troisième trahison, elle exige le divorce. Mais Christopher, craignant pour sa fortune, feint le repentir pour mieux la ruiner au profit de sa maîtresse. Découvrant ce complot, Amanda approche Lucia, l'amante de longue date, pour s'allier contre lui. Entre vengeance et ambition, Lucia devra choisir son camp. Ces rivales parviendront-elles à s'unir pour briser l'homme qui les a trompées ?
Couverture du roman LES MAITRES DE L'OBLIVION
8.5
À Las Vegas, ville de tous les excès où cohabitent humains et démons, le casino Oblivion cache de sombres secrets. Erica voit sa vie basculer quand le sortilège qui la protégeait se brise. Entraînée par le redoutable et arrogant Maître Kalen au sein d'un cercle d'immortels ancestraux, elle devient son apprentie malgré elle. Entre danger de mort et tensions, Erica doit survivre parmi ces prédateurs. Une romance improbable naît alors avec Kalen, défiant tous les périls.
Couverture du roman L'Oméga de l'Ombre
8.7
Kent, un Oméga marginalisé, lutte pour survivre au sein d'une société surnaturelle impitoyable. Après avoir repoussé les avances du dominant Skull, il tombe dans un guet-apens orchestré par la meute. Alors que son destin semble scellé, le puissant vampire Blackwood intervient et le revendique. Désormais sous sa protection, Kent découvre un monde de séduction et de pouvoir complexe. Entre crainte et attirance, il doit apprendre à exister en tant qu'être convoité et non plus simple proie.
Couverture du roman Mes partenaires.
7.9
Aurora, une oméga réservée, ne s'attendait pas à trouver l'amour. Pourtant, le destin lui lie deux alphas lupus. Ignorant leur identité, elle subit les choix de sa mère qui, durant six ans, lui a imposé des médicaments pour bloquer ses chaleurs. Affaibli, son loup intérieur ne peut plus se transformer ni identifier ses partenaires. Ce n'est qu'après avoir partagé un rut intense avec eux qu'elle réalise enfin que ces deux puissants guerriers sont ses véritables compagnons.