
L'épouse délaissée et son beau-frère ténébreux
Chapitre 3
Les roulettes de la valise crissaient sur le marbre du vestibule, un son désagréable qui semblait rayer le silence luxueux de l'appartement. Jaylin apparut dans l'encadrement de la porte du salon, un peignoir en soie jeté à la hâte sur ses épaules.
"Tu es sérieuse ?" Il bloqua la porte d'entrée de son corps. "Tu vas où ? Dans la rue ?"
Jewel s'arrêta. Elle ne le regarda pas dans les yeux, fixant un point au-dessus de son épaule. "Loin de toi. C'est une destination suffisante."
Jaylin rit, un son nerveux, cassant. "Tu n'as pas de carte de crédit active, Jewel. Je les ai toutes bloquées ce matin. Dès que j'ai vu que tu n'étais pas rentrée."
Jewel sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine. Il avait anticipé. Il voulait l'affamer jusqu'à la soumission. Mais sa main se crispa sur la poignée de sa valise. Il ne connaissait pas "Iris". Il ne connaissait pas le compte en Suisse où elle versait ses cachets de ghostwriter depuis deux ans.
"Garde ton argent, Jaylin," dit-elle calmement. Elle le contourna et ouvrit la porte.
Alysia apparut derrière lui, son visage rayonnant d'une méchanceté pure. "Laisse-la faire son caprice, chéri. Elle a besoin de voir la réalité du monde."
Jewel entra dans l'ascenseur. Les portes se fermèrent sur le visage suffisant de son mari et le sourire venimeux de sa maîtresse. Une coupure nette.
Dans le hall, le concierge la regarda avec pitié. Il fit un geste pour prendre sa valise.
"Non, merci, Robert," dit-elle. "Je peux le faire."
Elle sortit dans la rue. L'air était frais, chargé de l'odeur de la pluie à venir. Elle regarda son téléphone. Le message inconnu clignotait toujours.
J'ai quelque chose qui vous appartient.
Elle tapa rapidement : Qui êtes-vous ?
Puis elle composa le numéro de Harper. Harper Duval. Sa seule véritable amie, une infirmière qui vivait dans un loft d'artiste à Brooklyn et qui détestait Jaylin avec une passion qui réchauffait le cœur de Jewel.
"J'ai besoin d'un canapé," dit Jewel dès que Harper décrocha. Sa voix tremblait enfin.
"Arrive," répondit Harper sans poser de questions. "J'ai du vin et des questions. Dans cet ordre."
Une heure plus tard, Jewel était assise dans le canapé défoncé de Harper, un verre de vin rouge à la main. Le loft était un chaos confortable de toiles peintes, de livres et de plantes vertes. C'était l'opposé du mausolée stérile de Jaylin.
Elle raconta tout. La soirée, le verre tendu par Alysia, le trou noir, le réveil à l'hôtel Pierre. Elle omit les détails physiques de l'homme. La façon dont sa peau brûlait encore là où il l'avait touchée. C'était trop intime, trop confus.
Harper posa son verre. Son visage d'habitude rieur était grave. "Tu as été droguée, Jewel. On ne s'évanouit pas avec une coupe de champagne."
Elle se leva et alla chercher une trousse médicale dans sa salle de bain. "Je vais faire une prise de sang. Si c'est du GHB ou quelque chose de similaire, il peut en rester des traces."
Jewel tendit son bras. La piqûre de l'aiguille fut un rappel brutal de la réalité. "Je veux savoir qui a fait ça."
"On le saura," promit Harper en étiquetant le tube.
Le téléphone de Jewel vibra de nouveau. Pas Jaylin cette fois. Le numéro inconnu.
Vous avez oublié quelque chose de précieux. Suite 404.
Le sang de Jewel se figea. La Suite 404. C'était la chambre.
Elle posa son verre, ses mains tremblant si fort que le vin faillit se renverser. Il savait qui elle était. Il l'avait vue partir.
Elle tapa : Mon alliance ?
La réponse fut immédiate, comme s'il attendait, le téléphone à la main.
Et votre dignité. Venez la chercher.
Ce n'était pas un employé d'hôtel. Un employé aurait été poli, obséquieux. C'était l'homme. L'homme au dos large et à l'odeur de santal.
"Qu'est-ce qu'il y a ?" demanda Harper.
Jewel leva les yeux vers son amie. "Je dois y retourner."
"Où ?"
"En enfer," murmura Jewel. "Ou quelque chose qui y ressemble."
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