
L'Épouse de Minuit
Chapitre 3
Chaque jour, Lila s'occupait des tâches assignées, évitant soigneusement de se lier aux autres. Elle ne voulait pas qu'on pose trop de questions sur son passé ou les raisons de sa fuite.
Un matin, alors qu'elle balayait la terrasse de l'auberge, Bernard s'approcha d'elle.
-** »Tu sais, on a rarement des nouvelles têtes par ici. C'est un village tranquille, mais on ne reste pas caché longtemps. »**
Lila releva les yeux, un brin d'inquiétude dans le regard.
-** »Je ne compte pas rester éternellement. C'est juste... une pause, le temps de réfléchir à la suite. »**
Bernard haussa les épaules.
-** »Prends le temps qu'il te faut. Mais fais attention, jeune fille. Les secrets finissent toujours par nous rattraper. »**
Lila sentit un frisson parcourir son échine, mais elle tenta de se convaincre qu'elle était en sécurité. Personne ne saurait où elle se trouvait.
Ce soir-là, dans un café miteux d'une ville voisine, deux hommes en costume s'entretenaient discrètement.
-** »Nous avons localisé une jeune femme correspondant à la description dans un village à quelques kilomètres d'ici, »** dit l'un des détectives.
-** »Parfait. Isabelle sera ravie. Allons la chercher immédiatement. »**
Le lendemain matin, Lila commença sa journée comme d'habitude, ignorant que son monde s'apprêtait à basculer. Alors qu'elle s'occupait de ranger des provisions dans l'arrière-cuisine, un bruit inhabituel attira son attention.
Des voix fortes provenaient de l'entrée de l'auberge. Elle se figea en entendant son prénom.
-** »Nous savons qu'elle est ici. Remettez-la-nous sans faire d'histoires, »** déclara une voix froide et autoritaire.
Le cœur de Lila se mit à battre à tout rompre. Elle posa précipitamment les bocaux qu'elle tenait et chercha un moyen de s'échapper.
Elle se glissa furtivement par la porte arrière, mais avant qu'elle ne puisse atteindre la ruelle, deux hommes surgirent devant elle.
-** »Mademoiselle Kane, vous venez avec nous, »** dit l'un d'eux, agrippant son bras avec fermeté.
-** »Lâchez-moi ! Je ne veux pas rentrer ! »** cria-t-elle en se débattant.
-** »Ce n'est pas une demande, »** répliqua l'autre homme, son ton glacé.
Ils la traînèrent jusqu'à une voiture noire garée devant l'auberge. Bernard, qui observait la scène depuis le seuil de l'auberge, tenta d'intervenir.
-** »Hé ! Qu'est-ce que vous faites ? Vous ne pouvez pas l'emmener comme ça ! »**
-** »C'est une affaire de famille. Restez en dehors de ça, »** répondit l'un des détectives avant de monter dans le véhicule.
Lila, paniquée, martelait la portière de ses poings.
-** »Je refuse de rentrer ! Laissez-moi tranquille ! »**
Mais ses protestations furent ignorées. La voiture démarra en trombe, laissant derrière elle une traînée de poussière et le regard impuissant de Bernard.
De retour dans la demeure familiale, Lila fut accueillie par le visage satisfait d'Isabelle.
-** »Je te l'avais dit, Lila. On ne se débarrasse pas de moi aussi facilement, »** déclara-t-elle, son ton empreint d'un triomphe glacial.
Lila, toujours sous le choc, lança un regard furieux à sa belle-mère.
-** »Vous n'avez aucun droit de contrôler ma vie ! »**
-** »Ton père et moi avons tout fait pour toi, et voilà comment tu nous remercies ? En fuyant comme une lâche ? Tu vas épouser Adrian, et c'est tout. »**
Richard entra dans la pièce à ce moment-là, le visage tendu.
-** »Isabelle, laisse-la se reposer. Elle vient de traverser beaucoup de choses. »**
-** »Ne sois pas ridicule, Richard. Elle a besoin d'apprendre qu'on ne défie pas cette famille sans conséquences. »**
Lila serra les poings, déterminée à ne pas se laisser intimider.
-** »Je ne vais pas me soumettre à vos plans. Peu importe ce que vous faites, je trouverai un moyen de partir. »**
Isabelle éclata d'un rire froid.
-** »Oh, ma chère, tu peux essayer. Mais souviens-toi de ceci : ici, c'est moi qui décide. Et tu n'iras nulle part. »**
Lila sentit les murs se refermer autour d'elle. Elle était revenue à son point de départ, mais elle jura intérieurement de ne pas abandonner.
Le jour que Lila redoutait le plus était arrivé. La grande salle de réception de la demeure familiale avait été transformée en un lieu de mariage grandiose. Les lustres en cristal projetaient une lumière scintillante sur les tables couvertes de nappes immaculées, tandis que des arrangements floraux somptueux bordaient l'allée centrale. Tout respirait le luxe, mais Lila n'y voyait qu'une prison dorée.
Vêtue d'une robe blanche à la traîne imposante, elle se tenait droite face au miroir de sa chambre. Ses mains tremblaient légèrement alors qu'une coiffeuse ajustait son voile.
-** »Vous êtes magnifique, mademoiselle, »** murmura la femme en essayant de croiser son regard dans le reflet du miroir.
Lila ne répondit pas. Magnifique ? Ce n'était pas ce qu'elle voyait. Son teint était pâle, ses yeux, fatigués. Ce mariage n'avait rien d'un conte de fées. C'était une sentence.
Un léger coup retentit à la porte, suivi par l'entrée d'Isabelle, impeccable dans une robe couleur champagne.
-** »Il est temps, »** annonça-t-elle d'un ton sec.
Lila se tourna lentement, cherchant dans les yeux de sa belle-mère une once d'humanité, mais tout ce qu'elle trouva fut un masque d'autorité.
-** »Je vous déteste, »** murmura-t-elle, sa voix presque inaudible.
Isabelle arqua un sourcil, un sourire froid se dessinant sur ses lèvres.
-** »Tu peux me haïr autant que tu veux, ma chère. Tant que tu dis 'oui' devant l'autel, rien d'autre ne m'importe. »**
**Le mariage**
Lila descendit les escaliers avec une grâce apparente, bien que chaque pas lui sembla un poids insurmontable. La musique douce d'un quatuor à cordes résonnait dans la salle, couvrant les murmures des invités, tous curieux de voir la fameuse mariée.
Adrian, déjà positionné devant l'autel, se tenait droit, impassible dans son costume noir parfaitement taillé. Son visage était fermé, sans aucune trace d'émotion. Lila sentit une boule se former dans son estomac en croisant son regard.
Elle avança lentement, accrochée au bras de Richard.
-** »Tu fais ce qu'il faut, ma fille, »** murmura son père, serrant légèrement son bras.
Lila voulut lui répondre, mais sa gorge était nouée. Arrivée devant Adrian, elle vit ses yeux sombres la scruter brièvement avant de détourner le regard.
Le prêtre entama son discours, mais les mots semblaient lointains pour Lila. Tout ce qu'elle pouvait entendre, c'était le battement frénétique de son propre cœur.
-** »Adrian Royce, acceptez-vous de prendre Lila Kane pour épouse, pour le meilleur et pour le pire ? »**
-** »Oui, »** répondit-il d'une voix monotone, sans même la regarder.
Le prêtre se tourna alors vers elle.
-** »Lila Kane, acceptez-vous de prendre Adrian Royce pour époux, pour le meilleur et pour le pire ? »**
Un silence pesant s'installa. Tout le monde retenait son souffle. Lila hésita un instant, luttant contre l'envie de hurler et de fuir à nouveau. Mais le regard perçant d'Isabelle, qui observait depuis le premier rang, lui rappela qu'elle n'avait pas le choix.
-** »Oui, »** finit-elle par murmurer, sa voix brisée.
-** »Vous pouvez embrasser la mariée, »** déclara le prêtre avec un sourire de circonstance.
Adrian se pencha légèrement, déposant un baiser bref et distant sur sa joue. Cela ne ressemblait en rien à une union romantique, mais personne dans la salle ne sembla s'en offusquer.
Les applaudissements éclatèrent, mais Lila se sentait vide. Elle avait l'impression d'avoir signé un pacte avec le diable.
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