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Couverture du roman Le visage caché de mon mari

Le visage caché de mon mari

Héritière des Aguilera, Ariel a délaissé le droit pour devenir sage-femme, bravant les attentes de sa lignée. Son destin bascule quand son père lui impose une union stratégique avec son premier amour secret. Ce mariage forcé ressemble d'abord à un rêve exaucé, mais la réalité est brutale : l'homme qu'elle vénérait autrefois a radicalement changé. Confrontée à ce mari méconnaissable, Ariel voit ses espoirs s'effondrer face à la part d'ombre de celui qu'elle croyait aimer.
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Chapitre 3

Il me tend un bouquet de fleurs, d'un geste presque cérémonieux. Je fronce les sourcils, puis mon regard s'adoucit. Un léger sourire se dessine sur mes lèvres, et je prends les fleurs de ses mains. C'est Dani. Encore.

À chaque occasion, elle se surpasse. Ce n'est pas comme si j'en avais pas assez de fleurs à la maison. Mais il faut croire que chaque nouveau bouquet qu'elle crée est plus beau, plus original que le précédent, et qu'elle tient absolument à me les offrir. Une manière à elle de partager sa passion, d'une façon ou d'une autre.

- Il me faudrait une signature juste ici, s'il vous plaît.

Je signe rapidement, puis referme la porte derrière moi.

Je dépose le bouquet sur le plan de travail de la cuisine, et j'ouvre la petite enveloppe qui accompagne les fleurs.

« J'ai hâte de te revoir. Tu me manques.

D. »

Je vais chercher mon portable et décide de l'appeler. Le téléphone sonne, puis après quelques secondes, sa voix familière répond, pleine de chaleur.

- Ari ! Comment vas-tu ma belle ?

- Salut, alors comme ça je te manque à ce point ? Je rigole, faisant référence à la petite note.

Je l'imagine sourire de l'autre côté, et sa réponse ne tarde pas.

- Tu me manques à chaque seconde, ma chérie.

- Toi aussi, Dani. Merci pour les fleurs, elles sont magnifiques.

- Quelles fleurs ?

Je jette un autre coup d'œil à la carte.

- Oh...j'ai cru, balbutie-je, me sentant stupide tout d'un coup.

- Non, pas cette fois, ajoute Dani. Mais attends... si c'est pas moi, c'est encore mieux ! Ça sent l'admirateur secret à plein nez. Ou alors, c'est un de tes collègues de Manhattan Grace qui a craqué ?

Je force un rire, mais mes doigts se crispent autour du bouquet.

- Bref oublie, je tranche pour couper court à ses théories. Tu veux qu'on se voit cette semaine ?

Je m'installe plus confortablement, en attendant sa réponse, mais elle semble un peu distraite.

- J'aimerais beaucoup, je regarde mon planning et je te rappelle...Bonjour que puis-je faire pour vous ?

Sa voix a changé de fréquence, adoptant ce ton chantant et professionnel qu'elle réserve aux clients. Je suppose que quelqu'un est entré.

- Écoute ma belle, faut que je te laisse, m'informe-t-elle précipitamment.

- Bien sûr, à plus tard.

Je raccroche, laissant le silence retomber sur mes épaules. Je me dirige vers la cuisine et vide le vase dont les fleurs ont fanées depuis quelques jours. Je change l'eau et place le nouveau bouquet tranquillement. Un bouquet de pivoines et de roses blanches, accompagnées de quelques tiges de lavande en bouquet discret. Les couleurs douces se mêlent harmonieusement. C'est joli, comme toujours, et ça sent divinement bon.

Un juron m'échappe en voyant l'heure affichée sur l'écran de la télévision restée en veille.

- Merde.

Il est bientôt midi. La panique, celle que je fuis dans le travail, me rattrape instantanément. Il faut que je me dépêche. Mon père ne tolère pas les retards, surtout quand il s'agit de réunions de famille.

Je range l'appartement en un éclair. Puis m'en vais en direction de la chambre pour préparer mon sac. Puisque je dors toujours là-bas lors de ces week-ends forcés, je n'aurai pas le temps de revenir ici avant de filer à l'hôpital demain matin. Je jette un uniforme de rechange et ma trousse de toilette dans mon sac de sport.

Je termine de m'habiller en vitesse, enfilant mes chaussures et ajustant une veste en cuir sur mes épaules. Je jette un dernier regard au bouquet de pivoines sur la table. Il semble me surveiller.

Je sors et ferme l'appartement derrière mo et appuie sur le bouton pour appeler l'ascenseur.

***

Je passe le portail en fer forgé de la maison et me gare à côté de la berline allemande de mon père. Mon frère et ma sœur sont déjà là, leurs voitures encadrant les nôtres. Je reste un instant assise, le moteur coupé. Avant de sortir, je déverrouille mon téléphone et vérifie machinalement mes messages. Rien. Je préférerais éviter une vague de remarques sur mon manque de disponibilité cette fois-ci.

Descendant de la voiture, je marche vers la porte d'entrée. Arrivée devant, je n'ai pas le temps de frapper que Violet, la gouvernante, m'ouvre la porte. Elle m'accueille à bras ouverts, son visage se plissant en un sourire qui est le seul véritable "bienvenue" que je connaisse ici.

- Ari ! Tu m'as manqué ! s'exclame-t-elle, en m'embrassant le visage.

Violet a toujours fait partie de nos vies avec mes frères Violet a toujours fait partie de nos vies. Elle nous a élevés, soignés et consolés pendant que nos parents étaient dévorés par leurs carrières respectives, perdus dans des dossiers de plaidoiries ou des galas de charité. Pour moi, elle a été bien plus qu'une employée ; elle a été le rempart contre l'indifférence des miens. C'est notre deuxième maman, la seule qui n'ait pas sombré.et sœurs, elle nous a élevé quand nos parents étaient débordés par leur carrière professionnelle. C'est notre deuxième maman.

- Comment tu vas ? J'espère que mon père ne t'embête pas !

Depuis quelques mois, Violet est officiellement à la retraite. Mais n'ayant ni enfant ni famille proche, mon père a insisté pour qu'elle reste vivre ici. Il avait décrété qu'elle n'avait plus à travailler, mais connaissant Violet, elle peut être très convaincante quand elle le veut. Elle refuse de rester les bras croisés à regarder la poussière retomber. Elle continue donc de veiller sur la maison, mais à son rythme, comme une reine mère qui refuse de rendre sa couronne

- Oh ! Tu sais, c'est plutôt moi qui lui rends la vie dure ! rigole-t-elle en me prenant dans ses bras.

Je l'observe un instant. Mon père et elle entretiennent une relation fusionnelle, presque mystérieuse. Ils sont comme le frère et la sœur qu'ils n'ont jamais eus, unis par des décennies de secrets domestiques et de non-dits. Parfois, en les regardant, je me demande si elle aussi sait pour ma mère. Si elle aussi fait semblant, par loyauté pour cet homme qui l'a gardée sous son toit.

- Entre, tout le monde est au salon, reprend-elle en me poussant doucement vers l'intérieur.

À peine je me détache d'elle que je sens un choc contre mes jambes et des petits bras qui viennent entourer mes cuisses avec une force surprenante.

- Tante Aiel ! s'exclame mon neveu avec le sourire le plus mignon du monde.

- C'est tante Ariel, mon amour ! Le corrige ma sœur, qui apparaît dans le hall d'entrée, l'allure toujours impeccable.

Je feins de lever les yeux au ciel pour le plus grand bonheur de ma sœur et me baisse pour prendre Carl dans les bras.

- Où est Alma ? Je demande, ne voyant pas la pile électrique qui nous rend tous dingues d'elle dans cette famille.

- Elle vient de s'endormir, Gregory l'a montée dans notre chambre, me dit-elle, croisant les bras.

Carl s'agite contre mon épaule, le regard brillant.

- Regarde, j'ai perdu ma dent ! Et la souris m'a donné ça ! Dit-il en me tendant une pièce, fier de lui.

- C'est bien mon bébé ! Je suis contente pour toi ! Tu deviens un grand, tu sais ?

Il finit par ranger sa petite fortune dans sa poche qu'il renferme précieusement, tapotant le tissu pour s'assurer que son trésor ne s'échappera pas. C'est le seul moment de sincérité que je m'autorise ici : avec les enfants. Eux ne voient pas l'intruse, ils ne voient que leur tante.

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ?

Mon frère, Ondreaz, arrive à son tour près de nous. Il dégage cette assurance tranquille des gens qui savent qu'ils sont exactement là où ils devraient être.

- Ton fils me montre ce que la petite souris lui a donné en échange de sa dent. Je lui réponds, affichant une fierté sincère pour mon neveu.

Il sourit, un sourire de catalogue, et pose une main sur l'épaule de son fils avant de se tourner vers moi.

- Quoi de neuf, petite sœur ? Demande-t-il en enroulant ses bras autour de moi pour une accolade qui me semble toujours un peu trop brève, un peu trop formelle.

- Comme d'habitude.

Je sais qu'il ne sert à rien de parler boulot avec eux. Évoquer mes gardes de douze heures, le sang, les larmes et la vie qui jaillit entre mes mains ne provoquerait qu'un silence poli ou une remarque condescendante sur mon "dévouement". Surtout pas avec lui. Ondreaz est le pur produit de cette lignée d'avocats ; il n'a jamais réellement accepté le fait que je ne suive pas le même chemin qu'eux, comme si mon métier était une crise d'adolescence qui durait trop longtemps.

- Viens, papa nous attend dans le salon.

J'acquiesce en silence et nous nous dirigeons vers la pièce à vivre. Je sens le regard d'Ondreaz dans mon dos, et je raffermis ma posture.

- Bonjour papa.

Je m'approche de lui lorsqu'il se lève. Il pose ses mains sur mes épaules, une pression ferme, presque propriétaire, avant de m'embrasser le front. C'est son rituel, le sceau qu'il appose sur chacun de ses enfants depuis toujours.

Je ne l'exprimerai jamais, mais j'ai toujours détesté ce geste. C'est la marque de sa supériorité, un baiser de monarque plus que de géniteur. J'ignore la raison profonde de ce dégoût, mais j'imagine que c'est le reflet de notre relation : un lien de sang dépourvu de chaleur.

- Bonjour ma fille. Me salue-t-il. Tu as fait bonne route ?

Je n'habite qu'à une heure de Manhattan, mais traverser les ponts et le trafic est à chaque fois une épreuve de force pour arriver à destination.

- Ça allait, il n'y avait pas de travaux cette fois.

Je salue Sadie, l'épouse de mon frère, qui me rend un sourire poli mais distant, avant que mon père ne nous dirige vers la salle à manger. L'argenterie brille sous le lustre en cristal, et le silence est déjà là, prêt à être rempli par le seul sujet qui compte pour eux.

- Ça avance comment les affaires ? demande mon père, une fois installé.

Comme toujours, il parle de boulot à table. Il ne peut pas s'en empêcher.

Toute la famille, du côté de mon père, est ancrée dans le droit. De grands avocats, des figures respectées, des noms qui résonnent dans les tribunaux comme des évidences. Il était donc logique que ses enfants suivent la lignée. Une tradition presque sacrée.

Ondreaz, mon frère aîné, a brillamment repris le flambeau. Avocat en droit des affaires, il est désormais à la tête de l'entreprise familiale, succédant naturellement à notre père, désormais retraité. Ma sœur, Anna-Louisa, s'est orientée vers le droit pénal et occupe un poste prestigieux en tant que procureure.

Moi ? Je suis l'exception. Le mouton noir, ou peut-être simplement celle qui a pris un autre chemin. Officiellement, ils ont accepté mon choix. Officieusement, je ne suis qu'une anomalie statistique dans leur arbre généalogique. Je les regarde échanger des termes juridiques, des noms de juges, une complicité qui me frappe au visage.

Ondreaz et Anna-Louisa ont toujours partagé avec eux un lien que je n'ai jamais réussi à tisser. Parfois, j'envie cette complicité, cette facilité qu'ils ont à se comprendre d'un simple regard, à échanger sur leur monde commun. Ce monde dans lequel je n'ai jamais eu ma place.

- Je peux savoir de quoi vous parlez ? Je demande, sortie de mes pensées.

Ondreaz lève à peine les yeux de son assiette et lâche, un sourire en coin :

- Sœurette, contente-toi d'extraire des bébés. Ne cherche pas à comprendre des choses qui dépassent tes compétences.

Un lourd silence s'abat sur la table.

Je ressens la pique plus profondément que je ne l'aurais cru, un mélange de frustration et de résignation. C'est le mot "extraire" qui me blesse le plus. Comme s'il parlait de retirer un boulon d'une machine, niant toute l'humanité de mon métier. Ce genre de remarques n'est pas nouveau. Je devrais être habituée, mais elles piquent toujours, comme une écharde sous la peau.

- Ondreaz ! réprimande notre père. Excuse-toi auprès de ta sœur.

Rien. Mon frère reste là, les yeux baissés, l'arrogance chevillée au corps.

- Ne me fais pas répéter, fils. Ajoute-t-il, cette fois avec une autorité glaciale.

Un silence pesant s'installe, chaque seconde s'étirant comme une ombre entre nous. Je pourrais intervenir, mais à quoi bon ? Je sais que rien de ce que je dirais ne changerait quoi que ce soit. Mon frère n'a jamais vraiment compris l'impact de ses paroles, et lui, comme notre père, semble souvent ignorer les sentiments des autres quand il s'agit de moi.

- Excuse-moi sœurette. Lâche-t-il, avec un sourire qui n'atteint pas ses yeux.

Les mots sortent comme une formule vide, sans aucune sincérité derrière. M'éviter une vague de remarque, je disais ? Le repas ne fait que commencer, et j'ai déjà envie de hurler.

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