
Le village sans nom
Chapitre 2
— Jessica, Jessica, Jessica, réveille-toi, on est arrivés !
Mon frère adore me crier dans les oreilles, c’est son occupation favorite, même quand j’étais bébé, il arrivait devant mon berceau et hurlait jusqu’à ce que je me réveille… Quand j’ouvris enfin les yeux, je découvris une gigantesque maison sur trois étages avec tout autour un énorme jardin avec d’immenses arbres. La lune se reflétait sur les façades de la maison et la vigne cachait les grandes fenêtres des étages. Je ne me sentais pas rassurée, je sentais une sorte d’angoisse grandir peu à peu en moi comme si une créature étrange me possédait… Jamais je n’ai senti une chose pareille, j’avais envie de vomir, de partir à toutes jambes mais cette force ne me fit pas bouger.
— Maman, je ne veux pas y aller, je sais que je vais haïr cette nouvelle maison, je sens comme… une présence maléfique ! dis-je d’une voix apeurée.
— Arrête avec tes livres fantastiques, tu te crois dans un rêve, tu es ridicule !
La réponse de ma mère me fit revenir à la réalité, j’avançais dans la boue gluante du jardin avec mes toutes nouvelles chaussures.
— Super, je peux les jeter ! marmonnai-je
Quand mon père mit les clés dans la serrure, un grincement se fit entendre, mais après plusieurs tentatives la porte s’ouvrit. La maison était aussi lugubre qu’un manoir lors d’un soir de pleine lune, l’angoisse remonta en moi, cette maison ne m’inspirait guère confiance, et ce bruit sinistre ne faisait qu’aggraver les choses. Je voulais retrouver mon chez-moi, mes amis, pas cette maison perdue au milieu de nulle part, entourée d’un jardin sans fleurs ni âme.
— Jessica, tu es blanche comme un linge, viens t’asseoir un moment, dit mon père d’une voix réconfortante.
Le fauteuil de la salle à manger était plein de trous, et quand je m’y suis assise, un nuage de poussière s’envola.
— Grand-mère ne devait pas souvent faire le ménage ! s’exclama mon frère.
— Arrête, James. Va plutôt chercher de l’eau pour ta sœur.
Je me sentais vraiment mal et une douleur à la tête me donnait envie de m’évanouir. D’habitude je suis bonne comédienne, mais pour une fois la douleur était vraiment naturelle. Tout à coup, mon frère me jeta à la figure un grand verre d’eau glacée.
— Mais tu es fou, James ! Tu es le pire des frères !
— Au moins ça t’a réveillée !
— Très drôle…
La pièce où l’on se trouvait était sombre, mon père alla allumer la lumière pour donner un peu plus de vie à cette maison. On découvrit alors une grande pièce avec une multitude de tableaux. Il y en avait un avec une jeune fille allongée sur l’herbe avec un petit chien assis sur les genoux, le tableau donnait de la joie dans la pièce. Il y en avait un autre, qui laissait apparaître le portrait d’un adolescent à peu près de mon âge, qui regardait dans le vide. Ce tableau n’avait rien de spécial mais il m’hypnotisait tellement que je n’entendais plus les paroles de ma mère. Son regard me retenait prisonnière, il me manipulait comme si une force m’obligeait à le regarder pour l’éternité.
— James, Jessica, venez découvrir vos chambres, je suis sûre que vous allez les adorer ! Elles sont deux fois plus grandes que celles que vous aviez à Londres !
La voix de mon père me réveilla, j’allais enfin découvrir ma chambre. Le grand escalier de marbre était aussi glacé que la neige. Les marches se tordaient au fur et à mesure que j’avançais, le mal de tête me faisait délirer car je voyais à chaque marche des petits feux follets. Un long sommeil ne me ferait pas de mal, mais l’excitation de tout découvrir fit pencher la balance. Au premier étage il y avait un petit salon, les fauteuils étaient jaune moutarde et la poussière s’entassait dans les coins. Sur la droite, il y avait une grande chambre avec un grand lit deux places et de grands tableaux accrochés aux murs. L’un d’eux attira plus particulièrement mon attention, c’était une nature morte gigantesque qui se dressait au centre de la pièce.
— Voici notre chambre, les enfants. Quand le camion de déménagement arrivera, on installera notre petit monde et tout sera comme avant, dit ma mère.
— Comme c’est beau ! dit mon frère d’une voix moqueuse.
— Arrête, James, tu sais très bien qu’on n’a pas eu le choix !
Derrière la chambre il y avait une grande salle de bain avec une baignoire, mes parents installèrent leurs affaires, puis nous continuâmes notre visite. Au deuxième étage nous découvrîmes deux immenses chambres avec salle de bain personnelle, le rêve ! Cette maison ne me rassurait guère, mais ma chambre était splendide !
— Ma chambre est magnifique ! Je l’adore ! Et ce grand lit est parfait pour bien dormir.
— Ah ! j’étais sûre qu’elle te plairait Jessica, tu, tu vas très vite adorer cette maison, répondit ma mère.
La chambre de mon frère était tout aussi belle mais moins spacieuse, et puis elle n’avait pas une grande fenêtre qui donnait sur la forêt.
Dans ma chambre, il y avait un immense miroir doré, ma mère m’avait dit qu’il datait de 1900 et que les anciens propriétaires l’avaient laissé à ma grand-mère car ils ne pouvaient pas le transporter. J’étais en train de me regarder quand je vis en haut du miroir, écrit en lettres capitales, le nom WILLIAM.
— Regarde, maman, il y a écrit WILLIAM sur le miroir !
— Cela doit être le nom du miroitier ou alors le nom de l’ancien propriétaire de ce miroir, ne t’attarde pas sur des détails, on a beaucoup de choses à faire, viens plutôt visiter le dernier étage.
Le troisième étage était constitué d’une seule et gigantesque pièce avec canapé, fauteuils, et une grande table en bois. Au fond, une grande fenêtre ornait la pièce, du sol au plafond et sur toute la longueur, à en couper le souffle ! Je m’approchais, rêvassant de droite à gauche et j’aperçus une grandiose forêt, de ma chambre je n’avais pas cette chance de la voir sur toute sa surface et c’est vrai que c’était quand même assez époustouflant.
— C’est là que grand-mère peignait ses plus beaux tableaux, dit mon père d’une voix triste.
— Pourquoi il y a une échelle en plein milieu du salon ? demandai-je.
— C’est le grenier, il est tellement grand qu’on s’y perd. On ira demain, il est beaucoup trop tard, allez vous coucher. Demain, une grosse journée de travail nous attend.
Je rejoignis ma chambre avec ma petite valise rose, je me mis en pyjama et me glissai directement sous la couverture. Mon chien Pongo sauta directement sur le lit et se blottit contre moi. Je n’avais pas vraiment sommeil, je regardais par la fenêtre cette forêt sombre qui m’intriguait. On voyait au loin les lumières du petit village, ce qui me replongea directement dans la nostalgie. Je repensais à ma vie d’avant, à mes amis que j’avais dû laisser, et à ma très chère maison… Je me remis à pleurer à chaudes larmes, des larmes mouillèrent mon oreiller, mais cette humidité peut parfois devenir apaisante. Et pleurer n’est pas forcement une mauvaise chose contrairement à ce que les gens pensent. Mon chien me réconforta en me léchouillant le visage, et vint se blottir sous la couverture puis nous nous endormîmes l’un contre l’autre.
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