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Couverture du roman Le village sans nom

Le village sans nom

Jessica s'installe avec ses proches dans la vaste demeure léguée par son aïeule, au cœur d'une campagne londonienne isolée et inquiétante. Au grenier, elle découvre un spectre prisonnier d'un miroir. Pour libérer cette âme, la jeune fille doit braver ses angoisses et explorer une bâtisse sans fenêtres bordant la forêt. Entre mystères et terreur, parviendra-t-elle à percer les secrets de ce lieu sans vie ? Et si cette aventure n'était finalement qu'un songe ?
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Chapitre 3

Le soleil du matin me réveilla. Il devait être 9 heures. Ma mère entra joyeusement, un plateau de petit-déjeuner à la main.

— Chérie, j’espère que tu as bien dormi, je t’apporte ton petit-déjeuner pour que tu restes encore un peu au chaud dans ton petit lit. Mais déjeune vite, on doit déballer les cartons, ils viennent d’arriver !

— Je fais vite et je descends, mam’s !

Je vis par la fenêtre un grand camion, je dévalai les escaliers quatre à quatre pour arriver le plus vite possible, j’avais tellement envie de revoir mes meubles ! Je passais par le salon et je revis le mystérieux tableau du jeune adolescent au regard équivoque. J’en avais rêvé toute la nuit, ce jeune homme me fixait et ce regard me perturbait réellement, on aurait dit un être sans âme qui cherche à tuer des gens par son regard. Dans le jardin, il y avait une grande agitation, mon père se disputait avec ma mère à propos des cartons, et mon frère n’arrêtait pas de dire que les cartons étaient lourds. Le ciel était aussi gris qu’à notre arrivée, il faisait froid. En levant les yeux, je découvris la maison sous un autre angle. Hier, il faisait trop sombre pour voir les détails. J’avais pu voir seulement les fenêtres, les étages et la vigne. En haut de la maison, deux gargouilles décoraient le toit, leurs ombres dansaient comme les arbres, un soir de tempête. Ce qui était lugubre, c’était le ciel gris sans un rayon de soleil… Cette réflexion me provoqua un frisson dans le dos, cette maison était vraiment très étrange ! Il y avait aussi deux grandes statues de lion qui dominaient l’entrée, elles étaient aussi grandes que mon père, leurs gueules étaient grandes ouvertes et laissaient voir de grandes dents pointues, ces statues auraient sûrement effrayé n’importe quel visiteur.

— Prenez vos cartons, les enfants, et commencez à les déballer.

Mes cartons étaient très lourds et monter deux étages me fatiguait déjà. J’ai disposé mes affaires dans ma chambre pour le résultat suivant : mon armoire était à côté du grand miroir, mon vieux bureau en face de mon lit et ma bibliothèque à côté. Ma chambre était parfaite, c’était la seule pièce qui ne me terrifiait pas, elle était lumineuse et magique ! Dans l’après-midi, tout le monde mit la main à la patte et on fit le grand ménage. Moi, je m’occupais du grenier, et ma famille du jardin et de l’intérieur. Le grenier se situait tout en haut de la maison, pour y accéder il fallait prendre la petite échelle en bois et grimper en cherchant à ne pas se tuer. Quand je franchis les premières marches, un grincement s’échappa, cette échelle devait avoir l’âge de Louis XIV ! La petite trappe prit du temps à s’ouvrir. Quand je découvris cette pièce, je me sentis mal. Un cadavre de souris était au milieu de la pièce, l’odeur me monta au nez, j’eus envie de vomir. Il y avait de grosses malles et des milliers de livres éparpillés sur le sol. Grand-mère ne devait vraiment pas aimer ranger. Je me rappelais que c’était une petite dame très désordonnée, elle ne cessait jamais de dire que je lui ressemblais beaucoup et que j’avais de l’imagination. Petite, je montais sur ses genoux et elle me racontait toutes sortes d’histoires fantastiques qui développaient mon imagination. Je me rappelle, ma préférée était celle d’une petite fille qui, un jour, trouva un fantôme coincé, je ne sais plus où, et cette petite fille devait délivrer ce fameux fantôme, mais je crois qu’elle n’a jamais réussi. Cette histoire ma grand-mère avait dû me la raconter des milliards de fois et, chaque fois, elle ajoutait des détails ! Elle avait aussi un sac qu’elle ne quittait jamais. À l’intérieur, il y avait un petit miroir de poche doré, des clés et un vieux livre avec une couverture rouge qui ne la quittait pas, c’était l’objet le plus précieux à ses yeux. Elle le cachait et me disait qu’un jour je pourrais le lire ! À sa mort, papa avait cherché partout, mais il n’avait pas mis la main sur ce fichu livre. Papa et maman ne cessaient de répéter qu’il y avait sûrement de l’argent à l’intérieur, mais, moi, je pensais qu’il y avait quelque chose de plus sentimental et qu’il cachait un secret merveilleux. Un jour, grand-mère me dit qu’il était à la fois merveilleux et dangereux et qu’il ne devait pas entrer en possession d’une personne malveillante.

Le grenier était très vaste et toutes sortes d’objets farfelus y étaient cachés. Je pris un balai et un seau et me mis au travail. Il y avait plus de poussière dans ce grenier que dans la tombe de Cléopâtre. Pendant que je nettoyais, je sentais une présence derrière moi comme si quelqu’un m’observait. Cela me dérangeait, cette maison était hantée par un être invisible, ce qui était totalement absurde, mais mon intuition me disait le contraire. J’entendis un pas, puis deux. Les pas se rapprochaient. Je me retournai mais ne vis personne. Ce devait être mon imagination.

— STOP ! m’écriais-je.

J’avais beaucoup trop d’imagination, les fantômes n’existaient pas, les spectres n’existaient pas non plus, tout comme les autres créatures dans le genre. Je continuais mon petit ménage en me chantant des chansons joyeuses pour ne pas penser à des choses terrifiantes. Un grand miroir cassé était posé contre le mur, je le nettoyais quand, tout à coup, je vis une ombre dans le miroir, puis un visage apparut. Quand je vis le petit garçon du portrait de la salle à manger dans le miroir, je faillis m’évanouir. J’étais en sueur, deux petites gouttes coulèrent sur mon visage, je n’en revenais pas, je venais de voir le visage d’un enfant sur le miroir, cela était illogique, insensé…

— Hé ! Je ne suis pas un enfant, je suis un adolescent !

— Ah ! Au secours ! m’écriais-je, le miroir parle !

— Premièrement arrête de hurler, deuxièmement, je suis un fantôme, plus précisément un spectre, bref, tu peux m’appeler William.

— William ?

Je repensai au miroir de ma chambre, au tableau et à l’histoire de ma grand-mère. Tout se mélangea dans ma tête, je devais être en train de rêver. J’étais perdue, je ne savais pas si je rêvais ou si toute cette aventure complètement folle était la réalité. Mon cerveau était rempli de questions sans réponse. Tout cela était insensé. Ma grand-mère ne me racontait peut-être pas de salades, peut-être que cette histoire était vraie…

— Bah, bien sûr que c’est vrai, Jessica, ne t’inquiète pas, tu ne rêves pas, je suis bien réel ou techniquement réel, et l’histoire de ta chère grand-mère est bel et bien vraie !

— Je ne me sens pas très bien, répondis-je.

— Assieds-toi et écoute-moi bien. Pour commencer, je m’appelle William et je suis né en 1914.

— Je ne comprends pas ?

— Laisse-moi t’expliquer. Je suis né en 1914 et mort en 1927 d’une maladie, bref, cela est sans importance. Ce village est hanté par une créature maléfique que personne n’a jamais vue. Elle habite une maison au bord du village, une maison qui est vraiment atypique. Elle n’a aucune fenêtre et ressemble à une prison, sans vie, sans âme. On ne voit jamais personne y entrer ou en sortir, comme si elle était abandonnée, et pourtant, tous les jours, de la fumée sort de la cheminée, une fumée jaune, comme si la bonne humeur sortait par la petite cheminée et qu’il ne restait que tristesse et peur. La bête ne s’attaque jamais aux adultes, elle s’attaque seulement aux enfants, elle hante également le village. Cette créature m’a enfermé à ma mort dans ce miroir et a jeté un sort sur la maison pour qu’elle paraisse terrifiante. À mon époque, la maison était pleine de couleurs et elle débordait des cris et des rires de mon frère et moi, elle ressemblait un peu à un château ou alors c’est moi qui la voyais ainsi… Cette créature s’en est pris à moi et à beaucoup d’autres adolescents. Je pensais que personne ne pouvait me voir mais, un jour, ta chère grand-mère Amélia s’est mise à jouer dans le grenier avec ses poupées. Moi, je l’observais tranquillement, elle disait qu’un jour elle verrait une fée, un fantôme, ou alors un vampire, elle aimait le surnaturel. Puis elle fermait les yeux en espérant très fort avoir comme ami une sorte de petit fantôme que personne ne verrait et qui serait son confident, sa bonne étoile. Ses parents ne cessaient de rire à ses paroles qu’ils jugeaient puériles. Mais, pourtant, tous les soirs, elle continuait à monter au grenier, à allumer la musique et à chanter le plus fort possible :

— Je veux un ami, un confident, quelqu’un qui me guidera pour l’éternité.

Elle chantait en riant et en dansant, elle ne pouvait plus s’arrêter, et moi aussi je chantais avec elle, je m’amusais, cela me rendait heureux et occupait mes journées de solitude, jusqu’au jour où elle m’entendit chanter. C’était vraiment impossible, j’étais mort et elle vivante ! Elle hurla de joie en se disant que son souhait le plus cher s’était réalisé. Elle n’était pas normale comme les petites filles de son âge qui auraient hurlé en m’entendant chanter, non c’était quelqu’un d’unique qui me comprenait comme personne d’autre… Nous devînmes amis, les meilleurs amis du monde. J’étais devenu, comme elle le disait, son confident, son guide. Tous les jours, elle passait des heures au grenier, ses parents la prenaient pour une folle à parler seule dans un lieu sombre et plein de poussière. Un jour, Amélia était dans sa chambre en train de lire. Elle pensait à moi comme d’habitude et chantait dans sa tête notre petite chanson. Tout d’un coup, je me suis retrouvé dans sa chambre, dans le miroir, celui que tu as dans ta chambre, orné d’or et où est écrit William. Je pouvais maintenant passer de miroir en miroir grâce à elle. Comment ? Magie ? Aucune idée. Mais en mon honneur, elle fit graver mon prénom. Grâce à cette découverte elle m’emmenait partout dans son petit miroir de poche, je pouvais l’aider à l’école, voir d’autres personnes, mon village, ma maison… Nous étions inséparables, on s’aimait beaucoup. Un jour, Amélia voulut passer par un autre chemin pour rentrer à la maison, nous passâmes devant une maison sans fenêtre, aucune fenêtre n’avait été construite, c’était assez terrifiant et de la fumée jaune sortait du toit. La porte d’entrée était rouge vif comme si du sang y avait été jeté. La maison était très grande, sans serrure pour entrer, comme si les propriétaires n’avaient qu’à souffler pour pouvoir entrer. Amélia eut un frisson, elle se mit à courir de toutes ses forces, arrivée à la maison, elle se mit sur le canapé pour se cacher. Elle raconta tout à ses parents, son père connaissait le village et décida d’aller voir. Vingt minutes plus tard, il revint en sueur. Il avait essayé de frapper et un cri s’était échappé de la maison. Quand on le vit arriver, on aurait dit qu’il avait vu un monstre ! Il décida avec un groupe d’amis d’entrer dans la demeure par la force. Depuis ce jour, la créature est de plus en plus diabolique, chaque enfant qui passait devant la maison disparaissait. On ne sut jamais si la créature les emprisonnait ou si elle les tuait. Elle ne s’en est jamais prise aux adultes, elle se nourrit seulement de la peur des enfants… Heureusement, ta chère grand-mère ne s’en est jamais vraiment approchée, sinon tu ne serais pas de ce monde. En tout cas, depuis cette découverte, Amélia et moi voulions absolument en savoir plus sur cette créature, sur ces enfants disparus… Nous passions nos jours et nos nuits à faire des recherches. Quelques fois, nous passions devant la maison pour étudier la fumée, son architecture si atypique et ses couleurs sinistres. Mais nous faisions très attention à ne pas trop nous approcher. Cependant, un jour, Amélia eut une idée folle, elle voulut à tout prix entrer. Elle frappa avec son pied la porte qui s’est ouverte. Je n’ai rien vu. Elle a dû rester cinq minutes à l’intérieur, mais, quand elle est revenue, elle était aussi blanche qu’un linge. Elle me raconta tout, jusqu’aux moindres détails, mais elle n’en dit pas un mot à ses parents. Nous avons tout écrit dans un carnet pour nous en souvenir. Elle le portait toujours sur elle. Je ne me rappelle pas comment elle m’avait décrit et ce qu’elle avait vu, mais je me rappelle que, quand elle me raconta son aventure, j’en eus des frissons. Je ne sais pas comment elle a survécu, elle m’avait dit qu’elle avait aperçu l’ombre de la créature qui l’avait fait s’évanouir d’angoisse. Il faudrait mettre la main sur ce fichu livre ! À l’intérieur, nous avions également fait des plans pour essayer de la tuer. Il y avait aussi des potions, toutes sortes de choses pour l’anéantir. Je me rappelle une fois où nous étions allés chez l’ancien du village, un sorcier ou un voyant, je ne sais plus trop. Il nous avait donné des conseils pour la confection des potions. Sa maison était petite et délabrée mais l’intérieur était flambant neuf. La salle où il nous guida ressemblait à une grotte : des milliers de fioles étaient posées sur des planches, il y en avait des rouges, des vertes, des bleues, des violettes… Le vieil homme était petit, sa barbe lui tombait jusqu’aux pieds et il avait une centaine de rides. Il nous donna une fiole rouge et une violette en nous disant qu’une goutte suffisait pour faire disparaître quelqu’un. Il a ajouté que, si l’on réussissait à tuer cette bête, le village reprendrait ses couleurs et sa joie de vivre et que tout s’arrangerait. On a tout écrit dans le carnet pour y arriver mais jamais on a réussi à ouvrir la porte comme elle l’avait si bien fait quelques années plus tôt. Peu à peu Amélia vieillit, avec le temps nous étions de plus en plus complices, et nous abandonnions peu à peu notre rêve de détruire la créature. Malgré cela, ta grand-mère passait tous les jours devant la maison, elle s’asseyait devant et regardait la fumée jaune s’échapper du toit. Puis elle me prenait et on chantait ensemble notre chanson comme pour adoucir la créature. Un jour, on est parti pour Londres car une certaine Jessica venait de naître. Dès le premier regard qu’elle posa sur toi, elle savait que tu arriverais un jour à sauver le village. Elle ne cessait de dire que tu étais unique. Elle me disait que tu avais autant d’imagination qu’elle, que tu étais courageuse et maligne. Elle t’aimait beaucoup et comptait sur toi pour l’aider. C’est vrai qu’en te voyant on dirait une petite fille fragile, mais il ne faut pas se fier aux apparences car, lorsqu’on regarde bien tes yeux, on devine une grande force et une imagination débordante. Tu as beaucoup de talent, tu le découvriras bien vite. J’ai besoin de toi, Jessica, je sais que tout cela est insensé pour toi mais tu dois me croire et croire en toi, tu dois rendre fière ta grand-mère. Je t’en supplie, Jessica, tu es notre seul espoir !

— Ça fait beaucoup d’informations. Je n’en reviens pas ! Je ne sais pas si je suis en train de rêver ou si mon imagination me joue des tours !

— Tu ne rêves pas ! Tout est bien réel. Il faudrait maintenant retrouver le livre de ta grand-mère, ça nous aiderait vraiment beaucoup.

— Jessica, tu as fini le ménage ? me cria ma mère.

— J’arrive ! répondis-je.

— Mais qu’est-ce qui se passe ? Tu parles toute seule ? me hurla mon frère.

— William, on se revoit demain, même heure, même endroit. Je dois un peu réfléchir à tout ça… C’est complètement fou et je n’y crois toujours pas, je parle à un homme mort ! Et s’il te plaît, ne viens pas me voir jusqu’à demain. J’ai envie d’être seule et de réfléchir un peu.

— À demain, Jessica. J’espère que tu feras le bon choix !

Je descendis les escaliers comme si j’avais trois cents ans. Je repensais à tout ce que m’avait dit William. Tout cela était illogique ! Moi, une fille de treize ans qui se retrouve dans une maison hantée avec son ami le fantôme et qui doit éliminer une créature tueuse d’enfants ! Je suis sûrement en train de faire un cauchemar… Peut-être que je me réveillerais en sursaut avec mon chien Pongo sur mon lit et j’oublierais tout simplement ce mauvais rêve pour reprendre ma vie sans souci ! Je me retrouvai dans le salon, et mon regard croisa celui de William, enfin son regard dans le portrait. Je vis qu’il avait toujours le même âge, ce devait être peu avant sa mort. Dans la cuisine, ma mère et mon frère déjeunaient, notre ancienne table n’allait vraiment pas avec le style de la maison. Les toiles d’araignées étaient encore accrochées au plafond et la moisissure ne donnait guère un aspect charmant à cette cuisine. Le carrelage était glacé, je m’installai auprès de ma mère et je pris un sandwich au jambon mayonnaise, c’est la spécialité de ma mère, on en mange très régulièrement. Je l’avoue, ma mère et la cuisine, ce n’est pas vraiment une histoire d’amour !

— Tu faisais quoi en haut, tu parlais toute seule avec tes petits amis, les animaux ? dit mon frère, en ricanant.

— Très drôle ! Non, je chantais. C’est bon, laisse-moi un peu tranquille…

— Tu as bien avancé ? demanda ma mère.

— Oui, oui. Bon, je dois y retourner demain, mais ça sera bientôt fini.

— Papa est allé chercher les derniers cartons. En attendant, finissez de ranger. Plus vite on finira, plus vite vous apprécierez cette maison, ne vous inquiétez pas.

Je ne voulais pas remettre les pieds au grenier par peur de croiser William, je ne voulais pas avoir de nouveau cette discussion. J’étais perdue, je ne savais pas comment faire… Je pris un balai et je me mis à nettoyer la poussière de l’escalier. Cet escalier est très glissant, les enfants qui habitaient ici autrefois devaient s’éclater à glisser sur les fesses pour descendre. J’avais envie d’essayer, au fond, j’avais encore une âme d’enfant et d’ailleurs, je suis toujours une enfant ! J’ai donc le droit d’essayer et de faire toutes les choses complètement folles ! Je pris de l’eau et je la jetai sur les marches puis je mis des serviettes en dessous de mes chaussures et je les attachai avec des élastiques puis je m’élançai du haut de l’escalier. J’étais comme une patineuse sur la glace qui glisse et sent le vent dans ses cheveux. Je me mis à hurler de rire et mon frère arriva à ce moment. Il éclata de rire et fit comme moi. James a seize ans, mais ça ne l’empêche pas d’être un gros bébé. Même si nous nous disputons, nous sommes inséparables.

Après m’être fait bien disputer par notre mère, je repris le ménage, je voulais me changer les idées, je ne supportais pas le fait d’être sous le même toit que lui… Repenser à cette histoire me donnait envie de vomir, et que dire du fait qu’il puisse exister une force maléfique qui nous veut du mal… Je ne crois pas aux créatures diaboliques, mais j’en ai peur. Oui, c’est peut-être bizarre, mais c’est la vérité : j’ai peur de la créature qui existe peut-être et qui habite dans une maison sans fenêtre. Mais, si j’en ai peur, cela veut dire que j’y crois… Non, je ne veux pas y croire ! Cette histoire est absurde et le restera ! En réalité, personne ne peut vraiment savoir si cela est fantastique ou réel. Personne sauf moi, car je suis la seule personne impliquée dans l’histoire. Mais pourquoi moi, Jessica ? Je n’ai que treize ans… Et d’ailleurs, personne au monde ne peut savoir si la vie n’est qu’un rêve ou si elle est réelle ? Je déteste ce genre de questions sans réponse, ça me remet en question et je passe des heures à regarder dans le vide pour me remémorer ma vie entière. Ce déménagement n’aurait jamais dû exister, ma grand-mère devait rester en vie, elle me manque… Il faut que j’arrête, je vais devenir folle, folle ! Je le suis sûrement déjà ou alors je la serai bientôt.

Je sortis dans le jardin pour prendre l’air et je nettoyais les feuilles mortes qui tombaient des arbres. Le vent fouettait mon visage, il faisait froid et le temps était gris, je marchais doucement, les feuilles volaient et comme à mon habitude je m’évadais dans mon monde à moi où tout est rose et où personne ne vient m’embêter. Il n’y a pas de maison hantée bizarre avec des fantômes qui me harcèlent. Dans mon univers, il n’y a ni colère ni de tristesse, mais de la joie et de l’amour, cela suffit pour être heureux…

Quand je m’évade dans mes rêves, je pense à des villes qui sortent de l’ordinaire, avec des fleurs à n’en plus finir et des gondoles qui vous emmènent le long de fleuves enchantés ! Non, il n’y a pas de violence et, si on veut voyager avec moi dans mon monde, il faut juste un brin d’imagination et un soupçon de magie… Mon monde est nourri de mes lectures et, à chaque nouvelle lecture, il s’agrandit et devient de plus en plus exceptionnel. Les personnages de mes livres deviennent réels, ils sont là pour me guider et m’accompagner. Les poètes créent les fleuves grâce à leurs vers, on boit les livres pour rester en vie et nos cœurs sont remplis d’étoiles scintillantes qui brillent de mille feux. Oui, c’est dans ce monde que je souhaite vivre et pour l’éternité… Les feuilles grinçaient sous mes pas, je revenais à la maison, je montais dans ma chambre et je pris mon livre préféré, je l’ai lu cinquante mille fois, c’est une histoire insensée et complètement fantastique qui me fait voyager. Je pris la première page et je partis dans un tout autre monde pour changer…

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