
Le sourire des anges - Tome I: Alliance
Chapitre 2
— Attends, c’est une blague ? Tu ne comptes quand même pas y aller habillé comme un Tanguy ?! lui fis-je.
— Qu’est-ce que tu reproches à mes fringues ?
— C’est bien pour traîner dehors et faire l’abruti devant des filles, mais pas pour aller à un mariage.
— D’où moi je fais l’abruti ?
Je levai les yeux au ciel et le forçai à entrer dans la Toyota Supra MK4 qu’il chérissait tant, ignorant ses protestations puériles. Une fois sur la route, mes pensées allèrent vers le mariage de ma tante. Je ne sais pas très bien ce que les gens trouvent à l’amour. Dans tous les films, les gens souffrent, et malgré tout ça, ils en rêvent encore. Ils se pressent dans les mairies pour signer tout un tas de paperasse et faire des promesses qu’ils ne tiendront qu’une quinzaine d’années. La vue du premier magasin me tira de mes pensées. J’amenai directement Julien dans un rayon et sélectionnai plusieurs costumes quand une fille vint interpeller mon frère.
— Blow ! Oh, mon dieu, Blow, je peux avoir un autographe ?
La fille, une brune asiatique, cherchait quelque chose dans son sac. Quelques secondes plus tard, elle tendit un stylo à mon frère, qui ne comprenait manifestement pas ce qui se passait.
— Euh… Je suis désolé… C’est une erreur…
— Bien sûr que non ! Je viens te voir absolument tousles soirs ! Je suis ta première fan ! C’est ta petite amie ? lui demanda-t-elle en me désignant.
— Beurk, non ! protestai-je.
— Excusez-moi, je ne vous connais pas donc vous ne me tutoyez pas et vous ne vous mêlez pas de ma vie privée, répondit-il en m’ignorant.
La fille commençait à me vanter les mérites de ce « Blow » mais mon frère la coupa en lui enserrant le bras.
— Écoute, c’est fini les conneries. Tu nous laisses tranquilles ou j’appelle la sécurité.
Il serrait son poignet tellement fort à présent que ses jointures devenaient blanches, faisant ressortir les blessures qu’il ne m’avait pas laisséesoigner correctement la veille. La fille le regarda, la peur pouvant se lire dans ses yeux. C’en était trop, je ne pouvais pas le laisser faire, cette fille avait seulement fait une erreur.
— Julien, arrête ! Lâche-la et laisse-la partir, c’est bon, il n’y a pas de quoi s’énerver. Tu lui fais mal !
Il la regarda haineusement et l’espace d’un instant je doutai de pouvoir les séparer mais il la lâcha mollement et se posta devant moi, comme pour me protéger.
— Dégage, maintenant !
— Ou… Oui ! Désolée Blow… Et merci ! me dit-elle rapidement.
Une fois ses excuses présentées, elle partit presque en courant avec ses talons hauts.
— C’était quoi, ça ? lui demandais-je.
— Elle ne voulait pas nous lâcher.
— Tu te paies ma tête ? Tu faisais deux fois la taille de cette fille ! Elle était morte de peur la pauvre ! Tu ne dois jamais, en aucun cas, faire de mal à une femme. C’est bien ce que papa s’est acharné à t’apprendre, non ?! Alors pourquoi là, alors qu’elle n’avait rien fait, tu as essayé de lui broyer le cubitus ?! Tu as vu comme tu lui as fait peur ? J’ai cru qu’elle allait se pisser dessus !
— Eu’…, calme-toi…
Je ne l’écoutais pas, je tournai les talons en direction de la sortie.
— Leah, STOP !
Il me saisit le bras, le serrant beaucoup trop fort. Je me dégageai vivement et le toisai le plus durement possible. D’habitude, je n’osais pas lui tenir tête. Mon frère m’avait autant élevée que mes parents, voire plus. Le soir, quand j’étais plus petite, il m’aidait à faire mes devoirs, c’est lui qui m’a appris à faire du vélo sans les roulettes ou encore du roller. Interloqué, il resta là, devant moi, à attendre que je dise quelque chose, mais c’était à lui de parler. Je comptais bien le voir s’excuser d’avoir été un connard. Et il sembla avoir lu dans mes pensées car il s’exécuta.
— Je suis désolé, vraiment. Je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai vu rouge.
Je soupirai et rentrai à nouveau dans le magasin, faisant se retourner la vendeuse sur le crissement plaintif de la porte automatique.
— Je peux faire quelque chose pour vous, messieurs, dames ?
— Est-ce que vous pourriez prendre ses mensurations, s’il vous plaît ? lui quémandai-je.
Julien me lança un regard implorant la pitié et je lui souris niaisement.
— Bien sûr, si Monsieur veut bien me suivre… l’invita-t-elle.
Je profitai du fait qu’elle l’occupe et me réfugiai dans un autre rayon. J’ouvris un onglet Google et recherchai « Blow ». Tout ce que je trouvai, c’étaient des cours sur les verbes irréguliers et un boxeur de rue de Marseille, mais qui venait des quartiers Nord, donc ça ne pouvait pas être mon frère. Je fermai donc la page et attendis calmement le retour de mon frère dans un rayon. Après une bonne demi-heure supplémentaire de recherche et grâce aux conseils de la vendeuse, on a finalement opté pour un costume uni bleu marine, une cravate rouge et une chemise blanche.
Une fois rentrés, je me suis directement mise aux fourneaux, éreintée. Mon frère était pire qu’une fille quand il s’agissait de fringues, et pour trouver un costume qui tombe parfaitement sur ses épaules carrées et qui lui plaise, on a bien galéré. Tandis que j’allais ouvrir une boîte de salade de fruitspour le dessert, mon frère reçut un message et se leva.
— Je dois partir, bisous, je t’aime !
Il m’embrassa brièvement sur le front et sortit précipitamment, oubliant son trousseau de clés sur la table. Je me lançai donc à sa poursuite pour les lui donner mais je le vis avec quatre autres garçons. Je les regardai rigoler, mon entrain tombant brusquement dans mes talons pour je ne sais quelle raison. Mais un des autres gars l’a appelé « Blow », comme la fille du magasin, et mon sang n’a fait qu’un tour avant que je décide de le suivre de loin. De toute façon, je connaissais mon frère, et il ne me dirait rien de lui-même. Ils rigolèrent encore un peu puis partirent tous les cinq en courant, moi sur leurs talons. Où pouvait-il donc filer toutes ces nuits ? Je n’arrivai pas à croire que je faisais ça, moi qui lui reprochais toujours d’être trop sur mon dos. Une fois qu’ils eurent terminé leur course effrénée, je me cachai derrière un mur en briques et tendis l’oreille. La brise fraîche baisa mon visage et un léger vent fit voler mes cheveux. Nous étions dans les quartiers nord, j’habitai à la limite des deux quartiers. Et je dois dire que j’adorais ces endroits, ils étaient tellement revivifiants ! Un bruit assourdissant emplissait les environs, et je jetai un coup d’œil timide à la ruelle où s’étaient engouffrés les cinq amis.
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