
Le sourire des anges - Tome I: Alliance
Chapitre 3
La ruelle était éclairée par quelques lampadaires et était entourée de plusieurs hangars poussiéreux qui sentaient l’alcool et la sueur à plein nez. Je regardai les gens passer, il y avait des punks, des bikers et des gens assez louches, en jogging. J’admirai comme on se faisait vite une impression des gens au premier regard. Et moi, comment les gens me voyaient-ils ? Est-ce qu’ils devinaient à quel point j’étais tourmentée ? Ils étaient tellement nombreux qu’ils se frôlaient, mais je ne mis pas longtemps à repérer mon frère et ses amis. De magnifiques filles qui avaient environ mon âge les entourèrent en roucoulant et ils passèrent leurs bras sur leurs épaules. Je trouvais ça malsain, ça me dégoûtait, et l’espace d’un instant j’espérai que mon frère avait tout manigancé depuis le début et que ce n’était qu’une espèce de caméra cachée. Un cercle d’hommes alcoolisés et à moitié nus s’était formé autour d’une bagarre qui opposait deux hommes de même corpulence. Stressée, je sortis une cigarette de ma poche. De grands baffles placés dans les coffres des fourgonnettes garées là diffusaient de la musique dans tout le quartier. Tandis que la bagarre se finissait, Julien lâcha les filles et enleva son t-shirt, le posant dans un coin. Il s’avança au centre du cercle, et un autre homme, de corpulence deux fois plus forte que lui, vint le provoquer. Mon frère le regarda dans les yeux, sans faillir une seule fois. L’arbitre, parfait sosie de Kofi Kingston vint entre les deux ennemis, micro à la main.
— Blow vs Thunder, faites vos paris, vous avez une minute !
Je me souvins de la page Google que j’avais négligemment fermée quelques heures auparavant mais je ne parvenais pas à y croire. Plein de billets circulèrent, des discussions sérieuses s’engagèrent, et en attendant une femme se mit à étaler de l’eau sur le dos et le torse de mon frère. J’avais envie de vomir.
— Fin du temps accordé ! Début du combat au décompte du public !
— 1… 2… 3 ! s’écrièrent toutes les personnes autour d’eux.
L’homme se jeta sur mon frère, ce qui me fit sursauter, mais Julien le fit passer au-dessus de lui et le roua de coups. L’homme lui décocha un coup de poing et alors, pour la première fois de ma vie, je vis mon frère agressif, et réellement en colère, je ne le reconnaissais pas, la haine déformait ses traits fins. Il lui donna un énorme coup de pied, et le sang jaillit sur son torse nu. Je repensai à ses doigts blessés et je compris. L’homme s’écroula, cherchant avec peine sa respiration, et mon frère sourit fièrement. Le combat n’avait même pas duré deux minutes. Une larme solitaire se mit inconsciemment à couler sur ma joue, et ma vision se brouilla quand je vis une trentaine de filles courir vers mon frère, et lui les embrasser à pleine bouche. Tandis que j’allais partir, je ressentis une main sur mon épaule. Je me tournai vers trois visages familiers.
— Tu vas venir avec nous.
— Je ne crois pas non.
— On a juste un message à faire passer aux Crips.
— Je ne connais pas ces gens, laissez-moi.
— Ton frère en fait partie
— Lâchez-moi !
Je me retournai et mis un coup de poing dans la gorge du premier, il se recula et je lui mis un coup de pied dans le ventre, puis le deuxième s’avança et je lui brûlai la paupière avec ma cigarette, le troisième, choqué, resta en retrait, il regarda derrière moi, paniqué et me prévint :
— Je te retrouverai !
Je cherchai ce qui l’avait fait fuir et découvris avec effroi que mon frère m’avait repérée. Il se dégagea de l’étreinte de ses groupies et invita ses potes à le suivre.
— Qu’est-ce qu’il y a ? le questionna un des play-boys.
— Je suis dans la merde, répondit-il simplement.
— Pourquoi ?
— Où est Clay ?
— Je suis là mec.
— Ouvre pas ta gueule, c’est une paire de couilles sur pattes.
— De qui tu parles ?
Il ne lui répondit pas, et vint à ma rencontre.
— Eh, salut Eu’…
— Ne me parle pas, ne me touche pas et ne pense pas à moi. On n’a pas le même sang, c’est impossible. Tu me dégoûtes.
— Eu’, arrête…
— Comment tu me décris déjà ? Ah, oui ! « Une paire de couilles sur pattes » ?! Tu as vraiment de la chance que je ne brise pas les tiennes, Julien !
Clay, si j’avais bien compris, avança d’un pas, comme pour défendre Julien, même s’il n’en avait manifestement pas besoin, mais celui-ci tendit un bras pour l’en empêcher.
— C’est qui elle ? C’est ta meuf ? Ton plan cul ? Il faut vraiment que tu arrêtes de les enchaîner mec, tu vas finir par choper une MST !
— C’est ma sœur, abruti !
— C’était. Tu n’auras qu’à te prendre une chambre d’hôtel avec ton nouveau plan cul. Ça tombe bien, c’est moi qui ai tes clés. Je te souhaite une bonne nuit Julien.
Je partis, mais il me rattrapa.
— Leah ! Si je fais ça, c’est pour l’argent !
— Oh, je t’en prie, arrête ! Notre tante nous envoie un chèque tous les mois ! C’est limite si on n’a pas l’argent nécessaire pour rouler en voiture de sport !
— Ton frère te dit la vérité, me dit Clay.
— La ferme, le mec en chien. On ne t’a rien demandé.
Il s’approcha de moi, et planta son poing juste à côté de ma tête, pensant peut-être m’impressionner. Mon frère, sur la défensive, fit un pas vers lui.
— Clay, c’est ma sœur, gronda-t-il.
— Écoute-moi bien blondasse : si jamais tu redis une connerie ça pourrait très mal se passer, je me fous du nombre de bébés couillus que tes parents ont conçu. Me suis-je bien fait comprendre ?
— Pousse-toi de mon chemin, Clay-bard ! sifflai-je entre mes dents.
Il planta son deuxième poing de l’autre côté de ma tête et me regarda méchamment. Je sentis la colère monter, et lui crachai au visage, le castrai et lui assénai un énorme coup de coude avant de partir tranquillement en leur faisant mon plus beau doigt d’honneur. Je rentrai chez moi en courant et m’enfermai dans ma chambre. Je me jetai sur mon lit et pleurai, lessivée. Puis j’entendis un bruit de fenêtre qui se ferme, et cinq personnes s’engueulant dans la pièce d’à côté. Je pris le couteau que je cachais sous mes culottes au cas où j’en aurais besoin un jour (on n’est jamais trop prudents, surtout là où j’habitais), et me dirigeai vers la chambre de mon frère, d’où venaient les voix. Je me mis derrière la porte et comptai mentalement jusqu’à trois. Puis j’ouvris la porte à la volée, brandissant mon couteau. Je vis cinq garçons effarés, parmi eux Clay-bard et Julien
— Ma parole, Eu’ tu es devenue folle ! s’exclama mon frère.
— Dixit le mec qui enchaîne les meufs et les bastons ! Et dire que je passais mes soirées à te soigner, bah tu pourras toujours aller te gratter à partir de maintenant !
— Je savais que tu avais des morpions, mec, fit un autre en rigolant.
Clay lui jeta un regard noir, le faisant taire. Je claquai la porte et repartis.
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