
Le Secret Sous Mon Cœur Brisé
Chapitre 2
Le penthouse de Park Avenue était plongé dans une pénombre oppressante. Eloise ajusta la position d'une fourchette en argent sur la table en acajou. C'était la troisième fois qu'elle le faisait.
La pendule ancienne, accrochée au mur, égrenait les secondes avec une lenteur sadique. 23h45.
Le dîner, un rôti aux herbes préparé par le chef, était froid depuis des heures. La sauce avait figé dans la saucière. Les bougies, qu'elle avait allumées à 20h00, n'étaient plus que des flaques de cire fondue.
Le bruit sec d'une clé tournant dans la serrure brisa le silence.
Eloise se redressa instantanément. Elle lissa le tissu de sa robe en soie émeraude, prit une inspiration pour calmer les battements erratiques de son cœur, et composa un sourire sur son visage.
Fulton entra. Il apporta avec lui l'odeur de la pluie et du froid, mêlée à son parfum boisé habituel. Il ne la regarda pas. Il jeta ses clés sur la console d'entrée avec un bruit métallique qui résonna comme un coup de feu.
- Tu es encore debout ?
Sa voix était plate. Une question rhétorique, dénuée de tout intérêt réel.
Eloise garda son sourire, bien qu'il commençât à trembler aux commissures.
- C'est notre anniversaire, Fulton. Trois ans.
Fulton se figea. Il était dos à elle, en train de retirer son manteau. Il resta immobile une seconde, une seconde qui parut durer une éternité, avant de se retourner.
Son visage était un masque impénétrable. Aucune culpabilité. Aucune surprise. Juste une fatigue lassée.
- J'ai oublié.
L'aveu tomba comme un couperet. Brutal. Sans excuse.
Il desserra sa cravate d'un geste brusque, l'air épuisé, comme si sa simple présence dans cette pièce lui demandait un effort surhumain.
Eloise fit un pas vers lui, la main tendue pour prendre son manteau, un réflexe d'épouse attentionnée. Fulton recula imperceptiblement. Un mouvement de recul de quelques millimètres, mais qui creusa un fossé infranchissable entre eux.
- Nous devons parler, Eloise. Demain matin.
Il ne laissa pas le temps de répondre. Il se dirigea vers le couloir.
- Je dors dans la chambre d'amis. J'ai besoin de calme.
La porte de la chambre d'amis se referma avec un clic définitif. Eloise resta seule au milieu du salon luxueux. Elle se tourna vers la table, vers le dîner froid, et souffla la dernière mèche de bougie encore vacillante. La fumée âcre lui piqua les yeux.
Le lendemain matin, la lumière crue du jour inondait le salon, ne laissant aucune place aux illusions de la veille.
Eloise était assise sur le canapé, les mains jointes sur ses genoux, le visage pâle. Elle n'avait pas dormi.
Fulton arriva. Il était rasé de près, son costume bleu nuit impeccablement coupé. Il portait son armure de PDG. Il tenait à la main un dossier bleu épais.
Il ne s'assit pas. Il posa le dossier sur la table basse en verre, devant elle.
- Lis ça.
Ce n'était pas une invitation. C'était un ordre.
Eloise tendit une main tremblante vers le dossier. Le titre, en lettres noires capitales, la frappa comme un poing au visage : CONVENTION DE DIVORCE PAR CONSENTEMENT MUTUEL.
Le papier crissa bruyamment dans le silence de la pièce alors qu'elle l'ouvrait. Ses oreilles bourdonnaient.
- Pourquoi ?
Le mot sortit de sa gorge comme un morceau de verre brisé.
Fulton la regarda de haut, les mains dans les poches, son expression clinique.
- Chimere est de retour. Elle a besoin de stabilité. Elle est fragile, Eloise. Je ne peux pas gérer deux fronts à la fois.
Une nausée acide remonta dans l'œsophage d'Eloise. Deux fronts. Elle était une guerre qu'il voulait cesser de mener.
Son regard tomba sur une clause au bas de la page 4 : "Mme Eloise Workman renonce expressément à toute réclamation future sur le patrimoine Benton, au-delà de la compensation forfaitaire définie."
Elle releva les yeux, cherchant désespérément une trace de l'homme qu'elle avait épousé, de l'homme qu'elle aimait depuis dix ans. Elle ne vit qu'un étranger pressé. Il consultait sa montre Rolex.
- C'est le mieux pour tout le monde. Tu seras à l'abri du besoin. La compensation est généreuse.
Eloise referma le dossier. Le bruit sec claqua dans l'air.
- Et si... murmura-t-elle, posant une main protectrice sur son ventre plat, et si la situation changeait ? Si quelque chose de... nouveau arrivait ?
Fulton la coupa net, son regard durcissant.
- Rien ne changera. Signe.
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