Couverture du roman La tombe qu'ils lui ont creusée

La tombe qu'ils lui ont creusée

9.7 / 10.0
Laissée pour morte après un accident, j'ai vu mon fiancé Clément et ma famille m'abandonner pour célébrer l'union de ma demi-sœur, Ambre. Officiellement enterrée sous des mensonges, j'ai survécu. Cinq ans après, je reviens sous l'identité d'Élise Richard, une écrivaine célèbre mariée à un puissant PDG. Venue réclamer l'héritage maternel, je tombe sur Clément. Il pleure devant ma tombe, ignorant que la femme qu'il a trahie est de retour pour obtenir justice.

La tombe qu'ils lui ont creusée Chapitre 1

J'étais brisée, clouée à un lit d'hôpital après un terrible accident de voiture, mais ma famille n'est jamais venue. Mon père et mon frère étaient trop occupés à préparer le mariage de ma demi-sœur manipulatrice, Ambre.

Le marié était mon fiancé, Clément.

Pendant que je luttais pour ma vie, ses derniers mots au téléphone avaient été un ordre glacial.

« Va au diable, je m'en fiche. »

Ils m'ont abandonnée, ont dit au monde entier que j'étais morte, et ont même gravé mon nom sur une pierre tombale. Ils m'ont enterrée sous une montagne de mensonges pour qu'Ambre puisse voler la vie qui était la mienne.

Mais je ne suis pas morte. Je suis renée de mes cendres.

Cinq ans plus tard, je suis revenue sous le nom d'Élise Richard, une auteure à succès, mariée au PDG d'une entreprise de nouvelles technologies, et soutenue par une famille au pouvoir inimaginable.

Je n'étais revenue que pour régler la succession de ma mère. Mais la première personne que j'ai rencontrée fut Clément, debout devant ma propre tombe, pleurant la fille qu'il avait aidé à tuer.

Chapitre 1

Point de vue d'Élise :

J'ai vu ma propre tombe aujourd'hui. Pas dans un rêve, pas une métaphore, mais une vraie pierre tombale, froide, se dressant innocemment à côté de celle de ma mère, sous un saule pleureur. C'est la première chose qui m'a frappée en passant avec ma voiture de location les grilles rouillées du cimetière familial des Dubois, un endroit où j'avais juré de ne plus jamais remettre les pieds volontairement. Le nom gravé dans le granit gris était indéniablement le mien : ÉLISE DUBOIS. En dessous, les mensonges les plus cruels : « Fille Adorée, Fiancée Chérie ».

Un frisson a parcouru mon échine, mais ce n'était pas le froid de l'automne. C'était le choc de voir mon ancien moi si proprement mis au repos, un écho douloureux de la vie que j'avais abandonnée. La pierre était neuve, plus neuve que celle de ma mère, et d'une propreté dérangeante. À sa base, un bouquet de lys en plastique délavé gisait, fané, à côté d'un médaillon en argent terni. C'était le médaillon que Clément m'avait offert au lycée, celui qui, je le croyais, contenait son cœur.

Un vieux jardinier, le visage sillonné de rides, est passé en traînant les pieds. Il s'occupait probablement de ces tombes depuis avant ma naissance. Il a plissé les yeux en me regardant, puis en regardant la pierre tombale.

« Ça alors », a-t-il marmonné de sa voix rauque. « L'espace d'une seconde, j'ai cru voir un fantôme. Vous êtes le portrait craché de la pauvre Élise Dubois. Les mêmes cheveux sombres, le même regard triste. » Il a eu un petit rire sec, un son de crécelle. « Mais ça fait cinq ans qu'elle est partie maintenant, paix à son âme. »

J'ai senti un froid m'envahir, plus profond que n'importe quelle tombe.

« Juste une coïncidence », ai-je dit d'une voix neutre.

Je ne l'ai pas corrigé sur le « regard triste ». Mes yeux n'étaient plus tristes. Ils étaient perçants.

Il a haussé les épaules, s'appuyant sur son râteau.

« Si vous le dites, madame. Mais vous lui ressemblez comme deux gouttes d'eau. Une Dubois jusqu'au bout des ongles. »

J'ai dégluti, le nom comme de la cendre sur ma langue.

« Je m'appelle Élise Richard », l'ai-je corrigé en me redressant. « Je suis une auteure à succès de Paris. Je suis ici pour régler la succession de ma défunte mère. »

Ce n'était pas de la vantardise, juste un fait. Une déclaration.

Il a cligné des yeux, peu impressionné.

« Ah. Eh bien, tant mieux pour vous, j'imagine. »

Il s'est remis à ratisser les feuilles mortes, le son banal contrastant violemment avec le séisme qui secouait mon être.

Élise Richard. Épouse de Colin Lambert, un PDG dont le nom pouvait ouvrir n'importe quelle porte. Mère d'un petit garçon brillant dont le rire était un rayon de soleil. Ma vie était bâtie sur du roc, une forteresse d'amour et de succès que j'avais minutieusement construite, brique par brique. La femme qui gisait sous cette pierre, Élise Dubois, n'était que le fantôme d'un cauchemar auquel j'avais échappé depuis longtemps.

Élise Dubois était la fille qui aimait trop, qui faisait confiance trop aveuglément. C'était elle qui avait été abandonnée sur un lit d'hôpital, son père et son frère choisissant un mariage plutôt que de se soucier de ses blessures critiques. C'était elle dont le fiancé, Clément, dansait avec sa demi-sœur manipulatrice, Ambre, pendant qu'elle luttait pour sa vie. Élise Dubois est morte ce jour-là, non pas sous une voiture, mais sous le poids de leur trahison.

Je l'avais enterrée moi-même, morceau par morceau, au cours des cinq dernières années. Elle méritait un enterrement digne, pensais-je, une fin tranquille à une vie qui avait été si brutalement écourtée par ceux-là mêmes qui prétendaient l'aimer. Mais voir son nom gravé dans la pierre, un monument à leur mensonge commode, était une blessure nouvelle.

La tombe de ma mère était à quelques pas, un petit monticule marqué d'une simple pierre. C'était la vraie raison de ma présence. Pas pour pleurer un fantôme, mais pour honorer la seule personne de cette famille qui m'ait jamais vraiment aimée. J'ai pris une profonde inspiration, chassant l'image de ma propre tombe fictive. Mon objectif était clair. C'était un nettoyage. Une clôture de comptes.

« Élise ? »

La voix était un grondement sourd, familier et pourtant discordant, comme une mélodie oubliée d'un mauvais rêve. Je me suis figée, ma main planant sur la sangle de mon sac. Je connaissais cette voix. Elle était rauque, remplie d'une incrédulité qui faisait écho à la mienne.

Je ne me suis pas retournée. Je ne pouvais pas. Je voulais juste aller sur la tombe de ma mère, lui rendre hommage, et quitter cet endroit maudit pour toujours. J'ai pressé le pas, mes talons s'enfonçant légèrement dans la terre meuble.

Une main, étonnamment ferme, s'est refermée sur mon bras, m'arrêtant net.

« Élise, c'est vraiment toi ? »

Je me suis retournée brusquement, les yeux flamboyants, prête à riposter. Clément Garnier se tenait là, cinq ans de plus, un peu plus lourd, mais c'était indéniablement lui. Sa poigne était douloureuse, ses yeux grands ouverts et injectés de sang, fixés sur moi comme si j'étais un spectre. Le jardinier avait cessé de ratisser, son regard naviguant entre nous, intrigué.

« Comment peux-tu être en vie ? » a-t-il murmuré, la voix brisée.

Il avait l'air sincèrement secoué, son beau visage pâle de choc.

J'ai arraché mon bras, ma peau protestant.

« Ça ne te regarde pas, Clément. »

Ma voix était plate, dénuée d'émotion. En le regardant, mon regard est tombé sur les lys en plastique délavés qu'il serrait dans sa main. Les mêmes que ceux sur ma tombe.

Cinq ans. Cinq longues années. Et il était toujours là, à pleurer une fille qu'il avait aidé à tuer. Ses yeux étaient rougis, sa mâchoire crispée. Était-ce de la culpabilité que je voyais ? Ou juste le choc de voir un fantôme ?

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