
Le Secret du Repaire : La Fureur d'une Mariée
Chapitre 3
Élise PDV:
Je me suis réveillée en sursaut, les dernières bribes d'un cauchemar encore accrochées à moi. Damien n'était pas à côté de moi. Mon cœur a fait un bond, une angoisse familière et écœurante m'envahissant. Il était 3 heures du matin. Il était de nouveau parti.
Mes doigts, engourdis par la peur, ont navigué jusqu'à « La Tanière ». Le site s'est chargé rapidement, un trou noir de dépravation. Et il était là. Le loup. Et à côté de lui, le lapin. Le même lapin qu'avant.
Cette fois, mes yeux ont cherché la cicatrice, cette marque distinctive. Et elle était là, pâle mais indéniable, une ligne blanche sur la peau claire du bas de son dos, juste visible au-dessus de la ceinture de son masque. Mon souffle s'est coupé dans ma gorge. Il n'y avait plus de déni possible. Plus d'auto-illusion à laquelle se raccrocher. C'était Damien.
Mon regard a balayé le chat, les commentaires défilant rapidement. « Regardez-les ces deux-là ! Tellement chauds ensemble », disait l'un. Un autre : « Ça fait des mois qu'ils font ça, non ? Le meilleur show de La Tanière ! » Des mois. Pas une aventure. Pas une erreur. Une liaison de longue date.
Puis, une voix. Sa voix. La femme au masque de lapin. « Mon Dieu, Damien », a-t-elle ronronné, son ton empreint d'une plainte familière. « Cette cicatrice est toujours sur le chemin. »
Mon monde a basculé. Cette voix. La façon dont elle disait « Damien ». Sa façon de se plaindre. C'était Karine. Ma meilleure amie. Ma témoin. La femme à qui je venais de confesser mes soupçons.
Le sol a semblé se dérober sous mes pieds. Un cri perçant était piégé dans ma gorge, vibrant contre mes cordes vocales, mais aucun son ne s'est échappé. C'était impossible. Karine, ma Karine, qui avait été mon ombre, ma confidente depuis nos cinq ans ? La fille qui connaissait tous mes secrets, qui avait pleuré avec moi pour des genoux écorchés et des cœurs brisés ? Celle en qui j'avais une confiance aveugle ?
Je me suis souvenue de son « choc » quand je lui ai dit que je soupçonnais Damien. De son « inquiétude ». De sa mention désinvolte du « cadeau surprise pour la maison ». Les mots résonnaient dans ma tête, se moquant de moi. Le cadeau pour la maison, c'était notre foyer conjugal, celui que Damien et moi avions choisi ensemble. Celui qu'ils étaient en train de profaner.
Mon enfance, mon passé, mon présent – tout cela ressemblait à une fragile poupée de porcelaine brisée en un million de morceaux. L'air s'est épaissi, m'oppressant, rendant la respiration impossible. J'ai agrippé ma poitrine, un cri désespéré et animal déchirant mon silence.
Drrrring ! Drrrring ! Mon téléphone, oublié sur la table de nuit, a vibré. C'était Damien. Ma main a jailli, le faisant tomber par terre. Le son de sa sonnerie a rempli la chambre, puis s'est brusquement arrêté.
À l'écran, le loup et le lapin continuaient leur danse, inconscients. Le chat défilait, un flot constant d'adoration pour le duo. « Le meilleur couple de La Tanière ! » « Ils ont une telle alchimie ! »
Mes yeux me brûlaient, mais aucune larme ne venait. C'était au-delà des larmes. C'était une douleur froide et vide qui se propageait dans tout mon être. Mon corps semblait lourd, déconnecté. J'étais une marionnette dont on avait coupé les fils.
Je savais avec une clarté glaçante ce que je devais faire. La douleur était insupportable, mais une détermination d'acier s'est durcie en moi. Il n'y avait pas de retour en arrière possible. Il n'y avait pas de pardon pour ça.
J'ai retrouvé mon téléphone, l'écran fissuré par la chute. J'ai ouvert mon application bancaire, puis j'ai cherché « détective privé ». Un appel rapide, une brève explication – assez pour qu'il commence. Il s'appelait M. Lenoir. Il a promis la discrétion. Et la rapidité.
Ensuite, j'ai ouvert ma messagerie personnelle. J'ai rédigé un message à une mentor à Bordeaux, une architecte d'intérieur acclamée que j'avais toujours admirée. « Intéressée par un partenariat… déménagement… nouvelles opportunités. » C'était une bouteille à la mer, un plongeon désespéré vers un avenir qui était soudainement complètement vide.
Le soleil commençait à peine à peindre le ciel quand Damien est finalement rentré. Il sentait légèrement le parfum bon marché de Karine, masqué par une eau de Cologne plus forte. Il s'est déplacé silencieusement, prudemment, comme pour ne pas me réveiller. Ou peut-être, comme pour ne pas perturber la fragile illusion qu'il avait construite.
Il s'est glissé dans le lit, son corps chaud contre le mien. Il m'a enlacée, un réconfort familier qui ressemblait maintenant à l'étreinte d'une vipère. « Tout va bien, mon ange ? » a-t-il murmuré, sa voix pâteuse de sommeil, ou d'innocence feinte.
Je suis restée immobile, mon cœur une pierre dans ma poitrine. Le « pourquoi » résonnait toujours, mais il était maintenant rejoint par une nouvelle émotion, plus puissante : une rage absolue, incandescente. J'ai fermé les yeux, imaginant le loup et le lapin. Karine. Damien. Ils avaient orchestré ça. Ils avaient essayé de me détruire. Mais ils n'y arriveraient pas. Plus maintenant. La partie ne faisait que commencer.
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