
Le Secret du Milliardaire
Chapitre 3
Une curiosité étrange s'était emparée de Clara. Cela avait commencé après cette nuit où elle avait surpris Hugo, un mélange d'impatience et de frustration, comme si quelque chose d'invisible la poussait à chercher des réponses qu'elle n'était pas sûre de vouloir entendre. Ce sentiment l'accompagnait partout, du petit-déjeuner à ses longues heures d'errance dans les couloirs du manoir. Il y avait une sorte d'urgence dans ses gestes, un besoin presque compulsif de trouver un sens à tout cela.
C'est ainsi qu'elle s'était retrouvée dans l'ancien bureau de sa mère, un espace oublié, poussiéreux, presque sanctuarisé. Personne n'y entrait plus depuis des années, et Clara elle-même y revenait rarement. Pourtant, ce jour-là, l'idée s'était imposée à elle sans prévenir. Peut-être que ce lieu contenait des réponses. Peut-être que sa mère, même en son absence, pouvait lui offrir une clé pour déverrouiller les secrets qui semblaient peser sur chaque recoin du manoir.
En fouillant les tiroirs, elle avait trouvé des carnets, des papiers sans grande importance, des souvenirs d'une autre époque. Tout cela la ramenait à des jours plus simples, où la présence de sa mère illuminait encore son quotidien. Mais ce fut lorsqu'elle tira le dernier tiroir qu'elle remarqua une enveloppe, pliée soigneusement, comme si elle avait été intentionnellement dissimulée. Elle la saisit, son cœur battant plus vite.
Le papier était jauni, marqué par le temps, mais l'écriture était claire. C'était celle de sa mère. Elle la reconnut immédiatement, et une vague d'émotion l'envahit. Ses doigts tremblants déplièrent l'enveloppe. À l'intérieur, une lettre, longue, remplie de phrases tracées avec soin, comme si chaque mot avait été pesé.
* »Hugo est un homme complexe, Clara. J'aimerais pouvoir te dire qu'il est simplement un bienfaiteur, quelqu'un qui nous a sauvées de nos difficultés, mais ce n'est pas aussi simple. Je l'ai connu bien avant toi, bien avant qu'il n'apparaisse dans nos vies comme un miracle. Il y a une part de lui que je ne comprendrai jamais, une ombre qu'il porte en silence. Je te demande, si un jour tu lis ceci, de faire attention. De ne jamais le croire complètement, mais de ne pas non plus le rejeter. Hugo est à la fois une bénédiction et une malédiction. »*
Clara resta figée, ses yeux parcourant encore et encore ces lignes, comme si elle espérait y trouver une explication qu'elles ne contenaient pas. Sa mère avait donc connu Hugo avant sa mort, avant même qu'il ne devienne cet homme qu'elle avait appris à accepter comme une figure d'autorité. Mais pourquoi n'avait-elle jamais rien dit ? Pourquoi cette lettre cachée, ce ton étrange, ni accusateur ni protecteur, mais teinté d'une sorte de fatalisme ?
Le reste de la lettre n'était pas moins troublant. Elle faisait allusion à des événements que Clara ne comprenait pas pleinement, des références à des rendez-vous secrets, des décisions difficiles, des erreurs qui semblaient peser lourd. Rien n'était clair, et pourtant tout résonnait avec une intensité presque douloureuse.
Elle replia soigneusement la lettre, la glissant dans la poche de son pull, et resta assise là un long moment. Les souvenirs de sa mère se mêlaient désormais à cette nouvelle image d'Hugo, une image plus sombre, plus complexe. Tout cela formait un puzzle qu'elle n'était pas sûre de vouloir résoudre, mais qu'elle ne pouvait plus ignorer.
Lorsqu'elle quitta la pièce, elle se sentit différente, comme si une partie d'elle-même s'était réveillée. Elle déambula dans les couloirs, distraite, perdue dans ses pensées. C'est alors qu'elle croisa Hugo.
Il était là, adossé à la rambarde de l'escalier, une expression indéchiffrable sur le visage. Il la regarda avec une intensité qui lui donna l'impression qu'il pouvait lire en elle, qu'il savait déjà ce qu'elle avait découvert.
« Tu sembles préoccupée, » dit-il enfin, sa voix basse mais ferme.
Clara se força à soutenir son regard, bien qu'elle sente son cœur s'accélérer.
« Rien de particulier, » répondit-elle, tentant de masquer son trouble.
Il s'avança légèrement, réduisant la distance entre eux.
« Tu sais, » murmura-t-il, « parfois, fouiller dans le passé ne fait que compliquer le présent. »
Elle resta muette, incapable de déterminer s'il s'agissait d'un avertissement ou d'une simple remarque. Mais la tension dans l'air était indéniable.
Plus tard, seule dans sa chambre, elle sentit une paranoïa grandissante s'emparer d'elle. Hugo savait-il ? L'avait-il vue entrer dans le bureau de sa mère ? Pire encore, surveillait-il ses moindres gestes depuis qu'elle avait surpris cette scène avec la femme de chambre ?
Elle relut la lettre à la lueur de sa lampe de chevet, cherchant un sens caché, une vérité qu'elle aurait pu manquer. Mais chaque mot ne faisait que renforcer son impression : Hugo était au centre de quelque chose de bien plus grand, quelque chose qui la concernait d'une manière qu'elle n'avait jamais imaginée.
Le lendemain, elle sentit sa présence partout. Chaque fois qu'elle se retournait, il semblait être là, dans son champ de vision, une ombre silencieuse. Au déjeuner, il posa des questions anodines mais qui semblaient étrangement pointues.
« Tu as beaucoup exploré le manoir récemment, n'est-ce pas ? » demanda-t-il, en la fixant intensément.
Clara haussa les épaules, tentant de masquer son malaise.
« Je m'ennuie parfois. Ce n'est pas comme si j'avais beaucoup d'options. »
Hugo esquissa un sourire, mais il n'atteignit pas ses yeux.
« Fais attention à ne pas réveiller de vieilles histoires. Elles sont souvent plus dangereuses qu'elles en ont l'air. »
Ces mots résonnèrent en elle bien après qu'il eut quitté la pièce. Était-ce une menace ? Un conseil sincère ? Ou simplement un jeu, un moyen de la déstabiliser encore davantage ?
Ce soir-là, elle s'assit devant son miroir, la lettre posée devant elle, et prit une décision. Si Hugo croyait qu'il pouvait la contrôler par des sous-entendus ou des regards pesants, il se trompait. Elle irait jusqu'au bout, quoi qu'il lui en coûte. Sa mère avait laissé cette lettre pour une raison, et Clara était déterminée à découvrir laquelle.
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