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Couverture du roman Le secret d'Ischl: Les enquêtes d'Emerenz et Hansel

Le secret d'Ischl: Les enquêtes d'Emerenz et Hansel

Un an après le meurtre tragique de l'impératrice Sissi à Genève, l'Autriche de François-Joseph est de nouveau ébranlée. En ce 10 septembre 1899, Emerenz et Hansel se lancent dans une traque périlleuse entre la Bavière et les terres autrichiennes. Pour protéger la mémoire de celle qu'on nommait « la mouette », ils devront neutraliser un tueur en série machiavélique. Ce n'est qu'au bout d'une aventure riche en rebondissements que le mystère d'Ischl sera enfin levé.
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Chapitre 3

Chapitre 2

Assise sur la banquette, côté fenêtre, Emerenz observait le paysage bucolique qui défilait lentement sous ses yeux. Les champs et prairies qui bordaient la voie ferrée s’étalaient à perte de vue jusqu’à rejoindre les collines et monts boisés de la forêt bavaroise. Le soleil déversait ses rayons sur la végétation qui commençait à prendre des couleurs automnales. Les clochers à oignon se profilaient régulièrement, annonçant la traversée d’une ville ou d’un village. Leurs abords étaient constitués la plupart du temps d’énormes corps de fermes aux façades de chaux blanches et aux balcons de bois sombre où l’on pouvait observer parfois les habitants s’affairer, conduire les animaux dans les prairies ou finir d’engranger les moissons. Puis quelques auberges signalaient le passage ou l’arrêt prochain dans une des gares où les voyageurs grouillaient dans un ballet animé et hétéroclite. Certains attendaient leur correspondance, attablés derrière un énorme verre contenant un litre de ce breuvage si typique dans un de ces « jardins de bière » ombragés que la Bavière et tout particulièrement son chef-lieu, Munich, avait rendus célèbres…

Munich ! Elle avait si souvent rêvé de s’y rendre et de visiter la célèbre capitale bavaroise, ses palais, ses universités, ses grandes avenues, la cathédrale Notre-Dame, la Marienplatz et son hôtel de ville. Plus que tout, elle rêvait d’entendre et de voir s’animer le célèbre carillon qui se trouvait tout en haut de sa tour. Et voici que le hasard, par le biais de cette étrange énigme, lui permettait enfin de partir à sa découverte. Plus curieux encore, il lui semblait que c’était grâce à l’Impératrice Elisabeth, qu’elle vénérait depuis toute jeune, que cette opportunité lui était offerte. L’excitation des derniers jours ne retombait pas depuis qu’elle avait lu cet article et qu’elle s’était précipitée pour en parler à Hansel à la rédaction du journal. Oui ! Il s’était passé un certain nombre de choses inattendues depuis le soir de son anniversaire. À peine trois jours s’étaient écoulés… pourtant quelques nouvelles informations surprenantes étaient venues bouleverser son morne quotidien et il lui semblait maintenant qu’elle vivait cette aventure depuis bien plus longtemps…

Le train stoppa à Freising dont elle reconnut immédiatement les tours blanches de la cathédrale… Elle avait encore un peu le temps de réfléchir et de rêvasser d’ici Munich…

Hansel, dont la curiosité avait été vivement excitée par la découverte de ces étranges armoiries « à la mouette » avait, dans un premier temps, effectué quelques recherches auprès des bibliothèques et archives de la ville de Passau afin de déterminer qui avait bien pu adresser cette requête au journal. Cependant, elles s’étaient avérées absolument infructueuses ce qui avait contribué à aiguiser encore un peu plus sa curiosité. Qui était donc ce mystérieux commanditaire ? Déterminé à découvrir qui était l’auteur de cette missive, il avait alors pris contact avec l’un de ses amis, Aloïs, qui faisait partie de la rédaction du « Bavarois », l’un des quotidiens les plus lus de Munich. Il s’était vu déçu lorsqu’Aloïs, après recherches et vérifications, lui avait annoncé que la rédaction de son propre journal n’avait quant à elle pas reçu ce genre de demande sous quelque forme que ce soit. Un article avait bel et bien été écrit pour commémorer la triste mort de cette enfant du pays mais à la propre initiative du journal… Toutefois, après la déception engendrée par ce premier échange, Hansel avait eu la surprise de recevoir un télégramme d’Aloïs lui disant qu’il avait finalement des informations à lui fournir concernant l’affaire qui le préoccupait et lui proposant de venir le voir à Munich dès que possible. Il n’en avait pas fallu davantage pour qu’Hansel décide de prendre le train pour Munich et, l’occasion étant trop belle, d’emmener avec lui Emerenz dont, il le savait bien, l’un des vœux les plus chers était de découvrir la capitale bavaroise. Et puis, il fallait bien le dire, c’était elle qui l’avait alerté sur cette étrange affaire… Il avait l’intuition que cette histoire pourrait peut-être lui permettre de faire sensation et de connaître davantage de célébrité alors, il pouvait bien montrer un peu de gratitude et en partager quelques avantages tels que cette petite escapade… Emerenz, qui ne prenait jamais de vacances, avait immédiatement accepté cette invitation, avec une joie et une excitation non contenues. Elle avait immédiatement obtenu quelques jours de repos de la part de son patron qui la tenait beaucoup en estime et qui par ailleurs lui proposait régulièrement de prendre quelques congés. Hansel s’était senti si heureux que tout puisse se passer tel qu’il l’avait imaginé qu’il s’en était senti troublé… avant de se ressaisir et de se dire que ce qui le mettait avant tout dans cet état était de pouvoir enfin travailler sur un sujet à la fois passionnant et regorgeant de mystère. Cela allait le changer des petits faits divers de la ville de Passau qui manquaient vraiment de prestige et de suspens ! Cependant, il devait bien le reconnaître, la présence de son amie à ses côtés le réjouissait vraiment et il se sentait même un peu fier d’être vu à ses côtés.

— Hansi ? Je crois que nous approchons du terminus, n’est-ce pas ? Nous entrons dans les faubourgs de la ville… Je brûle d’impatience !

— De découvrir Munich ou de savoir ce qu’Aloïs a à nous raconter ? Choisis bien ! Tu n’as droit qu’à une seule réponse !

Un sourire taquin éclairait le visage d’Hansel faisant ressortir trois charmantes petites rides sous ses yeux. Cette expression lui donnait un air de garnement. Il était difficile alors de lui donner un âge… Les traits juvéniles d’Hansel lui donnaient une allure d’éternel gamin.

— Tu es cruel ! Eh bien, soit ! Je dirais que j’ai hâte de rencontrer Aloïs puisque pour se rendre au « Bavarois », il faudra passer par la Marienplatz et que je pourrai déjà m’en mettre plein les yeux !

— Vous êtes très fine, madame ! Vous serez un parfait bras droit pour m’aider à régler cette curieuse affaire !

— Bras droit ? Et puis quoi encore ?

Elle leva son ombrelle en faisant mine de vouloir l’assommer et fut stoppée dans son élan par le train qui, dans un grand bruit, se mit à freiner pour entamer son entrée dans la gare principale. D’un bond, Hansel se leva, accrocha sa besace en travers de son torse et attrapa Emerenz par le bras.

— Viens vite ! Je préfère descendre avant que la foule ne se presse et ne nous freine. La journée sera courte et passera bien vite… Utilisons-la efficacement et sans perdre de temps !

Il l’attira vers la sortie. Lorsqu’il eut posé les pieds sur le quai, il fit volte-face et prit prestement Emerenz par la taille ce qui eut pour effet de lui faire pousser un petit cri de surprise et de la faire rougir violemment… Elle lissa sa jupe avec un petit air gêné, comme pour se donner une contenance alors qu’Hansel arborait un petit sourire railleur… Reprenant ses esprits, Emi saisit la manche de sa veste et prit à son tour l’initiative d’avancer d’un pas rapide pour rejoindre le hall de la gare Centrale.

— Hâtons-nous, une gare est une gare et je n’ai pas l’intention d’y passer la journée… Je brûle non seulement de découvrir Munich, mais aussi de savoir ce que ton collègue a de si important à te révéler concernant cette affaire.

Le soleil qui les avait suivis tout le long du trajet brillait aussi sur la ville. Il donnait à la Marienplatz une allure magistrale. La splendide façade dentelée de l’hôtel de ville et tout particulièrement sa tour centrale se détachait sur le ciel bleu. À la vue de l’édifice majestueux, Emerenz eut le souffle coupé. L’architecture de Passau et tout particulièrement son hôtel de ville, voisin de l’hôtel Wilder Mann, n’avait de cesse de l’émerveiller. Cependant, celui-ci avait une tout autre dimension. Le spectacle était tout simplement somptueux, grandiose. Emerenz sentait son cœur se gonfler de joie. Depuis quelques jours, elle avait le sentiment de vivre des heures peu banales qui allaient, elle en était certaine, en précéder d’autres. Elle en ressentait une forte curiosité mêlée à la joie de vivre ces instants auprès d’Hansel. Elle se rappela soudain que le but de leur voyage était non pas de faire une excursion dans Munich mais de venir rencontrer Aloïs puisqu’il avait apparemment des révélations importantes à leur faire au sujet de cette photo. Il était évident que les informations devaient être d’importance sans quoi, il ne leur aurait pas fait faire inutilement un aussi long voyage… Cette pensée raviva son envie violente de se replonger immédiatement dans ce qui était pour elle un profond mystère. Elle reprit Hansel par le bras.

— Allons ! Nous avons une mission à accomplir de toute urgence. Je crois que ton ami nous attend. Je brûle d’envie de savoir ce qu’il a à nous apprendre. Trêve de rêveries !

— Oui, tu as raison, j’aimerais bien savoir ce qui nous attend. Viens !

Après avoir marché une dizaine de minutes à vive allure, Hansel et Emerenz se trouvèrent dans le bureau de son collègue et néanmoins ami. Lorsqu’il les aperçut, Aloïs qui était occupé à taper un article sur une machine à écrire se leva d’un bond. Le rédacteur en chef du « Bavarois » était un homme grand et très corpulent auquel le visage très rond et jovial et les grosses moustaches donnaient un air d’ours sympathique. Emerenz ne put s’empêcher de penser qu’il avait tout de l’archétype bavarois tel que la plupart des gens aimaient à se le représenter. On le sentait réellement heureux de les voir. Un peu amusée et touchée aussi, Emi constata qu’il semblait la prendre pour la fiancée d’Hansi au travers de ses regards en coin et des petits sous-entendus qu’il distillait. Elle en ressentit une sorte de plaisir et plus encore lorsqu’elle constata qu’Hansi ne détrompait pas son camarade et qu’au contraire, il semblait lui-même amusé, voire flatté par le quiproquo. Balayant toutes ces considérations de son esprit, elle se concentra sur la suite de la conversation qui portait désormais sur l’affaire de la photo mystérieuse.

— Alors, mon ami, qu’as-tu donc de suffisamment important à nous dire qui peut justifier un tel déplacement ? commença Hansel.

— Ho ! Quant à moi, je ne vous aurais pas obligés à venir jusqu’à Munich pour une affaire qui me semble vraiment futile. Comme je te l’ai dit, nous n’avons pas reçu de demande de ce genre au « Bavarois » pas plus que de photo d’ailleurs… Seulement, peu de temps après avoir répondu à ton télégramme, j’ai découvert un article et la photo dont tu m’avais parlé dans les pages de « l’Abendzeitung » qui paraît chaque soir ici. J’ai immédiatement pris contact avec un certain Max Diettlmeier qui avait signé ce papier. Il m’a, dans un premier temps, confirmé avoir reçu cette « commande » tout comme toi. Il l’a honorée, sur demande de son rédacteur en chef. Il était lui aussi convaincu qu’il s’agissait d’un des membres de la branche bavaroise de la famille de l’impératrice qui avait exprimé ce souhait. Mais alors que je m’apprêtais à te faire part de ce fait auquel je ne trouvais moi-même vraiment rien d’extraordinaire, Max m’a rappelé. Il tient absolument à te rencontrer au plus vite et n’a pas voulu m’en dire davantage. C’est la raison pour laquelle je t’ai demandé de venir. D’ailleurs, je me demande bien ce qu’il fabrique… Il devrait déjà être ici

Aloïs sortit sa montre à gousset de son gilet brodé et ajouta…

— Hummmm, il se peut qu’il ait eu un empêchement de dernière minute. La rédaction de « l’Abendzeitung » est à deux pas… Je vous propose que nous nous y rendions. Nous le croiserons peut-être même en chemin. Je ne voudrais pas monopoliser tout votre temps pour rien et nous pourrions joindre l’utile à l’agréable en marchant un peu puisque ta fiancée n’est jamais venue à Munich !

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