
Le Rituel Brisé: Mon Retour Amoureux
Chapitre 2
Le froid. C'était la dernière chose dont je me souvenais. Un froid glacial qui s'infiltrait dans mes os, non pas à cause de l'hiver, mais à cause de l'abandon. Mon corps gisait sur le trottoir humide d'une ruelle sombre, ignoré de tous. J'avais tout donné pour Sophie Moreau, ma fiancée. Ma fortune, ma santé, ma dignité. J'avais épongé ses dettes colossales, contractées soi-disant par malchance en bourse, croyant naïvement à ses larmes et à ses promesses.
Pendant que je sombrais, sa famille prospérait. Chaque euro que je perdais semblait se transformer en une opportunité pour eux. Ma vie est devenue une succession de catastrophes : un accident de voiture étrange où les freins ont lâché, une intoxication alimentaire qui m'a presque tué, de fausses accusations de fraude qui ont détruit ma réputation. Pendant ce temps, Marc Lambert, son ami d'enfance et mon "rival" autoproclamé, gravissait les échelons, son succès insolent étant un miroir de mon propre échec.
Ma mort fut pathétique. Seul, ruiné, trahi. La dernière image dans mon esprit fut le visage de Sophie, non pas rempli de chagrin, mais de triomphe froid, main dans la main avec Marc. Ils avaient tout pris.
Puis, une lumière aveuglante, un son assourdissant.
Mes yeux s'ouvrirent brusquement. La lumière n'était pas celle du paradis ou de l'enfer, mais celle des projecteurs d'une église. Le son n'était pas un cri d'agonie, mais le son majestueux d'un orgue. Une odeur de lys et d'encens flottait dans l'air.
J'étais debout, en costume de marié, le cœur battant à tout rompre. À côté de moi, resplendissante dans sa robe blanche, se tenait Sophie. Son visage était un masque de perfection angélique.
"Mon amour, tu as l'air un peu pâle. Tout va bien ?" sa voix était douce comme du miel, mais pour moi, elle sonnait comme le sifflement d'un serpent.
Je la regardai, et les souvenirs de ma vie passée défilèrent dans ma tête à une vitesse vertigineuse. La trahison, la douleur, la mort misérable. Tout était là, gravé dans mon âme. Ce n'était pas un rêve. J'étais revenu. Revenu au jour de mon mariage, le jour où tout a commencé, le jour où le rituel de "prêt de chance" a été scellé.
Je me souvenais maintenant. Ce n'était pas de la malchance. C'était un vol. Ils avaient utilisé une sorte de magie noire, un rituel occulte pour siphonner ma chance, ma vitalité, ma fortune, et se les approprier.
Je sentis un frisson parcourir mon échine, mais ce n'était pas de la peur. C'était une rage froide et pure.
"Je vais bien, Sophie," répondis-je, ma voix étonnamment calme. "Juste un peu ému."
Elle me sourit, un sourire parfait qui n'atteignait pas ses yeux. Ces yeux que je voyais maintenant pour ce qu'ils étaient : froids, calculateurs, cupides.
Mon regard balaya l'assemblée. Je vis son père, Monsieur Moreau, l'air digne et respectable. Un complice. Il avait fermé les yeux sur les agissements de sa fille en échange de l'ascension sociale que ma fortune lui procurait.
Et puis, je vis Marc Lambert. Assis au premier rang, il me regardait avec un air de supériorité à peine déguisé. Il était le complice actif, l'amant de l'ombre, celui qui profitait le plus de ma chute. Il me fit un petit clin d'œil narquois, un geste que j'avais pris pour de l'amitié dans ma vie précédente. Aujourd'hui, je savais que c'était le signe du prédateur qui admire sa proie prise au piège.
Marc se leva et s'approcha, me donnant une tape un peu trop forte dans le dos.
"Alors, Jean-Luc, prêt à faire le grand saut ? Ne t'inquiète pas, on sera là pour te rattraper si tu tombes."
Son ton était jovial, mais ses mots étaient une menace voilée. Dans mon autre vie, j'aurais souri bêtement. Cette fois, je le regardai droit dans les yeux.
"Ne t'en fais pas pour moi, Marc," dis-je d'un ton neutre. "Je sais exactement où je mets les pieds. Et je n'ai jamais eu l'intention de tomber."
Une ombre de surprise passa dans ses yeux. Il ne s'attendait pas à cette repartie. Il força un rire et retourna s'asseoir, visiblement déstabilisé.
Le prêtre s'éclaircit la gorge. Le moment était venu.
"Jean-Luc Dubois, consentez-vous à prendre pour épouse Sophie Moreau, ici présente ?"
Tous les regards étaient tournés vers moi. Sophie me pressa doucement la main, son contact me donnant la nausée. Je pouvais sentir le poids de leur conspiration sur mes épaules. Dans ma vie passée, mon "oui" avait été le début de ma fin.
Cette fois, ce serait le début de la leur.
Je pris une profonde inspiration, un léger sourire aux lèvres.
"Oui, je le veux."
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