
Le Rituel Brisé: Mon Retour Amoureux
Chapitre 3
La réception se tenait dans le somptueux manoir de la famille Moreau, un luxe financé en grande partie par mes investissements "généreux". Les rires et le bruit des verres qui trinquent remplissaient l'air, mais pour moi, tout cela n'était qu'une cacophonie masquant un complot sordide. Je jouais mon rôle à la perfection, souriant, remerciant les invités, agissant comme le gendre naïf et éperdument amoureux qu'ils attendaient.
Mes yeux, cependant, ne perdaient rien. Je remarquai comment Sophie gardait son sac à main brodé de perles constamment près d'elle, le serrant presque convulsivement. Je savais ce qu'il y avait à l'intérieur. Pas un téléphone ou du maquillage, mais le fétiche principal du rituel : un petit objet m'ayant appartenu, enveloppé dans un fil de soie rouge. C'était l'ancre qui liait ma fortune à la sienne. Dans ma vie précédente, je l'avais découvert bien trop tard, dans ses affaires, après ma ruine complète.
Mon regard croisa celui de Marc à plusieurs reprises. Il levait son verre de champagne dans ma direction avec un air de triomphe arrogant, un regard qui disait "tu es à moi maintenant". Il ne se doutait pas que le chasseur était devenu la proie.
Le moment que j'attendais arriva lorsque Monsieur Moreau monta sur l'estrade, un micro à la main, pour le traditionnel discours du père de la mariée.
"Mes chers amis, chère famille," commença-t-il d'une voix pleine d'une fausse émotion. "Nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer l'union de ma fille chérie, Sophie, avec un jeune homme... très chanceux."
Un rire poli parcourut l'assemblée.
"Oui, Jean-Luc est un homme chanceux," continua-t-il en me regardant avec un air condescendant. "Il n'a peut-être pas notre nom, notre histoire, mais il a su conquérir le cœur de ma fille. Et en rejoignant notre famille, il trouvera une stabilité et une direction qu'il n'aurait jamais pu espérer seul. Nous sommes heureux de l'accueillir et de... le guider."
L'humiliation était publique, flagrante. Il me peignait comme un parvenu sans envergure, un projet caritatif pour sa famille. Les invités, pour la plupart des associés et des relations des Moreau, hochèrent la tête d'un air approbateur. Dans ma vie passée, j'avais baissé la tête, rouge de honte, tandis que Sophie me caressait la main en murmurant "ne les écoute pas, mon amour".
Cette fois, je levai mon verre vers Monsieur Moreau avec un large sourire. "À ma nouvelle famille !" criai-je, mon enthousiasme feint désarçonnant l'assemblée et forçant tout le monde à trinquer. Je ne leur montrerais aucune faiblesse.
Plus tard dans la soirée, Monsieur Moreau m'entraîna dans son bureau lambrissé. Marc et Sophie nous suivirent. L'ambiance changea instantanément. Le vernis de la fête s'écailla pour révéler la froideur des affaires.
"Jean-Luc," dit le vieil homme en s'asseyant derrière son bureau massif. "Juste une petite formalité avant que la fête ne batte son plein."
Il fit glisser un dossier en cuir sur la table. Je reconnus immédiatement le document. Ce n'était pas un contrat de mariage standard. C'était un accord de "gestion de patrimoine", un document complexe qui, en résumé, me faisait reconnaître une dette fictive envers la société de Moreau, dette qui serait "remboursée" par un transfert progressif de mes actifs sous sa "gestion experte". C'était l'outil légal de leur vol.
"Comme tu le sais, les affaires de Sophie en bourse ont été... malheureuses," dit Marc avec un faux air de sympathie. "Ceci est juste pour nous assurer que tout est en ordre et que ton patrimoine est protégé des créanciers. C'est pour ton bien."
"Signe, mon chéri," murmura Sophie en se penchant vers moi, son parfum m'enveloppant comme un poison. "Fais-le pour nous. Pour notre avenir."
Les mêmes mots. La même scène. Mon estomac se noua, mais mon visage resta impassible. Je me souvenais de ma main tremblante signant ce papier, scellant ma propre condamnation.
Cette fois, je pris le stylo d'un geste assuré. Mais avant de signer, mon regard s'attarda sur un détail que je n'avais jamais remarqué. Marc portait des boutons de manchette en argent. Sur l'un d'eux était gravé un minuscule nœud de soie, presque invisible. Un symbole identique à celui du fil rouge qui, je le savais, se trouvait dans le sac de Sophie. C'était leur signe de reconnaissance, la marque de leur conspiration. La preuve visuelle de leur lien.
Je souris intérieurement. Les pièces du puzzle s'assemblaient, mais cette fois, j'étais celui qui les contrôlait.
Je signai le document sans hésiter. Leurs visages s'illuminèrent d'un soulagement et d'une cupidité mal dissimulés. Ils pensaient avoir gagné.
"Parfait," dit Monsieur Moreau en récupérant le dossier. "Maintenant, retournons à la fête."
"Excusez-moi," dis-je en me levant. "Je ne me sens pas très bien. La journée a été longue. Je pense que je vais prendre un peu l'air."
Sans attendre leur réponse, je tournai les talons et quittai le bureau, les laissant échanger des regards triomphants. Je ne fuyais pas. Je partais au combat. Mon premier acte de guerre venait d'être de signer leur traité, car je savais maintenant comment le retourner contre eux.
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