
Le retour de mon ex petit-ami
Chapitre 2
Les premières lueurs de l'aube se déployaient sur l'horizon lorsque je pris place dans le ferry qui me mènerait jusqu'à l'île de Skye. Le ciel, couvert de nuages bas et épais, baignait le paysage d'une lumière diffuse presque irréelle. Alors que le bateau s'éloignait du rivage, je sentis un mélange de curiosité et de crainte monter en moi. Cette île, je la connaissais déjà par les récits de James dans l'avion, mais elle semblait bien plus imposante maintenant qu'elle se dévoilait devant mes yeux.
Les eaux sombres qui nous entouraient semblaient insondables, reflétant par moments des éclats d'argent sous le soleil naissant. À mesure que nous approchions, les contours de Skye se précisaient : des montagnes déchiquetées s'élevaient fièrement, leurs sommets effleurant parfois les nuages. Les landes semblaient infinies, ponctuées ici et là de petits cottages blanchis par le vent et de murs de pierres sèches, traces d'une humanité discrète mais résiliente.
Le ferry accosta dans un petit port pittoresque, où quelques bateaux de pêche reposaient, bercés par les vagues. Je descendis, mon sac sur l'épaule, inspirant profondément l'air salin. Une fraîcheur piquante emplit mes poumons, comme pour me rappeler que j'étais loin de Lyon, loin de tout ce que je connaissais.
À ma grande surprise, un homme attendait près d'une vieille voiture. Grand, la cinquantaine passée, il portait une casquette en tweed et un manteau long qui battait légèrement sous le vent. Dès qu'il me vit, il leva la main avec enthousiasme.
- *"Miss Morel, je présume ? Bienvenue sur l'île de Skye ! Je suis Ewan McLeod, l'historien du coin. Enfin, un peu tout à la fois : historien, conteur, et parfois même guide touristique !"*
- *"Enchantée,"* répondis-je en serrant sa main.
Ewan avait un accent chantant, et une jovialité qui me mit aussitôt à l'aise. Son sourire était large, presque enfantin, contrastant avec l'austérité des lieux qui nous entouraient.
- *"Vous allez voir, cette île est une merveille. Sauvage, mystérieuse... parfois un peu effrayante, mais c'est ça qui fait tout son charme, pas vrai ?"*
Il ouvrit la portière de sa voiture, et je grimpai à l'intérieur, un peu intimidée par sa loquacité. Durant le trajet, il me bombarda d'anecdotes sur l'île : des histoires de clans, de batailles, de fées et de malédictions. Mais c'est lorsqu'il mentionna le phare que je redressai la tête.
- *"Ah, le phare de Ardmore. Une vraie énigme, ce truc-là. Savez-vous qu'il a été abandonné depuis des décennies ? Certains disent qu'il est hanté. Enfin, moi, je dis que c'est surtout un endroit plein d'histoires d'amour tragiques."*
Je fronçai les sourcils.
- *"Des histoires d'amour tragiques ?"*
- *"Oh oui. Il y a cette vieille légende... Comment déjà ? Ah oui, selon les anciens, tout couple qui s'y rendrait serait séparé à jamais. Une malédiction qui remonte à... pff, des siècles. Mais ne vous inquiétez pas, vous êtes là pour le boulot, pas pour roucouler, pas vrai ?"*
Il éclata de rire, mais ses mots me laissèrent étrangement troublée.
Lorsque nous atteignîmes enfin le chantier, le phare apparut au loin, comme une sentinelle solitaire face à l'immensité de l'océan. Il était délabré, son sommet à moitié effondré, mais il dégageait une aura indéniable. Quelque chose dans sa silhouette imposante, son isolement, m'attira irrésistiblement.
Ewan m'accompagna pour faire un tour du site. Il me montra les bâtiments alentours, les plans de restauration, et m'indiqua où je pourrais installer mon matériel pour mes premières photos. Mais alors que je balayais la zone du regard, mon cœur s'arrêta.
Au loin, près des échafaudages, une silhouette se tenait debout. Grande, élancée, le dos droit, et pourtant familière. Trop familière.
Adrien.
Je sentis une vague de chaleur me monter au visage, suivie d'une froideur glaciale. C'était lui. Il était là, comme un fantôme du passé surgissant brusquement pour hanter mon présent. Mon souffle se coinça dans ma gorge. Que faisait-il ici ? Pourquoi ?
- *"Tout va bien, Miss Morel ? Vous êtes toute pâle."*
La voix d'Ewan me tira de ma stupeur.
- *"Oui, ça va. J'ai juste besoin... d'un moment."*
Il hocha la tête, respectant mon besoin apparent de solitude. Mais mes yeux ne quittaient pas cette silhouette. Adrien semblait occupé à discuter avec d'autres membres de l'équipe, inconscient de ma présence. Ou alors, il m'évitait délibérément.
Je l'observai quelques instants de plus avant de détourner le regard. Les souvenirs que j'avais enterrés refaisaient surface avec une force presque insoutenable. Son rire, ses paroles, les promesses qu'il avait laissées en suspens... et surtout, ce vide qu'il avait laissé en moi lorsqu'il avait disparu.
Ce soir-là, je regagnai l'hôtel dans un état second. Le phare, les légendes, et maintenant Adrien... Tout cela formait un mélange étrange et déroutant.
En entrant dans ma chambre, je remarquai une enveloppe posée sur le bureau. Mon nom y était inscrit à la main. Je l'ouvris avec précaution, découvrant à l'intérieur une lettre écrite sur un papier jauni, presque vieilli :
*"Le phare n'est pas qu'un simple bâtiment. Il renferme des vérités que même le temps ne peut effacer. Certains y ont laissé leur âme, d'autres leur cœur. Mais méfiez-vous, Clara, car ce qui y dort ne demande qu'à être réveillé."*
Aucune signature.
Je relus la lettre plusieurs fois, chaque mot semblant peser plus lourd que le précédent. Qui l'avait écrite ? Et pourquoi me l'envoyer ?
Assise sur le lit, l'enveloppe encore entre les mains, je sentis une vague d'inquiétude m'envahir. Ce voyage, ce projet... tout cela devenait de plus en plus étrange.
Le lendemain matin, j'avais à peine dormi. La découverte de cette lettre me hantait encore, et le souvenir d'Adrien, debout près des échafaudages, refusait de quitter mon esprit. Je m'étais réveillée avec une seule idée en tête : lui parler. Il fallait que je comprenne ce qu'il faisait ici, pourquoi il m'évitait. Et surtout, pourquoi son ombre semblait s'étendre sur chaque recoin de ce projet.
Je retournai au chantier du phare, l'air glacé de l'île me fouettant le visage. À mon arrivée, l'activité battait déjà son plein. Des ouvriers allaient et venaient, transportant du matériel sous les instructions précises de Maeve Lennox, la designer d'intérieur. Elle se tenait près des échafaudages, vêtue d'un manteau de laine impeccable, donnant des ordres d'une voix ferme mais élégante.
Je balayai la zone du regard, et je le vis. Adrien était là, penché sur un plan posé sur une table en bois. Il discutait avec un homme que je ne reconnaissais pas, mais son expression était concentrée, presque fermée.
Prenant une grande inspiration, je m'approchai, mon cœur battant un peu trop fort dans ma poitrine.
- *"Adrien."*
Il leva les yeux, et l'espace d'une seconde, je crus voir une lueur d'émotion traverser son visage. Mais elle disparut presque aussitôt, remplacée par une froideur calculée.
- *"Clara. Que fais-tu ici ?"*
Sa voix était neutre, comme si nous étions de simples connaissances se croisant par hasard. Cela me blessa plus que je ne voulais l'admettre.
- *"Je pourrais te poser la même question,"* répliquai-je en croisant les bras. *"Tu travailles sur ce projet, et tu ne m'en as jamais parlé ? Tu ne pensais pas que ça pouvait être... pertinent de me prévenir ?"*
Il haussa les épaules, feignant l'indifférence.
- *"Je ne savais pas que tu serais impliquée. Et honnêtement, ce n'est pas vraiment important, si ?"*
Ses mots me frappèrent comme une gifle. Je serrai les poings, essayant de contenir ma colère.
- *"Pas important ? Tu disparais du jour au lendemain, sans explications, et maintenant tu me dis que ça n'a pas d'importance ? Tu crois vraiment que tu peux juste ignorer tout ça ?"*
Il détourna le regard, ses traits toujours figés dans cette expression impénétrable qui me rendait folle.
- *"Je n'ai pas le temps pour ça, Clara. Je travaille."*
Et sans un mot de plus, il se retourna, s'éloignant comme si notre conversation n'avait jamais eu lieu.
Je restai là, figée, la mâchoire serrée, regardant son dos disparaître parmi les échafaudages. Une boule d'émotion montait dans ma gorge, mélange de colère, de tristesse et de frustration.
- *"Tu t'attendais à quoi, exactement ?"*
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