
Le retour de mon ex petit-ami
Chapitre 3
La voix, teintée d'une pointe d'amusement, me fit sursauter. Je me tournai pour découvrir Maeve Lennox, un sourire vaguement condescendant sur les lèvres. Elle s'était approchée sans bruit, son manteau impeccablement boutonné malgré le vent qui fouettait autour de nous.
- *"Adrien n'est pas vraiment du genre à... gérer les choses de manière frontale,"* poursuivit-elle, un brin moqueuse. *"Il préfère les éviter, comme tu as pu le constater."*
Je n'appréciais pas son ton, mais je décidai de jouer le jeu.
- *"Vous le connaissez bien, apparemment."*
Maeve éclata d'un petit rire cristallin.
- *"Oh, je le connais assez pour savoir comment il fonctionne. Nous travaillons ensemble depuis des mois maintenant. Mais toi, tu sembles avoir... une histoire avec lui, non ?"*
Elle inclina légèrement la tête, ses yeux scrutant les miens avec une curiosité mal dissimulée.
- *"Ça ne vous regarde pas,"* répondis-je sèchement.
Mais Maeve n'était pas du genre à se laisser intimider. Elle haussa les épaules, son sourire s'élargissant légèrement.
- *"Ne le prends pas mal, Clara. C'est juste que... Adrien est un homme fascinant. Complexe, mais fascinant. Il attire les gens, tu vois ? Moi incluse, je suppose."*
Ses mots me laissèrent un goût amer. Était-ce une tentative subtile de marquer son territoire ? Ou simplement une provocation gratuite ? Dans tous les cas, je sentis une pointe de jalousie s'insinuer en moi, malgré moi.
- *"Eh bien, vous pouvez le garder, dans ce cas,"* répliquai-je, ma voix plus froide que je ne l'avais prévu.
Maeve éclata de rire, un son léger mais étrangement tranchant.
- *"Oh, je ne crois pas qu'il soit du genre à appartenir à qui que ce soit. Mais bonne chance, Clara. Tu en auras besoin."*
Elle s'éloigna, me laissant seule avec mes pensées, et cette désagréable sensation que je venais de perdre une bataille que je ne savais même pas livrer.
Dans l'après-midi, alors que je cherchais des angles intéressants pour mes photos, je m'aventurai dans l'un des bâtiments abandonnés près du phare. La structure, ancienne et délabrée, avait quelque chose de presque oppressant. Les murs, couverts de mousse et de salpêtre, semblaient porter les traces du temps et des vies passées.
Alors que j'explorais l'intérieur, mon pied heurta quelque chose. Je baissai les yeux et découvris un vieux carnet, couvert de poussière, à moitié dissimulé sous un tas de débris.
Je le ramassai avec précaution, soufflant sur la couverture pour en retirer la saleté. Les pages étaient jaunies, certaines tachées d'humidité, mais l'écriture à l'intérieur était encore lisible.
À mesure que je feuilletais le carnet, un frisson parcourut ma colonne vertébrale. Les notes évoquaient des événements troublants liés au phare : des accidents inexplicables, des disparitions, et cette étrange rumeur de malédiction.
*"Le phare semble maudit,"* lisais-je. *"Les ouvriers refusent d'y retourner. Ils disent entendre des voix, des murmures qui les appellent par leur nom."*
Je fermai le carnet brusquement, le cœur battant. Qui avait écrit ces mots ? Et pourquoi les avait-il laissés ici ?
Ce projet, ce phare... tout cela commençait à prendre une tournure bien plus sombre que je ne l'avais imaginé. Et au fond de moi, une petite voix murmurait que ce n'était que le début.
Je me suis réveillée avec un poids étrange sur la poitrine, une sensation diffuse que quelque chose d'important était sur le point de changer. Le carnet trouvé la veille ne quittait pas mon esprit. Ces phrases sur la malédiction, les murmures, tout cela tournoyait en moi comme un courant d'air glacé. Je devais comprendre. Comprendre pourquoi ce phare semblait attirer autant de drames et de secrets.
Le matin était gris, le ciel bas et lourd, comme s'il menaçait de pleurer à tout instant. Après un rapide petit-déjeuner, je décidai de me promener dans le village voisin. Le chantier du phare serait déjà animé, mais j'avais besoin de m'éloigner pour réfléchir, loin de la présence écrasante d'Adrien et de Maeve.
Le village de Portree, avec ses petites maisons colorées alignées le long du port, offrait un contraste saisissant avec la sauvagerie brute de l'île. Les rues pavées étaient presque désertes, à peine animées par le passage d'un vieil homme poussant une brouette et le tintement lointain de cloches d'église. J'avançai doucement, respirant l'air salé, mes bottes claquant légèrement sur les pavés humides.
C'est dans une boutique d'antiquités que je fis une rencontre inattendue. La cloche de la porte tinta alors que j'entrai, et une odeur de bois ancien et de poussière m'enveloppa aussitôt. Derrière le comptoir, une femme âgée aux cheveux argentés relevés en un chignon lâche leva les yeux de son tricot.
- *"Vous êtes pas d'ici, vous,"* dit-elle d'une voix rauque mais chaleureuse, ses yeux perçants m'examinant de la tête aux pieds.
Je souris timidement.
- *"Non, je travaille sur le projet du phare. Je suis photographe."*
Elle haussa un sourcil, comme si cette information l'amusait.
- *"Un autre, hein ? Tout le monde semble vouloir s'intéresser à ce fichu phare, ces temps-ci."*
Sa remarque piqua ma curiosité.
- *"Vous en savez beaucoup sur lui ? Sur son histoire, je veux dire."*
Elle posa son tricot et s'appuya sur le comptoir, son regard devenant plus sérieux.
- *"Je m'appelle Moira. Si vous avez un peu de temps, je peux vous raconter ce que je sais. Mais je vous préviens, ce n'est pas une histoire joyeuse."*
Je hochai la tête, prête à tout entendre. Moira m'invita à m'asseoir près d'un petit poêle, où elle me servit une tasse de thé fumant.
- *"Le phare a toujours été là, une sentinelle dans la tempête. Mais il porte en lui une malédiction, si vous croyez à ce genre de choses,"* commença-t-elle en croisant les mains sur ses genoux. *"On raconte que les amants qui s'en approchent sont condamnés à se perdre. Le phare les sépare, toujours."*
Je fronçai les sourcils, troublée par ses paroles.
- *"C'est une légende, j'imagine,"* dis-je, bien que quelque chose dans sa voix me fit douter.
Moira secoua la tête.
- *"Légende, peut-être. Mais il y a eu des accidents, des morts tragiques... Toujours des couples. Les gens d'ici évitent le phare, même maintenant. Vous savez, certains disent entendre des pleurs dans le vent, comme si les âmes perdues y étaient encore piégées."*
Ses mots résonnèrent en moi de façon presque intime. Mon esprit ne put s'empêcher de tracer un parallèle entre cette histoire et la mienne. Adrien et moi, séparés, comme ces amants maudits. Était-ce une coïncidence ? Ou bien y avait-il quelque chose de plus profond, de plus inquiétant, dans tout cela ?
- *"Vous croyez à cette malédiction ?"* demandai-je doucement.
Moira me regarda longuement avant de répondre.
- *"Je crois que certains lieux portent en eux le poids des âmes qui y ont souffert. Le phare... il a vu trop de douleur. Peut-être qu'il se venge à sa manière."*
Un silence lourd s'installa entre nous, seulement interrompu par le crépitement du feu dans le poêle. Je terminai mon thé, remerciant Moira pour son hospitalité.
- *"Soyez prudente, ma chère,"* dit-elle alors que je m'apprêtais à partir. *"Ne laissez pas ce phare vous prendre ce que vous avez de plus précieux."*
Ses paroles me suivirent tout le chemin du retour, comme un écho lancinant dans mon esprit.
À mon arrivée à l'hôtel, je trouvai la réception vide. Je montai les escaliers en bois grinçants, fatiguée et troublée par tout ce que Moira m'avait raconté. Mais en arrivant devant ma porte, je m'arrêtai net.
Quelqu'un avait glissé une enveloppe sous ma porte.
Je ramassai l'enveloppe avec précaution, mon cœur battant un peu plus vite. À l'intérieur, une photo ancienne, en noir et blanc. Elle montrait un couple, debout près du phare. L'homme avait un bras autour des épaules de la femme, et ils souriaient à l'objectif avec une tendresse évidente.
Au bas de la photo, quelques mots griffonnés à la main :
*"Ne fais pas la même erreur."*
Je restai figée, le papier tremblant légèrement entre mes doigts. Qui avait laissé cette photo ici ? Et qu'est-ce que cela signifiait ?
Un frisson glacé parcourut ma nuque. Une fois de plus, le phare semblait murmurer des secrets que je n'étais pas certaine de vouloir entendre.
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