
Le Remord de mon Fiancé
Chapitre 7
Fabien venait juste d'aider Liliane à monter en voiture lorsqu'il a entendu les derniers mots de ma phrase.
Me rendant compte qu'il n'avait pas saisi le contexte de ma conversation, j'ai trouvé rapidement une excuse évasive : « C'est une amie à moi. Elle va quitter la ville prochainement. »
Fabien s'est contenté d'un hochement de tête, sans poser davantage de questions.
Quatre jours avant mon départ, il a rapporté chez nous les tirages finaux de ses photos de mariage avec Liliane. Téléphone en main pour un appel vidéo avec elle, il lui présentait fièrement le cadre photo, son visage empreint d'une tendresse que je lui connaissais peu.
« Liliane, nos photos de mariage sont développées. Le photographe a dit que le rendu était exceptionnel ! »
Je sortais précisément de ma chambre pour aller chercher un verre d'eau lorsqu'il a prononcé ces mots.
Une lueur de gêne a traversé son regard, comme s'il redoutait ma réaction.
J'ai jeté un œil distrait au cliché avant de commenter avec sincérité : « Effectivement, c'est très réussi. »
Ce photographe renommé, c'était moi qui l'avais réservé à prix d'or, rêvant de capturer nos plus beaux moments ensemble. À l'époque, j'imaginais déjà l'émotion intense qui m'étreindrait en découvrant ces images.
Sur la photo, Fabien en costume sombre était aussi séduisant que dans mes fantasmes. Seul détail discordant : la femme en robe blanche à ses côtés n'était pas moi, pas Liliane.
Pourtant, mon cœur est resté étrangement calme. Depuis le jour où j'avais appris la grossesse de cette femme, j'avais retiré sans hésitation chaque parcelle d'amour que je portais à Fabien.
Ma réaction indifférente l'a laissé visiblement perplexe. Il semblait soudain réaliser que ma froideur envers lui durait depuis un moment déjà, même pas un seul message pendant sa semaine de voyage avec Liliane. Cette absence inhabituelle le déstabilisait.
À l'autre bout de l'écran, Liliane continuait son bavardage incessant. Fabien a secoué alors légèrement la tête, chassant ses pensées inquiètes, attribuant mon attitude à la fatigue des préparatifs matrimoniaux.
Deux jours avant le grand départ, je me suis rendue à l'hôpital pour obtenir des médicaments à emporter au laboratoire.
Mais à ma surprise, j'y ai croiser Liliane, venant juste de sa consultation prénatale, avec Fabien comme garde du corps personnel.
Une expression fugace de panique a traversé les yeux de l'homme. Il a ouvert la bouche pour parler, mais Liliane l'a devancé. Elle s'est approchée précipitamment de moi, s'est emparé de mes mains comme pour s'agenouiller, la voix brisée par des sanglots théâtraux : « Sabrina, je sais que tu n'as pas encore donné ton accord sur cet enfant... Mais le temps me presse. Les médecins ne me donnent plus qu'un an à vivre. Je veux tant voir mon enfant naître ! »
« Je te le jure, dès sa naissance, je disparaîtrai de votre vie. Je ne briserai pas votre couple. »
Avant même que je puisse prononcer un mot, Fabien, les yeux remplis d'une inquiétude sincère, l'a aidée à se relever :
« Tu es bien trop faible pour t'abaisser ainsi. Ne fais pas ça. »
Puis il s'est tourné vers moi, une pointe d'impatience dans la voix : « Puisque tu es au courant, autant tout te dire. Mais sois rassurée, cela ne changera rien à notre mariage. »
Il y a un mois, cette déclaration m'aurait anéantie. J'aurais crié, pleuré, sombré dans le désespoir et les doutes : « Qu'ai-je fait de mal pour qu'il choisisse une autre ? »
Mais à présent, j'avais enfin compris la vérité : Le problème ne venait pas de moi, mais de Fabien. Cet homme ne m'avait jamais aimée, JAMAIS !
Et précisément parce qu'il ne m'aimait pas, il pouvait agir ainsi sans se soucier de mes sentiments.
J'avais tout su concernant la grossesse de Liliane et j'avais déjà renoncé à Fabien, à nos souvenirs, à mon amour pour lui et à tout.
Leur petite comédie, lui en protecteur dévoué, elle en victime fragile, moi en méchante à les séparer, me semblait désormais d'une tristesse risible.
Je les ai regardés un instant en silence avant de murmurer : « D'accord, je comprends. »
Puis je suis partie avec mes médicaments.
Mon nouveau départ approchait. Il me restait quelques affaires à ranger.
Ma réaction les a laissés visiblement stupéfaits. Particulièrement Fabien. Son regard a suivi ma silhouette s'éloignant, une étrange expression au visage. Après un mois de disputes hystériques, mon calme soudain à présent l'a perturbé profondément et a éveillé en lui une sourde inquiétude.
Quelque chose avait changé. Quelque chose d'essentiel, qu'il ne comprenait pas.
Alors que j'atteignais l'escalier, Liliane m'a rattrapée brusquement par la manche.
Fabien traînait encore loin derrière et son masque est tombé enfin : « Alors, Sabrina ? Comment ça fait, de voir son fiancé attendre un enfant à une autre ? »
J'ai refusé de jouer à son jeu puéril. D'un geste sec, je me suis libérée de son emprise.
Mais j'avais été trop brusque, elle a perdu l'équilibre, basculant dangereusement vers l'arrière. Par pur réflexe, je l'ai rattrapée in extremis. Juste avant que je puisse la lâcher, j'ai entendu un cri de colère juste derrière moi : « QU'EST-CE QUE TU FAIS ?! »
Fabien, qui s'était étonné de mon calme inexplicable, a cru subitement avoir percé mon « petit jeu » en voyant cette scène : « Je vois ! Tu ne fais que semblant d'accepter la situation. En réalité, tu es folle de la jalousie ! »
En apercevant Fabien, Liliane a activé instantanément son mode victime. Les mains protectrices sur son ventre, des larmes de crocodile brillant au bord de ses yeux rougis : « Fabien... je voulais juste la remercier pour sa générosité... mais... mais elle m'a poussée ! »
Sur ces accusations, Fabien a explosé littéralement : « Sabrina, tu me déçois profondément ! Tout de suite, des excuses pour Liliane ! »
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