
Le Prix de Son Voyage en Islande
Chapitre 2
« Je ne suis pas au bureau », ai-je répondu d'une voix neutre.
« Pas au bureau ? », son ton s'est glacé, « Je te rappelle que c'est, en principe, l'heure de bureau, non ? Hélène, un départ non autorisé, c'est un jour de salaire en moins sur ta prochaine paie. Tu le sais ? »
« Oui, je sais, mais j'ai justement… »
J'allais enfin lui parler de ma démission quand la voix de Zoé m'a coupée, avec ses intonations mièvres habituelles : « Livio, si elle n'est pas partante, ne la force pas. Je vais m'en occuper, moi. »
« Hors de question. Tu as travaillé jusqu'à pas d'heure hier, aujourd'hui tu te reposes, un point c'est tout. » La fermeté de Livio a fondu instantanément.
« Mais je t'assure, je ne suis pas fatiguée. »
« C'est moi le patron. T'ordonner de te reposer, c'est un ordre. Tu te permets de désobéir ? »
Zoé a ri, d'un petit rire de gorge : « Je ne veux pas embêter Hélène, quand même… »
« Elle aura beau se fatiguer, ce ne sera jamais comparable à toi. Tu es en déplacement, tu gères les contrats. Elle, elle reste au bureau à ne rien faire de ses journées. En plus, c'est ma femme, elle a aussi sa part dans l'entreprise. Un petit effort, c'est la moindre des choses, non ? »
En une phrase, il avait effacé tout ce que j'avais accompli.
La colère, la jalousie, l'effondrement, tout ça, je l'avais déjà éprouvé. Maintenant, il n'y avait plus que du vide.
Trop de fois. Bien trop de fois.
Mon silence a dû lui paraître naturel. Sa voix s'est faite plus douce : « Hélène, tu crois vraiment que je te donne du travail, là ? Je veux te faire progresser. Tu es ma femme, tu te dois d'avoir davantage de conscience professionnelle, plus d'engagement pour notre entreprise. »
« Tu devrais t'inspirer de Zoé. Hier, elle a travaillé jusqu'à quatre heures du matin pour boucler un dossier. Je n'ai jamais vu une femme à la fois aussi brillante et aussi travailleuse. »
Zoé a pris son air faussement modeste, mais une pointe de mépris perçait dans sa voix : « Moi, je trouve qu'Hélène est très brillante aussi. »
Livio a laissé échapper un petit rire narquois : « Si elle avait ne serait-ce que la moitié de ton talent, je me lèverais heureux tous les matins. N'oublie pas, cette année, tous les projets, c'est toi qui les as menés. »
Face à leur duo bien rodé, je n'ai pas riposté. Pas un mot.
Des projets ? Elle les avait menés ?
Tous ces succès, c'étaient les fruits de mon travail, qu'elle m'avait volés sous mes yeux.
Livio le savait pertinemment. Il faisait juste semblant de ne pas voir, convaincu que ces petites piques ne suffiraient pas à me faire renoncer à nos cinq ans de mariage.
« Bon. Zoé et moi, nous avons un rendez-vous client tout à l'heure. Dépêche-toi de finir et de m'envoyer ça. »
Sur ces mots, il a raccroché sans attendre ma réponse.
Deux minutes à peine s'étaient écoulées que mon téléphone a vibré de nouveau. Une notification : Zoé venait de poster un nouveau message.
Sur la photo, elle et Livio étaient attablés devant un dîner aux chandelles. Elle penchait la tête sur son épaule, un sourire radieux aux lèvres. Sur la table, trônait un petit coffret élégant, juste assez grand pour contenir une bague.
J'ai continué à faire défiler, et je suis tombée sur une story postée à quatre heures du matin : elle et Livio, attablés à un bar et en pleine fête.
Mais il ne m'avait pas dit qu'elle avait travaillé jusqu'à quatre heures ? Que cette « heure supplémentaire » n'était en fait qu'une beuverie ?
J'ai ricané intérieurement. Pas question d'en faire un scandale.
À quoi bon l'affronter ? Il aurait toujours une explication toute prête.
Même en poussant la confrontation à son paroxysme, je n'obtiendrais ni excuses, ni remords. Juste le silence. La guerre froide.
Et au bout du compte, c'était toujours moi qui cédais. À chaque fois.
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