
Le Prix de Son Voyage en Islande
Chapitre 3
En y repensant, je me suis trouvée stupide. Au lieu de gaspiller mon énergie dans ces histoires, j'aurais mieux fait de réfléchir à la manière de gagner davantage d'argent.
L'amour peut nous trahir.
L'argent, lui, non.
Une fois cette pensée posée, j'ai démarré la voiture et j'ai quitté l'entreprise, tout en organisant mentalement la suite.
Mais je venais tout juste de sortir du parking, quand mon téléphone a vibré, m'annonçant un débit sur mon compte. Vingt mille euros. De la part de Livio.
Aux yeux des autres, j'aurais épousé sa fortune.
Mais la réalité était tout autre.
Sous prétexte que ses revenus devaient servir à faire tourner l'entreprise, c'était MOI qui assumais toutes nos dépenses depuis le mariage.
Je n'avais jamais protesté, convaincue que l'on ne tenait pas les comptes dans un couple.
Jusqu'au jour où j'avais commencé à trouver ça étrange : je gagnais bien ma vie, et pourtant, je n'épargnais rien. Pire, certains mois, je finissais à découvert.
J'avais donc épluché mes relevés.
Et là, j'avais compris.
Il utilisait MA carte pour couvrir Zoé de cadeaux. Rouges à lèvres en édition limitée, sacs de grandes marques… Et pour son anniversaire, il avait déboursé plus de cent mille euros pour privatiser un restaurant cinq étoiles.
Quelle générosité !
Mais envers moi ?
Mes vêtements, passés de mode depuis des saisons, pouvaient « encore faire l'affaire », selon lui ; si je souhaitais un cadeau dépassant cent euros, il fronçait les sourcils, trouvant cela excessif ; pour mon anniversaire, je n'avais droit qu'à une carte de vœux.
J'avais protesté. Il s'était immédiatement emporté, m'avait accusée de manquer de confiance, affirmant que tout ce qu'il faisait était pour notre avenir commun.
Puis il m'avait imposé le silence et avait juré qu'il ne dépenserait plus un centime de mon argent…
Revenant de ces souvenirs, j'ai tout de même essayé de l'appeler.
Une fois.
Puis deux.
Puis dix.
Aucune réponse.
Je n'ai pas hésité plus longtemps. Je me suis rendue à la banque et j'ai fait opposition sur la carte.
Comme prévu, moins d'une minute plus tard, il m'a rappelée. Son ton était parfaitement naturel : « J'étais occupé et je n'ai pas vu tes appels. Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Rien », ai-je répondu calmement.
Il a marqué une pause avant d'ajouter : « Ta carte a été bloquée. Il y a un problème ? »
« Je sais. C'est moi qui l'ai fait. »
Un court temps d'arrêt, puis sa voix a changé, plus sèche : « Tu es folle ou quoi ? C'est quoi, ce délire ? »
« Si tu veux. Mais tu n'as pas dit que tu ne dépenserais plus un centime de mon argent ? »
Il est resté sans voix.
Avant, je ne lui avais jamais parlé d'argent.
L'année où il avait lancé son entreprise, j'étais tombée gravement malade. L'opération coûtait cent mille euros. Il avait investi toutes ses économies dans un projet… et tout perdu.
Il était venu me voir les yeux rouges, prêt à s'effondrer, s'excusant de ne pas pouvoir payer.
C'était moi qui l'avais consolé. Je lui avais dit que mon argent était aussi le sien.
Mais ma sincérité n'a jamais été récompensée.
Elle a nourri son assurance. Son sentiment d'impunité. Ses excès.
Il a repris la parole, avec l'assurance tranquille de celui qui ne doute jamais d'avoir raison : « Bon, je vois. Tu m'en veux encore pour l'Islande. Hélène, je croyais que tu avais mûri. Mais tu restes aussi susceptible. Quand j'aurai fini ce déplacement, on se fera un autre voyage. Ça te va ? »
Puis, d'un ton presque distrait : « Je n'ai pas ma carte sur moi. Débloque la tienne. Le dîner de ce soir est important. Ne fais pas d'histoires. »
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