
Le prix de leur cruelle tromperie
Chapitre 2
Point de vue d'Alix Lefèvre :
Allongée sur le marbre froid, j'ai levé les yeux vers les deux visages tordus par une haine si profonde qu'elle semblait aspirer l'air même de la pièce. Une terreur primale, froide et aiguë, m'a saisie. Ce n'était pas pour moi. C'était pour la petite vie qui palpitait en moi. Mon bébé.
« Le bébé... est à Antoine », ai-je étouffé, les mots ayant un goût de sang et de peur. « Adrien, tu dois m'écouter... »
Il ne m'a pas laissé finir. Il s'est dirigé vers la grande table de l'entrée, a attrapé un lourd vase en cristal – un cadeau d'Antoine – et l'a fracassé sur le sol. Des éclats de verre ont explosé sur le marbre comme des confettis mortels.
« N'ose pas prononcer son nom », a rugi Adrien, sa poitrine se soulevant. Il a ramassé une poignée des plus gros morceaux, les plus coupants. « As-tu la moindre idée de ce qu'on a traversé ? Manger de la nourriture pourrie, vivre dans un studio avec des rats, pendant que tu étais ici, à dormir dans des draps de soie ! »
Il s'est accroupi, me relevant le menton d'une main tandis que l'autre approchait le verre tranchant de ma bouche. « Tu veux parler ? Très bien. Mange ça. »
Il m'a enfoncé le verre dans la bouche.
Le monde s'est dissous dans une cacophonie de douleur. Les bords acérés comme des rasoirs ont lacéré mes lèvres, ma langue, l'intérieur de mes joues. Une vague de nausée est montée dans ma gorge, mais je ne pouvais ni vomir, ni respirer. Le goût cuivré de mon propre sang a envahi mes sens.
J'ai essayé de lever une main, de lui griffer le visage, de le repousser, mais c'était comme bouger dans l'eau. Mes membres étaient lourds, inutiles.
Puis, une nouvelle douleur, atroce. Le talon aiguille à semelle rouge de Chloé s'est abattu lourdement sur ma main tendue, la clouant au sol. J'ai entendu un craquement sinistre, et une agonie brûlante a parcouru mon bras.
Un cri s'est formé dans ma gorge, mais il était piégé, réduit au silence par le verre et le sang. Des larmes coulaient sur mon visage, transformant leurs visages démoniaques en un tableau grotesque.
Adrien a finalement retiré sa main, un air de satisfaction sinistre sur le visage. Il a craché sur le sol à côté de ma tête. « Voilà ce qui arrive aux putains qui mentent. »
Mon corps tout entier tremblait d'une douleur si immense que j'avais l'impression de me briser en morceaux. Mais alors, mon regard est tombé sur Chloé. Elle déplaçait lentement, délibérément, son pied. Le talon pointu et acéré de sa chaussure planait directement au-dessus de la courbe de mon ventre.
Une nouvelle sorte de terreur, un souffle glacial d'effroi, a gelé le sang dans mes veines.
« Non », le mot était un murmure mutilé et sanglant. « S'il te plaît... pas le bébé. »
Avec une force que je ne me connaissais pas, je me suis jetée en avant, ma main écrasée oubliée. J'ai enroulé mes doigts autour de sa cheville fine, ma prise un étau de fer désespéré. Je mourrais avant de la laisser faire du mal à mon enfant.
Ce bébé n'était pas seulement un souhait. C'était trois ans d'espoir silencieux et de déceptions écrasantes. Trois ans de tests invasifs, de procédures douloureuses et de conversations à voix basse avec des spécialistes qui disaient tous la même chose : l'accident d'Antoine avait laissé ses chances de concevoir un enfant à presque zéro. Cette grossesse était un miracle. Une chance sur un million qui avait allumé une lumière dans les yeux habituellement si réservés d'Antoine, une lumière que je n'avais jamais vue auparavant. Ce bébé était notre tout.
Chloé m'a regardée avec mépris, sa lèvre retroussée de dégoût. « Regarde-toi. Comme une chienne qui protège ses petits. C'est pathétique. »
« Finis-en, Chloé », a dit Adrien avec impatience, essuyant sa main ensanglantée sur son pantalon. « Je ne veux pas que quelqu'un découvre qu'une Lefèvre a donné naissance à un bâtard en vivant sous le toit des Moreau. C'est humiliant. »
L'ordre était explicite. L'intention, monstrueuse.
« Débarrasse-toi de ça. »
Ma tête allait et venait, un geste frénétique et inutile. Le sang et la salive coulaient de mon menton, se mélangeant aux débris sur le sol. J'ai essayé de parler, de crier, de leur faire comprendre l'erreur catastrophique qu'ils étaient en train de commettre.
Finalement, avec un effort déchirant, j'ai réussi à cracher les éclats de verre. Le soulagement a été instantanément remplacé par un besoin désespéré de me faire entendre.
« Antoine », ai-je sangloté, le nom s'arrachant de ma gorge à vif. « Le bébé est à Antoine ! C'est lui le père ! »
J'ai regardé le froncement de sourcils incrédule d'Adrien, puis le sourire moqueur de Chloé, mon cœur s'enfonçant à chaque battement. « Je vous dis la vérité. C'est son fils. Votre neveu. »
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