
Le prince des étoiles
Chapitre 2
Au fur et à mesure que la fête avançait et que les gens se laissaient enfin complètement absorber par la fête et les innombrables divertissements proposés, le prince disparut discrètement et se rendit dans la forêt enchantée de Jériok pour pouvoir chasser un moment.
Alors qu’il s’enfonçait de plus en plus dans le royaume enchanteur, des scintillements extraordinaires apparurent partout puis une vision de vie se forma devant l’héritier d’où émergea une bête, la sienne aussi géante que magnifique, sa fidèle créature stellaire qui se dressa devant lui et le regarda.
— Tiens, tu arrives un peu tard Yogel. Déclara le prince, amusé, en signe de bienvenu.
— Toutes mes excuses votre altesse. Mais pourquoi chasser ?
— Parce que j'ai faim.
— Vous goûtez toujours les plats les plus délicieux et les plus délicats que l'on puisse préparer, je tiens à le souligner. Et cela, tous les jours. Alors…
— Je sais, répondit le prince, imperturbable en continuant son exploration, emboîté par son monstre. Mais parfois, j'aimerais préparer, si je puis dire, ma propre nourriture.
— Le problème serait la viande de brousse que vous allez chasser !
— As-tu peur que j'en attrape trop ?
Un rire moqueur répondit à cette question ironiquement moqueuse.
— C'est la dernière chose à laquelle je penserai jamais votre altesse. Je pensais seulement à la qualité de la proie que vous allez tuer. Si sa chaire est empoisonnée, vous souffrirez.
Une exclamation sardonique suivit cette déclaration laquelle trahissait en fin de compte une affection et une inquiétude profonde.
— Mais tu seras là pour m'aider en cas de danger, n'est-ce pas ? Répondit le prince en se tournant vers son plus loyal allié et en tendant la main pour caresser légèrement la fourrure éblouissante. Donc je ne vois pas vraiment ce que je risque.
Pour une fois, pour bien démontrer sa confiance absolue en sa créature d’étoile, le prince négligea d’éveiller ses pouvoirs et alla explorer la forêt avec seulement son corps et sa force naturelle, sa bête indéfectible comme seule magie marchant à ses côtés.
— Quand vous le dites comme ça prince, vous donnez l'impression d'être le maître faible avec le besoin constant de la force et de la vigilance de son fidèle assistant pour vivre.
— C'est le cas, Yeugon !
— Nous savons très bien que ce n'est pas vrai. Mais pour bien respecter l'équilibre alimentaire, vous devez et en êtes bien sûr conscient, accompagner la viande de fruits et légumes.
— Oui, je sais. Mais c'est étonnant que j'aie presque l'impression d'être avec ma mère quand je suis avec toi.
— Hé, vous m’avez vous-même fait remarquer que mon rôle était de prendre soin de vous ! Donc je dois m'assurer que vous mangez correctement, surtout dans ces endroits inappropriés comme une forêt abandonnée. Ajouta la grande créature en regardant avec ironie les arbres centenaires et leurs bourgeons en fleurs.
— Elle n'est pas du tout abandonnée ! Protesta le prince en fronçant légèrement les sourcils. C’est même le contraire, c’est une forêt très envahie. Un peu trop quelques fois à mon goût.
— Pour moi, elles se ressemblent toutes de toute façon. Comme les femmes le sont pour vous altesse.
— C'est ce que j'ai dit à maman, il n’y a pas plus tard que ce matin.
— et je vois d’ici sa réaction. Elle a beau être votre mère et impératrice, elle est avant tout une femme, la femme de votre père. Elle n’acceptera jamais une telle marque d’infériorité. Surtout venant de vous, son propre fils.
— Sans doute, concéda l'héritier après quelques minutes de réflexion.
— Mais pour vous, malgré tous ces mots et la blessure de votre souveraine, ces femmes ne resteront jamais que des créatures semblables.
— Eh bien, puisqu'on en parle... Arrête, intima soudain le prince quand ils arrivèrent au bord d'une vaste prairie. Ils éteignirent immédiatement leur aura et se déplacèrent dans un silence absolu pour voir quel genre d'animaux occupaient la vaste clairière sauvage. Ils virent de suite des singui.
— Non. Refusa d’emblée Yeugon.
— Pourquoi ? Leur chaire n'est pas si mal ! Mais surtout, elles sont propres, et c’est ce que tu souhaites que j’ingurgite, non ?
— Oui, mais trop inférieure.
Le prince plissa les yeux.
— Si je te mange maintenant, je n'aurai plus à chasser. Suggéra le prince d’une voix doucereuse et dangereusement calme. Car toi, assurément, tu es une créature supérieure.
— On peut le voir comme ça, en effet. Concéda le monstre, ne sachant comment interpréter les mots de son maître.
— C'est certain. Mais je vais passer mon tour. Chasser seul, autant que je choisis une proie digne de ce nom !
Abandonnant les singuis, les deux amis pénetrèrent encore plus loin dans le territoire enchanté.
— Dites-moi, prince.
— Oui ?
— N'êtes-vous vraiment pas intéressé à participer à l'événement des Elfes ?
— Pourquoi ?
— Pourquoi veux-tu autant savoir ?
— Parce qu’il s’agit de vous.
Le prince se tourna un instant vers sa créature et échangea avec lui un long regard, alors, se décida-t-il à lui révéler la vérité.
— Parce que pendant ces quelques heures où les gens sont si heureux et se laissent distraire par les plaisirs et les divertissements, je peux enlever ce masque hideux et si dérangeant de prince et d’héritier, et m'échapper.
— S'échapper, c'est ce que vous faites tout le temps !
— Oui, mais pas de cette façon-ci ! Aujourd'hui, je peux abandonner ma magie pour un moment sans que cela me blesse.
Yeugon Zeneg allait répondre à cette remarque lorsque son prince s'arrêta soudainement, et il vit que le jeune héritier avait les yeux rivés sur un spectacle déplorable. Non loin d’un amas de terre ocre, tout un groupe de bêtes enragées était en train de se défouler sur une seule, une créature ronde, très poilue, d'un rouge bien foncé qui d’ailleurs se distinguait encore plus nettement à cause de tout le sang qui sortait de ses blessures. La pauvre bête épuisée et battue avait déjà du mal à se déplacer. Lorsqu'il pensa que la mort allait prendre le dessus sur son être, les monstres qui lui déchiraient le corps s'arrêtèrent soudain, avant d'être mis en pièces, et dont le sang et la chair se répandirent partout avec une brutalité abominable.
Puis la pauvre bête meurtrie ressentit une force froide extraordinaire régnée dans tout le lieu, il vit d'abord l'énorme monstre dont la beauté et la lumière semblaient ressembler aux étoiles, et sa puissance sans doute aussi semblable, une puissance telle que de pouvoir tenir à l’écart ou même tout simplement de cesser toute vie existant dans la forêt.
Mais le plus dangereux n’était pas cela, non le plus grand danger venait incontestablement de celui qui se tenait à côté de lui et qu'il semblait servir avec tant de dévouement que s’en était aussi visible que les astres de la nuit, un jeune garçon portant des vêtements simples, mais luxueux, un costume léger de couleur marron clair qu'il portait avec une incroyable désinvolture, la même désinvolture qui l'avait amené à mettre en pièces ses mortels ennemis un instant plus tôt sans la moindre pitié ni le moindre sentiment. Il n'avait pas d'aura, probablement ayant décidé de le céler pour se déplacer sans attirer l'attention, ce qui était de toute manière la seule explication possible. Et son pouvoir se reflétait dans ses yeux de cristal, et tout son être annihilait toute magie pouvant les entourer, reflétant incontestablement sa nature et sa grandeur. Il semblait régner en maître suprême sur tout ce qu'il faisait, mais quelque chose semblait habiter derrière cette force phénoménale, quelque chose de plus profond et plus sombre. Et juste au moment où il avançait vers la petite bête au corps adorable et meurtri, qui mourut de peur plus qu'auparavant, se traîna désespérément jusqu'à l’amoncellement de terre, et s'y réfugia de toutes ses forces, fermant pitoyablement les yeux en pensant à sa vraie fin avec effroi. Il émit de petits gémissements tandis que des larmes coulèrent sur son visage ravagé, tremblant misérablement comme une feuille morte perdue dans les vents violents des orages, et son sang qui ne cessait de jaillir de sa fourrure trempée.
Mais quand il se vit déjà immobilisé, gelé et se dispersant comme les autres avant lui, il ne sentit qu'une magie froide mais réparatrice s'emparer de son corps et l'envahir entièrement.
Lorsqu'il trouva la force de rouvrir ses petits yeux ronds et brillants, il remarqua que son corps ne souffrait plus d’aucune blessure et que les deux visiteurs etrangers étaient partis.
La créature rousse hésita un instant puis partit à la recherche de ses froids sauveurs, de cet être si beau et semblant dépourvu de toute vie, de toute pitié, ne l'ayant sans doute sauvé que par simple caprice et non par empathie.
— Non. Certainement pas.
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