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Couverture du roman Le poids de la culpabilité

Le poids de la culpabilité

Face à l'exigence d'un homme autoritaire, une femme réplique par une gifle violente. Plaquée contre la porte, elle l'accuse alors d'être un assassin, évoquant « l'autre » victime. Ce mot brise net la fureur de son agresseur, le plongeant dans une détresse profonde. Seule capable de lui tenir tête, elle réalise l'impact de ses paroles sur sa conscience torturée. Alors qu'elle tente un geste d'apaisement, il la repousse, hanté par une culpabilité qui ravage son humanité naissante.
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Chapitre 3

Chapitre 2

*Isaac Mouhamed Cissé*

Nous avons fini de nous installer chez ma tante. Je ne suis venu dans cette maison qu’une seule fois, et la deuxième, est le jour où je dois y vivre.

Ironie du sort.

On nous avait donné une chambre tout près de la sortie. C’est à croire qu'ils ne veulent pas voir nos tronches, pensais-je en souriant.

Notre arrivée s'était faite de manière si sobre et personne n'était sorti nous accueillir si bien que je me demandais si vraiment des gens vivaient encore dans cette grande maison.

Cependant, nous avons un toit, et c’est l’essentiel.

- Tu penses à quoi ?

La voix de ma sœur m’avait interrompu dans mes pensées.

- à rien de spécial. Dieba, dis-moi, tu penses que maman est en train de se disputer avec tata et grand-mère ?

- Je ne sais pas Isaac, j’espère que ce n’est pas le cas. Tu as faim ? maman dit que si nous avons faim on peut prendre l'argent qui est dans la commode.

- Non je n’ai pas faim !

Je me levai et me mettais sur le lit.

Je regardai encore autour de moi et tout était bien rangé. Malgré l’étroitesse de cette chambre, nos affaires avaient fini par y tenir.

La pièce se trouve dans une partie de la maison très éloignée des autres pièces.

Elle avait servi de débarras, avais-je entendu dire.

Mais ce qui m’étonnait était autre chose. En réalité, ma tante est une femme extrêmement riche, une femme qui ne ménage aucun effort pour se faire énormément d’argent. Pas de mari, juste deux filles et un garçon : Oureye, Astou et Babacar Kane.

On n’avait pas vraiment d’affinités et je ne les avais pas vus depuis notre arrivée.

Ils ne se mélangeaient pas à nous pour être honnête.

Il était 20h et toujours pas l’ombre de ma mère. Elle discutait avec sa famille certes, mais j’avais besoin d’elle, besoin de l'avoir à côté de moi, besoin de sonder son visage pour connaitre ses humeurs.

Je me levai doucement avant que Dieba ne m’interrompe : tu vas ou Isaac ?

- Chercher maman !

- Mais pourquoi ? tu es débile ou quoi ? elle dit qu’elle ne veut pas être dérangée. Reste ici !

- Je ne resterai pas ici. Ces deux femmes ne l’aiment pas donc je ne…

« Qu’est-ce qu’il se passe ici ? »

Ma mère venait de faire irruption dans la pièce, souriant en même temps.

Je bégayai

- Je croyais que…

- Mais non Isaac, Madjiguene est ma sœur, et ma mère aussi éprouve du plaisir à me voir ici. Il fallait juste qu’on règle certains détails pour qu'on puisse nous installer définitivement. Alors qu’est ce que vous voulez manger ?

Dieba se racla la gorge : euh maman, je pensais qu’on allait manger avec les autres.

Ma mère soupira puis nous regarda à tour de rôle : il faut que je vous débriefe sur le comportement à tenir dans cette maison !!!

C’est là que je compris que toute notre vie allait vraiment changer et ce à tout jamais !

J’écoutais ma mère nous dire ce qu’il fallait faire ou pas. Je l’écoutais nous interdire de nous approcher de tante Madjiguene et de sa famille. Chose que je ne comprendrai jamais. Mais j’acquiesçai et Dieba aussi. De toutes les façons, à en croire ce qu’elle raconte, on sent clairement qu’ils ne nous aiment pas, mais bizarrement, cela faisait énormément de bien de le savoir, pensais-je en décidant de me concentrer sur mon cahier de géographie.

Ainsi donc, on faisait tout pour nous, le petit déjeuner, le déjeuner et le diner. Et 5 jours passés dans cette maison où je ne voyais pas l’ombre de l’autre famille ;

J’avais fini par croire qu’on vivait seuls jusqu’à ce samedi, où tranquillement, prenant le petit déjeuner ensemble, on entendit un bruit de pas venant vers notre chambre.

On s’était tous arrêtés car pas vraiment habitués à avoir de la visite. Et soudain, Tante Madjiguene était au pas de notre porte, nous regardant avec mépris.

- Bonjour Coura, je peux vous parler ?

- Oui bien sûr, les enfants levez-vous et dites bonjour à votre tante.

Mais ma tante se précipita pour nous stopper dans notre élan : non non ce n’est pas la peine, je voulais juste vous parler d’une chose. Coura, il faut que Dieba participe de temps en temps aux tâches ménagères.

- Bien sur cela va de soi, ses sœurs Oureye et Astou…

Elle l’interrompt : non je parle de Dieba Coura, Dieba tout court. Après avoir mangé tu vas voir Rokhaya la bonne elle t’apprendra des choses et tu pourras te rendre utile. Lança-t-elle à l’endroit de Dieba. Celle-ci baissa la tête, l’air prise de haut.

Ma mère ne répondit pas. Mais ma tante continua : et Isaac aussi peut se rendre utile, le jardin et les herbes derrière la maison...

- Madjiguene Isaac à juste 10 ans et il….

- Coura, da nga faté lignou wakhtané wone wala ?

(Coura tu as oublié notre compromis il le me semble ?)

Ma mère baissa la tête et ma tante de continuer.

En fait, je n’écoutais plus ce qu’elle disait me contentant tout simplement de fixer ma mère, de la sonder comme j’avais l’habitude de faire.

- …. Tu m’écoutes Isaac ?

Je me tournai pour lui faire face, plantant mes yeux dans les siens ! elle s’arrêta net de parler comme si elle avait reçu une douche froide.

Elle détourna aussitôt le regard alors que je la regardais. Elle se tourna vers ma mère.

- Madjiguene, on fera tout ce que tu voudras inchalla ! ne t’en fais pas !

- Tant mieux alors !

Elle sortit comme elle était entrée me mettant dans une colère noire.

***PVE***

La vie de la famille Cissé dans cette grande et belle maison allait leur couter cher. Mais avaient-ils le choix ?

La vie suivait son cours cependant et ils furent obligés de se conformer aux règles de Madjiguene Mbaye. Plus de nouvelles de leur père et d’ailleurs ils n’en demandaient pas vraiment.

Coura avait un petit travail de ménagère dans un quartier huppé de la ville. Tous les jours, elle se rendait à fann hock et se chargeait du ménage de plusieurs appartements en même temps pendant que ses enfants allaient à l’école.

Elle rentrait toujours très fatiguée et comme elle n’avait pas de cuisine pour préparer à manger, elle faisait en sorte d’acheter deux plats de riz, emballés dans deux barquettes et ils pouvaient manger tous les trois.

Pour le diner, c’était simple. Des menus pas trop compliqués. Du couscous avec un peu de lait, du pain parfois, acheté à la boulangerie, accompagné de lait caillé. Et quand arrivait la fin du mois, ils pouvaient prétendre à un poulet entier qu’ils mangeaient avec appétit.

Coura regardait ses enfants avec amour !!!! tous les soirs, elle s’assurait de leur donner mille et une raisons de continuer à se battre. Et elle le réussissait très bien.

En effet, leur vécu dans la maison devenait de plus en plus dur. Et à chaque fois qu’ils étaient confrontés à de telles difficultés, Dieba et Isaac pensaient à ce que leur mère leur disait tous les soirs.

Dieba elle, avait de réelles difficultés à allier ses études et les travaux ménagers. Elle faisait de son mieux mais ne le réussissait pas. Au début, Coura avait compris que les filles de sa sœur participeront également à l’exécution des tâches domestiques, mais elle ne se doutait pas que sa fille à elle seule faisait : le petit linge de Oureye, Astou et Babacar, la vaisselle de toute la maison ainsi que quelques autres commissions entre le marché et la boutique. Sans compter une domestique qui faisait tout pour lui rendre la vie impossible.

Isaac quant à lui ne se pliait pas aux exigences de la grande royale, comme il aimait l’appeler. Il s’occupait de ses cours et rien d’autre.

Cependant, maman Coura n’était pas au courant de tout ce que sa fille vivait dans cette maison jusqu’au jour où, un peu malade elle avait décidé de ne pas aller travailler.

Bien sûr, Isaac et Dieba étaient à l’école laissant Coura seule. Mais alors qu’elle se reposait tranquillement, elle entendit la voix de Rokhaya, la domestique, à la fenêtre de leur chambre : « laisse ça Banna, après avoir fait le linge tu n’as pas besoin de nettoyer, Dieba le fera après »

« Ay Rokhaya, laissez cette petite se reposer. Elle est une écolière et j’en suis sûre qu’elle n’est pas concentrée à l’école à cause de la façon dont vous l’acculez ! »

- Occupe-toi de tes oignons Banna. C’est sa tante qui m’a donné des instructions claires. Cette famille ne peut pas vivre ici gratuitement, alors il faut qu’ils mettent la main à la patte.

Coura était tellement peinée qu’elle en avait pleuré toutes les larmes de son corps. Elle était ainsi restée sur cette position pendant un bon bout de temps avant de se lever et de se décider à prendre une douche. Il fallait qu’elle réfléchisse à leur sort, il fallait qu’elle trouve un moyen de sortir ses enfants de cette maison. Mais comment ? se demandait elle en sirotant son café froid.

*Cette histoire est une création originale, dont tous les droits sont reservés à Nana Niang. Toute reproduction ou plagiat fera l'objet de poursuites*

Elle était moralement épuisée, et avait juste une envie de vivre une vie tranquille avec ses mômes ; Mais elle se rendait bien compte que ce n’était pas chose facile, se disait-elle.

- Bonjour maman !

La voix de sa fille la tira de sa léthargie, mais elle se ressaisit et lui murmura : bonjour bébé ! tu as fini tôt aujourd’hui ?

- Euh oui. En fait-on... Euh maman je….

Elle releva soudain la tête ne comprenant pas ce qu’il se passe avec sa fille.

- Qu’est ce qui t’arrive Dieba ????

- En fait maman, j’ai apporté mes notes du premier semestre.

Coura fronça les sourcils. D’habitude, Dieba était si pressée de montrer ses notes pour la simple raison qu’elle travaille bien à l’école. Mais là, elle voyait une sorte de tristesse sur son visage.

- Je peux voir ?

Elle soupira, s’assit à côté d’elle avant d’ouvrir son sac et de sortir une feuille pliée en deux puis la tendit à sa mère.

Quand Coura délia le bout de papier, elle faillit tomber dans les pommes.

- DIEBA ???? C’EST QUOI CA ????

- ….

- 4 en math, 2 en GEOGRAPHIE ??????

- Maman je…

- Mais qu’est ce qui te prend Dieba ????

Des larmes coulèrent soudain sur le visage de sa fille. Coura savait qu’elle ne dira jamais ce qu’elle vivait dans la maison et, elle s’adoucit.

- Parle-moi Dieba. Dis-moi ce qui t’a empêché de bien travailler.

- Maman tu nous a formellement interdit de raconter…

- Cette fois ci je te l’autorise.

La petite essuya ses larmes avant de commencer. Et pendant toute la durée de son récit, Coura avait juste la confirmation de cette bribe de conversation qu’elle avait entendu entre la lingère et Rokhaya. Elle écoutait attentivement et quand elle finit, elle lui prit la main et lui demanda de la suivre.

Bien sûr, son cœur de mère s’était révolté, et elle avait voulu aller régler cela avec sa sœur. Mais sur le chemin, en allant dans cette plus grande partie de la maison, elle rencontra sa mère !

- Loy def fi Coura (qu'est ce que tu fais ici)???? on ne t’avait pas dit de ne pas t’approcher de cette partie de la maison ?

- POURTANT VOUS N’INTERDISEZ PAS À MES ENFANTS DE S’Y APPROCHER DU MOMENT OÙ ILS FONT TOUTES LES TACHES MENAGERES DE CETTE MAISON, OU PRESQUE ….

Mère yakhara !

Une femme aussi méchante qu’aigrie !!!

- COURA MBAYE C’est à moi que tu parles comme ça ? moi ta mère ?

Elle baissa la tête avec une forte envie de pleurer mais au même moment, Madjiguene qui avait surement entendu tout le bruit les avait rejoint.

- Yaye qu’est ce qu’il se passe ici ?

- Ah khana ta sœur, elle se permet de mal me parler et de nous accuser d’être les raisons de l’échec scolaire de ses rejetons !

Coura écarquilla les yeux : ay yaye !!!!

Mais Madjiguene s’approcha dangereusement de sa sœur avant de lui lancer : qu’est-ce que tu as fait Coura ? qu’est-ce que tu nous reproches vas-y je t’écoute.

Mais Coura était juste amusée par le ton que sa sœur avait utilisé pour lui parler. Elle soupira avant de lui répondre de la même façon : Madjiguene, je sais que le fait que je sois ici ne te plait pas, ni à toi ni à notre mère. Je te demande juste de laisser mes enfants en paix.

- MAIS IOW COURA DIMBALIGNOU AK MES ENFANTS. KHANA IOW REK YAFI AM DOM ??? HEIN ???? (fous nous la paix avec tes enfants. Tu penses être la seule à en avoir ?)

Elle sourit à sa sœur et lui murmura : waw Madjiguene, mane rek mafi am dom. Samay dom au moins yarr nalene fimalene wara yarei. Soudoule wone sa diank douma meuss kham metite bi ngene tekk sama dom(oui, je suis la seule à avoir des enfants. N'y étais ta bonne, je n'aurai jamais su le calvaire que vous faites endurer à ma fille) ; elle n’est pas votre boniche encore moins votre esclave.

- VA TE FAIRE VOIR COURA. MANE DOUMA SA MOROM (je ne suis pas ton égale) SURVEILLE TON LANGAGE QUAND TU ME PARLES.

Leur mère s’interposa entre elles avant qu’elles n’en viennent aux mains, mais madjiguene lui jeta à la figure ces mots qu’elle n’oubliera jamais : de toutes les façons, mane ma takh ngene di doundeu, soudoul wone mane si mbedd mi ngene di fanane. Tei war nga santeu sama yaye boubakh nakheté mom moma wakh ma sarakh lene bayilene ngene deuk si keur gui. Imbecile(c'est grâce à moi que vous vivez, n’y était moi, vous alliez dormir à la rue. Et puis, tu dois remercier ma mère car c'est elle qui m'a demandé d'avoir pitié de vous).

Coura n’avait rien dit, elle n’avait rien répondu. Elle s’était juste contentée de prendre la main de sa fille et de l’emmener hors de cet endroit. Et ce qu’elle ne savait pas c’était que son fils avait tout vu et tout entendu. Quand elle entra enfin dans la chambre, isaac les avait devancé dans la pièce. Il lui murmura : ne t’en fais pas maman ! elles vont toutes payer ce qu’elles viennent de te faire subir.

Maman Coura sourit à son fils avant de s’asseoir à même le sol, la tête entre les mains. Ses enfants ne disaient rien, se contentant juste de la regarder puis doucement, elle leva la tête avant de leur souffler : préparez vos affaires on part. prenez juste le nécessaire quand on sera installés, j’enverrai quelqu’un récupérer le reste.

Isaac et Dieba s’étaient donc précipités de prendre leurs affaires personnelles et la nuit tombée, ils avaient quitté cette maison pour une destination inconnue.

La nuit était longue et très terrifiante, mais en sortant de la maison de sa sœur par fierté, Coura Mbaye était loin de se douter qu’elle dormirait sur les bancs du jardin public de la Sicap, avec ses enfants.

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