
Le Piège D'Un Amour Dévastateur
Chapitre 2
Je suis morte un jour de pluie, écrasée par une foule en colère.
Leurs visages déformés par la haine, leurs cris perçants, l'odeur de la boue et du sang, tout est encore gravé dans ma mémoire.
Mon mari, Paul, était déjà brisé.
Son nom, autrefois synonyme de l'excellence culinaire parisienne, était devenu une insulte.
On l'appelait le "chef violeur".
Tout ça à cause de Manon et Chloé.
Nos filles.
Nos filles adoptives.
Ces deux jeunes "femmes" que nous avions sorties d'un orphelinat géré par des religieuses, que nous avions aimées, chéries, à qui nous avions offert un avenir.
Elles nous ont tout pris.
Notre réputation, notre argent, notre amour.
Et à la fin, ma vie.
Pourtant, je suis là.
J'ai ouvert les yeux et la première chose que j'ai vue, c'est le soleil de Paris qui filtrait à travers les rideaux de notre chambre.
Paul dormait à côté de moi, son souffle régulier et paisible.
J'ai tendu la main, tremblante, et j'ai touché son visage.
Il était chaud.
Il était vivant.
J'ai attrapé mon téléphone sur la table de chevet, le cœur battant à tout rompre.
La date.
Je devais voir la date.
Mes doigts glissaient sur l'écran.
15 mai.
Un an.
Je suis revenue un an en arrière.
Un an avant l'enfer.
Une semaine avant que Manon et Chloé ne franchissent le seuil de notre maison pour la première fois.
Les larmes ont coulé sans que je puisse les retenir, des larmes de soulagement, de terreur et de rage.
J'ai une seconde chance.
Une chance de tout changer.
Cette fois, je ne serai pas la victime.
Cette fois, je serai le bourreau.
Je me suis levée, je suis allée dans la salle de bain et je me suis regardée dans le miroir.
Camille Dubois.
Éditrice de livres de cuisine, femme d'un grand chef, une vie parfaite sur le papier.
Dans ma vie antérieure, ce visage avait été celui de la pitié, de la faiblesse.
Aujourd'hui, mes yeux ne reflétaient qu'une détermination froide.
Je me souvenais de tout.
Leur arrivée, leur douceur feinte, leurs sourires innocents.
Paul, si heureux d'être enfin père, lui qui était devenu stérile après un terrible accident de voiture des années auparavant.
Il les couvrait de cadeaux, leur promettait une place dans sa prestigieuse école de cuisine.
Il voulait leur donner le monde.
Et puis, le piège s'est refermé.
Quelques mois plus tard, juste avant leur rentrée, la bombe a explosé.
Manon et Chloé, en larmes devant les caméras de télévision, annonçant être enceintes.
Et accusant Paul.
Leur père adoptif.
Le scandale a été immédiat, total, dévastateur.
Les réseaux sociaux se sont enflammés.
Les influenceurs, les journalistes, le public, tout le monde s'est jeté sur nous comme une meute de chiens affamés.
Personne n'a voulu écouter Paul.
Personne n'a voulu croire à son infertilité, prouvée par des dizaines de rapports médicaux.
L'histoire était trop belle : le riche et célèbre chef abusant de deux pauvres orphelines.
Nous avons tout perdu.
Le restaurant, les contrats, les amis.
Nous étions des parias.
La vérité, je ne l'ai découverte que bien trop tard, juste avant de mourir.
Manon et Chloé n'étaient pas des femmes.
C'étaient deux hommes, Marc et Clovis.
Deux hommes transgenres non-opérés.
Amoureux.
Et l'un avait mis l'autre enceint.
Leur plan était simple : nous détruire, nous dépouiller, et utiliser notre argent pour vivre leur amour "au grand jour", comme ils disaient.
Ils nous ont accusés de les avoir empêchés d'être eux-mêmes, alors qu'ils nous manipulaient depuis le début.
J'ai senti une vague de nausée me submerger en repensant à leur duplicité.
Mais la nausée a vite laissé place à une colère glaciale.
Cette fois, il n'y aura pas de procès public.
Pas de lynchage médiatique.
Je connais leur secret.
Je connais leur plan.
Et je vais les exposer au monde entier.
Je suis retournée dans la chambre. Paul s'est étiré en baillant.
"Bonjour, mon amour. Bien dormi ?"
Sa voix douce, pleine d'amour.
La même voix qui, dans un an, serait brisée par les sanglots.
Je me suis penchée et je l'ai embrassé, un baiser long et passionné, un baiser qui portait le poids de notre avenir volé.
"J'ai très bien dormi," ai-je menti avec un sourire. "Je pensais à nos futures filles. J'ai hâte de les rencontrer."
Paul a souri, un large sourire innocent et plein de joie.
"Moi aussi, Camille. Moi aussi. Ça va être le début d'une nouvelle vie pour nous."
Oh oui, mon amour.
Une nouvelle vie.
Mais pas celle que tu imagines.
Cette fois, c'est moi qui écris le scénario.
Et la fin sera sanglante.
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