
Le Piège D'Un Amour Dévastateur
Chapitre 3
Une semaine plus tard, elles étaient là.
Manon et Chloé se tenaient sur le pas de notre porte, deux valises usées à leurs pieds, l'air timide et vulnérable.
Manon, l'aînée, avec ses longs cheveux bruns et son regard faussement doux.
Chloé, la cadette, blonde, le visage parsemé de taches de rousseur, se cachant légèrement derrière sa "sœur".
Elles jouaient leur rôle à la perfection.
Paul était aux anges. Il les a serrées dans ses bras, leur a souhaité la bienvenue, les larmes aux yeux.
"Vous êtes chez vous, maintenant," a-t-il dit, la voix étranglée par l'émotion.
J'ai souri, un sourire que j'espérais chaleureux.
"Bienvenue, les filles. Nous sommes si heureux de vous avoir parmi nous."
Mon cœur battait un rythme lourd et régulier dans ma poitrine.
C'était comme regarder une pièce de théâtre dont je connaissais déjà la fin tragique.
Mais cette fois, j'avais le pouvoir de changer le dernier acte.
Pendant que Paul leur faisait visiter la maison, je les observais.
Chaque geste, chaque regard.
Manon, ou plutôt Marc, était clairement le leader. C'est elle qui parlait, qui posait les questions, le regard balayant notre appartement luxueux avec une avidité à peine masquée.
Chloé, ou Clovis, était plus en retrait, plus nerveuse.
Je savais pourquoi.
Dans ma vie antérieure, j'avais appris que Chloé était déjà enceinte de quelques semaines à leur arrivée.
La nausée matinale ne tarderait pas à se manifester.
Je devais trouver une preuve. Une première fissure dans leur armure.
Le soir, au dîner, j'ai servi le plat que Paul avait préparé avec amour.
Un magret de canard, avec une sauce aux figues et au porto, accompagné d'une purée de panais.
Et sur la table, j'avais placé un magnifique plateau de fromages.
Avec, en pièce maîtresse, un Époisses bien affiné, au parfum puissant et pénétrant.
"J'espère que vous avez faim," ai-je dit d'un ton enjoué. "Paul a mis tout son cœur dans ce repas."
Manon a souri. "Ça sent divinement bon, Camille. Merci."
Chloé a simplement hoché la tête, le visage un peu pâle.
Le repas s'est bien passé. Elles ont complimenté Paul, ont raconté quelques anecdotes édulcorées sur leur vie à l'orphelinat.
Puis, le moment est venu.
J'ai pris le plateau de fromages et je l'ai approché d'elles.
"Un peu de fromage pour finir ? C'est un Époisses de Bourgogne, une pure merveille."
J'ai délibérément placé le fromage juste sous le nez de Chloé.
L'effet a été instantané.
Son visage est devenu verdâtre.
Elle a porté une main à sa bouche, ses yeux s'écarquillant de panique.
"Excusez-moi," a-t-elle balbutié avant de se lever précipitamment de table et de courir vers la salle de bain.
On a entendu le son violent de ses vomissements.
Paul s'est levé, inquiet.
"Mon Dieu, qu'est-ce qui lui arrive ? Elle est malade ?"
Manon a posé une main apaisante sur son bras.
"Ne t'inquiète pas, Paul. Chloé a toujours eu l'estomac fragile. Le voyage, l'émotion... ça doit être trop pour elle."
Son calme était parfait. Trop parfait.
J'ai joué la mère attentionnée.
"Pauvre petite. Je vais aller voir si elle a besoin de quelque chose."
J'ai suivi Chloé jusqu'à la salle de bain. La porte était entrouverte.
Elle était à genoux devant les toilettes, le corps secoué de spasmes.
"Chloé, ça va ?" ai-je demandé doucement en entrant.
Elle a sursauté en me voyant.
"Oui, oui... ça va passer. C'est juste... l'odeur du fromage. Je n'ai pas supporté."
Je me suis accroupie à côté d'elle, j'ai pris une serviette humide et je lui ai tamponné le front.
"Tu es sûre que ce n'est que ça ? Tu es très pâle. Peut-être que tu couves quelque chose."
Mon regard a glissé sur son ventre plat.
Pas pour longtemps.
Elle a évité mes yeux.
"Non, je vous assure. Je suis juste fatiguée."
Manon est arrivée à ce moment-là.
"Comment tu te sens, ma chérie ?"
Elle m'a lancé un regard rapide, un éclair de méfiance.
Elle a aidé Chloé à se relever et l'a prise dans ses bras.
"Je vais la mettre au lit. Elle a besoin de se reposer."
"Bien sûr," ai-je dit. "Prenez soin d'elle."
Je les ai regardées s'éloigner dans le couloir, Manon soutenant Chloé.
La première pierre était posée.
Le doute était semé, du moins dans mon esprit.
Cette réaction n'était pas celle d'un estomac fragile.
C'était la réaction d'une femme enceinte.
Ou, dans ce cas précis, d'une personne enceinte.
Je suis retournée dans ma chambre.
Paul était en train de débarrasser la table, l'air soucieux.
"J'espère que ce n'est rien de grave," a-t-il dit.
"Ne t'en fais pas, mon amour. Je suis sûre que demain, tout ira mieux."
Mais je savais que ce n'était que le début.
J'ai ouvert mon ordinateur portable.
J'ai tapé "caméra espion miniature" dans la barre de recherche.
Des dizaines de modèles sont apparus.
Des stylos, des réveils, des chargeurs USB.
Indétectables. Parfaits.
J'en ai commandé quatre, avec livraison express pour le lendemain.
Il était temps de passer à l'étape supérieure.
Il me fallait des preuves.
Des preuves irréfutables.
Et j'allais les obtenir.
Coûte que coûte.
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