
Le pari du milliardaire Ivankov
Chapitre 3
Agatha trembla en le regardant partir dans la nuit noire, d'une démarche déterminée, sûr de lui. En réalité, elle aurait pensé qu'il insisterait. Elle s'était trompée. Un soûlard débarqua dans l'abribus et se laissa tomber à côté d'elle en parlant en russe, un sourire au coin des lèvres, la détaillant de bas en haut ; lorsqu'il se rapprocha d'elle, son haleine la fit grimacer. Elle bondit sur ses jambes, ramassa ses affaires et accourut dans la direction qu'il avait empruntée. Elle le vit descendre dans un parking souterrain.
- Attendez ! Monsieur Ivankov !
Apollon s'arrêta et se retourna en réprimant sa satisfaction. L'attitude butée de la jeune femme n'avait pas duré longtemps. Affolée, elle courut jusqu'à lui, le souffle court.
- Je... d'accord, j'accepte votre aide.
Apollon la considéra sans baisser la tête, seulement les yeux. Cheveux blonds dorés, les yeux bleu foncé... Apollon s'arrêta sur ses lèvres pleines et charnues et remonta lentement ses yeux sur son petit nez. Sous ce manteau beige mal attaché, il y devinait un corps parfait. Était-elle mannequin ? Ou simple Américaine perdue ? Il ne savait pas ce qui l'attendri le plus : le fait qu'elle le noie de compliments pour qu'il l'aide à retrouver son amie, ou son petit minois irrésistible. Il la vit rougir en essayant de replacer une mèche dans son chignon strict.
Il soupira et, d'un geste de la tête, lui ordonna de le suivre. Elle le suivit en silence. Il lui ouvrit la portière et, d'une main preste, l'invita à monter.
- Ne me regardez pas comme le grand méchant loup, dit-il en la voyant hésiter.
- Je n'ai jamais pensé ça, enfin ! s'écria-t-elle en prenant place.
Il claqua la portière et fit le tour pour s'installer.
- Est-ce qu'il est possible de faire un petit détour à cette adresse ? Penelope me l'avait envoyée par message. Peut-être qu'elle y est.
Apollon y jeta un coup d'œil et démarra sans un mot. Ils s'engagèrent sur la nationale. Il la regarda dans son rétroviseur. Pas un mot ne fut échangé pendant le trajet. Il se gara enfin devant l'adresse indiquée.
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, mademoiselle Kristy.
- Et pourquoi ça ? demanda-t-elle en débouclant sa ceinture. Penelope y était il y a deux jours, je suis sûre qu'ils peuvent m'aider.
Apollon réprima un sourire et ne l'empêcha pas de sortir de la voiture. La suite allait sûrement être drôle, et il ne voulait pas rater ça pour rien au monde. Alors qu'elle s'engageait sur la route déserte, Apollon s'adossa à sa voiture, bras croisés. Elle se retourna dans sa trajectoire, l'air penaud.
- Vous ne venez pas avec moi ?
- Oh non, allez-y, je vous attends ici.
Avec un petit air méfiant, elle haussa les épaules.
- D'accord, alors attendez-moi. Je vais sûrement en avoir que pour quelques minutes.
- Oh, croyez-moi, mademoiselle Kristy, vous serez de retour d'ici... Apollon consulta sa montre. D'ici une minute, tout au plus.
Elle plissa du front et se retourna quand même en direction de l'établissement. Apollon se retint de rire et l'observa gravir les marches.
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