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Couverture du roman Le pardon et la grâce

Le pardon et la grâce

À quinze ans, Lolita délaisse ses racines paysannes et les oliveraies de Jaén pour entrer au service des Calderon de Montiel à Grenade. Analphabète et humble, la jeune fille affronte le quotidien rigoureux imposé par une maîtresse de maison tyrannique. Son existence monotone bascule pourtant lors du retour inattendu d'Eduardo, le fils de la famille. Ce récit de José Marquez nous plonge dans l'Andalousie des années 30, où une rencontre peut briser toutes les servitudes.
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Chapitre 1

Préface

Le but n’était pas de créer un livre parfait, mais l’imagination de José m’a fait voyager dans une Andalousie au parfum d’olivier où chaque page m’a permis de vivre aux côtés de ces personnages.

Myriam M.

Ce livre ne va prendre vie que par votre lecture.

C’est vous qui allez lui donner la vie.

En tournant ses pages, vous allez créer ce monde imaginaire dans lequel évoluent les personnages.

José Marquez

Ce livre est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les évènements relatés sont le fruit de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés à des fins de fiction. Toute ressemblance avec des faits avérés, des lieux existants ou des personnes réelles, vivantes ou décédées, serait purement fortuite.

Le soleil était à son zénith, le ciel, lui, était d’un bleu azur immaculé, Manolo allait d’un pas lent sur le petit chemin caillouteux qui suivait les courbes du paysage. Ici, comme dans toute cette région montagneuse, la végétation n’était faite que de champs de céréales et des oliviers à perte de vue. Manolo serpentait sur ce petit chemin entre oliviers et céréales en tendant l’oreille et percevait le ruissellement de la rivière Campillo, ainsi que le roulement des cailloux qui se déplaçaient à chacun de ses pas. Le chemin descendait à présent entre deux talus de pierres blanches où quelques touffes d’herbes sèches apparaissaient entre elles.

L’homme était de taille moyenne, mais bâti solidement. Noirci par ce soleil andalou qui, du matin au soir, pouvait brûler tout sur son passage. C’était un de ces paysans sans instruction, mais qui avait appris presque seul à lire et à écrire, car il avait croisé sur son chemin, étant enfant, un vieil homme qui, à l’entendre, avait fait toutes les guerres d’Espagne. Il n’arrêtait pas d’en parler. Et personne n’osait l’interrompre quand il commençait ses récits. Cela pouvait durer des heures entières, nul ne savait si un traître mot était vrai là-dedans, mais tout le monde se laissait emporter par ses mots riches et complexes, en misère, en voyages, en femmes, et en hommes célèbres. Mais seul un petit garçon a pu croire à toutes ces histoires et ce garçon était Manolo. Une grande amitié était née entre l’enfant et l’homme érudit, car celui-ci s’était mis en tête d’écrire ses mémoires, mais pour effectuer ce travail qui semble un peu fastidieux, il lui fallait un secrétaire, et il entreprit d’apprendre à lire et à écrire à ce petit garçon qui, lui, préférait traîner pied nu dans les ruelles poussiéreuses et brûlantes de son village où les maisons étaient blanchies à la chaux, des ruelles en terre battue, et où tout le monde se connaissait. Mais en fin de compte, il se laissa convaincre. Ils passèrent des jours et des nuits, des semaines et des mois à l’apprentissage de l’alphabet, à écrire et à rédiger sur un cahier à pages jaunies, si bien que Manolo avait son index noirci par l’encre, mais rien ne plaisait au vieil homme si bien qu’ils passèrent des heures à écrire et à réécrire les premiers mots d’un impossible livre qui n’existait plus que dans la mémoire de Manolo. Aujourd’hui le vieil homme était parti, mais ce petit garçon qui est devenu un homme se souvient toujours.

En ce début d’été, l’air était étouffant, et avec ce temps clair, on pouvait deviner au loin les formes de la Sierra Nevada. Manolo, qui n’était jamais sorti de sa province, aimait ce paysage, exceptionnel à ses yeux. D’un regard, il embrassait tout le paysage, le sien. Lui qui n’avait voyagé que dans les récits du vieil homme, et qui avait rêvé qu’un jour il partirait, tout au bout de ce paysage, voir d’un peu plus près cette sierra Nevada que l’on disait si haute qu’il fallait plus d’une semaine pour la gravir. Tout d’un coup, le bruit de la rivière Campillo le fit revenir à lui. Il savait qu’au détour de ce champ d’oliviers, il serait chez Manuel Valdivia. Son compère comme il aimait l’appeler, Manuel, habitait là à l’écart du village dans une petite maison peinte à la chaux, cette maison qui a été construite par l’arrière-grand-père paternel. Son grand-père et son père y étaient nés ainsi que lui, ce gros bloc rectangulaire qui dominait des champs d’oliviers à perte de vue, dont le toit était recouvert de tuiles de différentes couleurs. Cela donnait un cachet de pauvreté supplémentaire à cette maison. Devant chez Manuel, un olivier était là, majestueusement planté. Il devait avoir au moins 600 ans, son gros tronc tout noueux au bois dur et dense à l’écorce brune et crevassée. Celui-ci lui servait de parasol où toute la famille pouvait prendre les repas à la fraîche. Contre l’un des murs blancs, un banc de pierre mouchetée de soleil que laissait passer le feuillage de l’olivier, là où plus de deux siècles de confidences, de disputes, et de mots d’amour ont été interprétés par cette famille andalouse de souche. Juste derrière la maison, une petite source laissait couler un léger filet d’eau fraîche. Le grand-père de Manuel avait même construit un petit bassin tout carrelé au motif mauresque, et c’est là qu’ils pouvaient recueillir l’eau pour les besoins de la maison. Manolo aimait cet endroit, il marqua un temps d’arrêt pour admirer tout à son aise le tableau qui s’offrait à lui, le soleil faisait briller cette maison d’un blanc virginal avec ses deux petites fenêtres aux barreaux en fer forgé. La porte de la maison était comme à son habitude ouverte, avec un rideau pour éviter que les mouches ne pénètrent dans la maison. Ce rideau fait dans un tissu de matelas à rayures, mais aux couleurs délavées par le soleil, avait dû être installé à cet endroit dès que la maison fut terminée, et depuis, il n’a jamais été décroché. Sur le côté, une chaise adossée au mur attendait que l’on vienne s’y asseoir, et deux ou trois poules picoraient entre les cailloux à la recherche de quelques miettes de pain tombées pendant les repas. Manolo, lui, aurait pu vivre dans cette maison les yeux bandés, car il n’y avait qu’une seule pièce. En entrant à gauche, une longue table, en bois, noircie par la fumée du brasero que l’on allumait les soirs d’hiver. Bien sûr, dans cette région d’Espagne, on ne l’allumait pas souvent, mais vu qu’il était là depuis tant d’années, la fumée avait fait son effet. Sur le côté droit, une paillasse dure et usée à même le sol, c’était l’univers de Manuel et Carmen. Manuel et Carmen avaient eu trois enfants, un garçon à qui l’on avait donné le prénom du père qui était celui aussi de son grand-père paternel, et deux filles, les deux plus grands enfants étaient déjà placés, le garçon chez un riche propriétaire de chevaux à Séville et la fille à Jaén chez des marchands de biens. La plus jeune venait d’avoir quinze ans elle était en âge de partir, elle aussi, servir la bourgeoisie de Jaén ou de Grenade. Dans cette partie de l’Andalousie, cela était la coutume que les filles partent travailler à la ville, ainsi elle pouvait apprendre à coudre, broder, tenir une maison.

Carmen avait entendu du bruit sur le chemin et elle s’était levée de la table où elle était en train d’éplucher les pommes de terre pour le repas du soir.

« Holà, Manolo, rentre donc dans la maison, car dehors il fait trop chaud. »

Elle était là dans l’encadrement de la porte, elle regardait s’approcher lentement Manolo qui s’essuyait le front avec son mouchoir.

— Holà Carmen, où est donc passé ton chien d’habitude il vient toujours à ma rencontre ?

— Le chien, cette saloperie, ça fait quatre jours qu’il est parti, sans doute courir après des chiennes en chaleur.

Manolo se mit à rire, un de ces rires qui résonnent dans la campagne.

— Et Manuel ? Lui aussi, il est parti courir ? Parfois si c’est pour dire des bêtises que tu es venu, alors tu peux repartir ?

Et avec un grand sourire aux lèvres, Manolo s’approcha de Carmen en lui disant.

— Je ne vais pas rentrer, je viens simplement pour du travail.

— Du travail ? Tu as besoin d’argent ?

— Non, Carmen, je viens pour du travail, pour ta plus jeune fille.

— Pour qui, pour ma Lolita ?

— Oui, tu m’avais bien dit qu’elle était en âge de partir ? Tu te souviens ? Tu m’avais demandé si je pouvais lui trouver une place à la ville.

Carmen ne disait plus rien, elle savait bien qu’un jour ou l’autre sa fille devrait partir aussi, et qu’elle se retrouverait toute seule avec Manuel.

— Mais pas si vite !

Manolo, au vu de la tristesse dans le regard de Carmen, posa avec tendresse sa main sur son épaule :

— Allez va, ne soit pas trop triste, elle ne part pas bien loin, rassure-toi !

— Comment ça pas loin ? Tu ne vas tout de même pas me dire que tu sais déjà où tu vas l’installer ?

— Mais pourquoi crois-tu que je sois venu spécialement aujourd’hui ?

— Et Manuel, il n’est pas là ?

— Normalement, il ne devrait pas tarder, veux-tu l’attendre ?

— Oui, je crois qu’il vaudrait mieux que vous soyez là tous les deux.

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