
Le Pacte Inattendu : L'Épouse du Seigneur des Ombres
Chapitre 2
Lila hocha la tête, incapable de soutenir son regard plus longtemps.
« Tu ne sembles pas aussi effrayée que les autres. La plupart des gens ne peuvent à peine soutenir mon regard. »
Son cœur manqua un battement. Il avait raison, bien sûr. Depuis qu'elle était entrée, elle avait été terrifiée, mais pas comme les autres. Elle avait ressenti autre chose. Quelque chose qu'elle ne comprenait pas encore.
« Je suppose que je n'ai pas le choix, » murmura-t-elle.
Caïn pencha légèrement la tête, comme s'il analysait chacun de ses mots. « C'est vrai. » Il s'éloigna d'elle, retournant vers son trône, mais avant de s'asseoir, il s'arrêta et tourna à nouveau son regard vers elle. « Tu seras ma femme, Lila. Mais sache que cela ne signifie pas que tu es en sécurité ici. Le danger ne vient pas seulement de moi. »
Lila sentit un froid glacial lui parcourir la colonne vertébrale. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Elle ouvrit la bouche pour poser la question, mais Caïn leva la main.
« Tu es fatiguée. Va te reposer, nous parlerons davantage demain. »
Un domestique apparut soudainement à l'entrée, comme s'il avait été convoqué en silence. « Mademoiselle, je vais vous conduire à vos quartiers. »
Lila jeta un dernier regard à Caïn, espérant percevoir quelque chose dans ses yeux, mais il ne lui accorda plus d'attention, comme s'il l'avait déjà oubliée. Elle suivit le serviteur, le cœur lourd, se demandant dans quelle sorte de piège elle venait de se jeter.
Le long corridor qui menait à ses quartiers était tout aussi oppressant que le reste du manoir. Les murs, recouverts de portraits anciens et de tapisseries poussiéreuses, semblaient raconter des histoires oubliées, et chaque porte fermée qu'ils dépassaient laissait entrevoir des mystères qu'elle n'osait même pas imaginer.
Le serviteur s'arrêta finalement devant une grande porte en bois, l'ouvrant avec une clé qu'il portait autour du cou. « Voici vos appartements, Madame. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, tirez cette corde et un domestique viendra à vous. »
Lila hocha la tête, le remerciant d'une voix faible, avant de s'avancer dans la chambre. Elle était grande, décorée avec une certaine austérité, mais il y avait quelque chose de rassurant dans l'odeur du bois ancien et des draps propres. Elle s'assit sur le bord du lit, regardant autour d'elle.
Ses pensées tournaient sans fin. Caïn n'était pas ce à quoi elle s'attendait. Certes, il était effrayant, mais il n'était pas la brute monstrueuse que les rumeurs dépeignaient. Il était bien plus complexe que cela, et cette complexité la troublait.
Mais ce qui la troublait encore plus, c'était la dernière chose qu'il avait dite. « Le danger ne vient pas seulement de moi. » Que voulait-il dire par là ? Était-elle en danger ici, dans ce manoir ? Et si oui, de quoi ? Ou de qui ?
Perdue dans ses pensées, Lila sentit une fatigue écrasante l'envahir. Elle retira doucement sa robe de mariée, la laissant tomber au sol, avant de s'enrouler dans les couvertures épaisses. Demain serait une nouvelle journée, et elle aurait des réponses, espérait-elle.
Mais avant que le sommeil ne la prenne, une ombre passa sous la porte. Une silhouette indistincte, qui disparut aussi vite qu'elle était apparue. Lila se redressa brusquement, mais il n'y avait rien. Seuls les battements rapides de son cœur résonnaient dans la chambre silencieuse.
Le lendemain matin, Lila se réveilla avec une étrange sensation de malaise, bien qu'elle ait dormi profondément. Les souvenirs de la veille la frappèrent comme un coup de tonnerre. La rencontre avec Caïn, sa présence imposante, ses paroles mystérieuses... Tout cela semblait presque irréel, mais elle était bien là, dans le manoir du Seigneur des Ombres. La lumière pâle du jour filtrait à travers les lourds rideaux de velours qui ornaient sa fenêtre. Un frisson parcourut son corps tandis qu'elle se rappelait l'ombre qu'elle avait aperçue la nuit dernière. Était-ce réel ? Ou seulement le produit de son imagination, exacerbée par la peur et l'incertitude ?
Elle se redressa et sortit du lit, ses pieds nus touchant le sol froid de la chambre. Les domestiques avaient déjà déposé un plateau avec du pain frais, du beurre et des fruits. Un petit luxe qui ne lui apporta pourtant aucun réconfort. Alors qu'elle s'habillait, une question résonnait dans son esprit : à quoi Caïn avait-il fait allusion en parlant de danger ? Il était certain qu'il n'était pas un homme ordinaire, mais qu'avait-il sous-entendu par ces mots troublants ?
Tandis qu'elle finissait de se préparer, un léger coup retentit à la porte. Lila se figea un instant, son esprit revenant brièvement à l'ombre de la nuit précédente. Puis, prenant une inspiration pour calmer ses nerfs, elle ouvrit la porte. Devant elle se tenait une jeune femme en uniforme de domestique. Ses yeux étaient baissés, mais elle semblait nerveuse, presque tremblante.
« Madame, le Seigneur Caïn vous attend pour le petit déjeuner dans la grande salle, » annonça la jeune femme d'une voix si basse que Lila dut tendre l'oreille pour l'entendre.
« Merci, » répondit Lila doucement, essayant de masquer sa propre nervosité. « Je suis prête. »
La jeune domestique hocha la tête et fit un pas de côté pour lui indiquer le chemin. Lila sortit de la chambre et suivit la jeune femme à travers les couloirs sinueux du manoir. À chaque tournant, elle sentait que les murs se refermaient sur elle, leur poids presque oppressant. L'atmosphère de cet endroit était lourde, comme si chaque pierre était imprégnée de secrets millénaires.
Lorsqu'elles arrivèrent enfin dans la grande salle, Lila fut frappée par le contraste saisissant entre le manoir sombre et cette pièce baignée de lumière. Des fenêtres immenses laissaient entrer le soleil matinal, illuminant la table massive en bois sur laquelle étaient disposés de nombreux plats. Caïn était déjà là, assis à la tête de la table, en train de feuilleter distraitement un vieux livre relié de cuir. À la vue de Lila, il referma le livre et leva les yeux vers elle.
« Bonjour, Lila, » dit-il d'une voix calme mais ferme. « J'espère que tu as bien dormi. »
Elle hésita avant de répondre. « Oui... merci, j'ai bien dormi. »
Il lui fit signe de s'asseoir en face de lui. « Tu as des questions, je le vois dans tes yeux. N'aie pas peur de les poser. »
Lila inspira profondément avant de s'asseoir. Elle savait qu'elle ne pouvait pas se montrer trop hésitante. Elle était ici maintenant, mariée à cet homme qu'elle connaissait à peine, et elle devait comprendre dans quoi elle s'était engagée.
« Hier soir, vous avez dit que le danger ne venait pas uniquement de vous. Qu'est-ce que cela signifie ? » demanda-t-elle d'une voix qu'elle espérait assurée.
Caïn la fixa pendant un long moment, ses yeux gris étincelant d'un éclat indéchiffrable. Il semblait peser ses mots avant de parler, comme s'il considérait soigneusement ce qu'il était prêt à lui révéler.
« Le monde dans lequel tu es entrée, Lila, est bien plus complexe que ce que tu imagines, » commença-t-il, sa voix basse résonnant dans la grande salle. « Ce manoir, notre mariage, et tout ce qui nous entoure... cela va au-delà des simples convenances humaines. Il y a des forces en jeu, des forces anciennes qui dépassent ce que tu as pu entendre dans les contes et les rumeurs du village. »
Lila sentit un frisson parcourir sa peau. Chaque mot qu'il prononçait la plongeait davantage dans un océan d'incertitude. Elle avait toujours su que ce mariage ne serait pas ordinaire, mais elle n'avait jamais imaginé une telle portée.
« Des forces anciennes ? » répéta-t-elle, tentant de comprendre. « Que voulez-vous dire ? »
« Ici, » dit Caïn en faisant un geste large pour désigner le manoir, « rien n'est vraiment ce qu'il semble être. Je te protégerai, mais il y a des choses auxquelles même moi je ne peux échapper. Des ombres plus anciennes que le temps lui-même. Et ces ombres... elles ont des attentes. »
« Des attentes ? » Elle fronça les sourcils, une vague d'inquiétude s'emparant d'elle. « Pourquoi m'avoir choisie, alors ? Pourquoi moi ? »
Caïn posa lentement sa tasse de thé et se pencha légèrement en avant, croisant son regard. « Je ne t'ai pas choisie par hasard, Lila. Il y a une raison pour laquelle tu es ici. Tu n'es pas simplement une épouse destinée à combler une tradition. » Il marqua une pause, observant sa réaction. « Tu as un rôle à jouer. Mais je ne peux pas encore te révéler tout. »
Les mots de Caïn laissèrent Lila abasourdie. Un rôle à jouer ? Comment pouvait-elle avoir un rôle dans tout cela alors qu'elle avait à peine connaissance des règles de ce jeu sinistre ?
Avant qu'elle ne puisse poser une autre question, un bruit se fit entendre dans le couloir, comme un murmure ou un gémissement lointain. Les domestiques, qui s'affairaient silencieusement autour de la salle, se figèrent instantanément. Caïn, lui, ne réagit pas. Ses yeux restèrent fixés sur Lila, mais elle sentit un changement subtil dans son attitude, comme s'il attendait quelque chose.
Le murmure se transforma en un souffle étrange, puis le silence retomba brusquement. Le temps sembla s'étirer, et Lila sentit son cœur s'emballer.
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