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Couverture du roman Le monstre de Syrcas

Le monstre de Syrcas

Altor est une créature redoutable dont la force démesurée échappe à son contrôle, le condamnant à une solitude forcée pour protéger autrui. Rejeté par ses semblables, il trouve un soutien inattendu auprès de la princesse Eryn. Pour racheter ses fautes et dompter son énergie destructrice, il accepte de défendre le royaume à ses côtés. Leur mission est cruciale : terrasser Gordios, une entité millénaire menaçant de s'emparer d'Istakhr. Réussiront-ils ce périlleux défi ?
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Chapitre 3

Il y a six enfants dans le cirque, tous des abominations, le plus jeune n’a que six ans et la plus grande en a treize. Dès leur arrivée le calme laisse place à l’agitation, comme tout enfant qui se respecte ils font du bruit, crient et rient très fort, les jumeaux en tête. Ils ont onze ans et sont arrivés il y a quatre ans déjà. Ils débordent d’énergie, surtout Telio qui est un petit garçon très vif, souvent arrogant et malgré tout attachant, enfin, quand il est calme. Alors que sa sœur est plus douce, mais n’a rien à envier à son frère question caractère. Certains pouvoirs d’abomination ne se manifestent pas durant l’enfance et c’est le cas pour ces deux-là. En revanche il est physiquement impossible de se tromper sur leur nature, Tirid possède une corne au-dessus de l’œil gauche et Telio en a une au-dessus de l’œil droit. À peine installé, ce dernier me cherche déjà.

— Vous connaissez pas la dernière ? Altor ne tient plus debout et s’est étalé de tout son long dans les cuisines en cassant une montagne d’assiettes.

— Comment tu sais ça toi ?

— Ogar me l’a dit quand je l’ai croisé dehors.

— Il perd pas de temps celui-là, la prochaine fois que je le croise, il va comprendre qui je suis.

— Alors c’est vrai ? Je croyais qu’il disait ça juste pour se rendre intéressant. La honte, j’aurais trop aimé être là pour te voir te ramasser comme…

— Ça suffit Telio, tu vas encore aller trop loin.

Je suis content que Tharel intervienne, je vais pouvoir esquiver le sujet.

— Et toi, tu as oublié de nous le dire ou je me trompe ?

Ou pas.

— C’était pas si important. Et ne fais pas comme si t’étais pas au courant, Meltéoc te l’a dit tout à l’heure.

— Raté, il m’a simplement dit que vous aviez eu un accrochage.

Le géant s’esclaffe et tous l’accompagnent, j’en ferais bien autant si je n’avais pas aussi honte. Mais heureusement, Cordelia arrive et détourne l’attention.

— Coucou tout le monde !

— Coucou petit ange, viens t’asseoir. Comment s’est passée ta journée ?

— Très bien, et Telio m’a aidé aujourd’hui.

— Vraiment ?

Je me tourne vers Telio qui détourne le regard, c’est un garçon adorable et serviable qui, malheureusement, préfère jouer aux durs. Tandis qu’il cherche à disparaître, je continue de discuter avec Cordelia.

— Tu es prête pour ce soir ?

— Oui, tout est prêt et j’arrive enfin à faire l’enchaînement des trois anneaux.

— Tu seras donc la meilleure ce soir ?

— Oui !

Celle que j’appelle mon petit ange fait partie des enfants artistes, elle est dotée de magnifiques ailes aux plumes d’un blanc immaculé et fait un numéro de voltige incroyable du haut de ses neuf ans.

La fin du repas se passe dans le calme et la bonne humeur, puis nous partons tous vers le chapiteau car l’heure approche. Nous marchons tranquillement et les premiers spectateurs se bousculent aux guichets. Beaucoup d’enfants courent et chahutent, certains hurlent sur leurs parents et Tharel commente la scène.

— Encore un qui fait un caprice, heureusement que les nôtres sont mieux élevés et plus sages, pas vrai les gosses ?

Ils crient à l’unisson un grand « oui » et sont ravis de ce compliment fort mérité, car contrairement à ces enfants gâtés qui n’en ont jamais assez, ceux de la troupe savent ce que c’est de ne rien posséder et sont reconnaissants de ce qui peut leur être apporté. Je m’arrête et examine toutes ces personnes, puis je finis par me perdre dans mes pensées tandis que la troupe passe à côté de moi, mais pas pour très longtemps. Je sens un poids me percuter, et avant que je n’aie le temps de comprendre quoi que ce soit, je me retrouve allongé sur le ventre avec Telio sur le dos.

— Ouais ! C’est vrai que tu tiens pas debout !

— Tu vas voir sale môme !

Je me lève et le fais tomber, mais il se redresse en vitesse et part à toute allure.

— Essaye déjà de m’attraper ! me lance-t-il en me tirant la langue.

— Je te jure que si je t’attrape…

— Arrête de causer et cours ! Gros nul !

— Aaaaaah !

Nous passons devant les autres, Telio bouscule tout le monde, y compris Tharel et Awena, mais esquive Tirid et Cordelia alors que je suis toujours sur ses talons. Je le vois entrer sous le chapiteau, mais une fois à l’intérieur, plus rien, je l’ai perdu. Nous arrivons par les coulisses et il y a énormément d’attirails, entre tous les costumes et les accessoires éparpillés partout, ce n’est pas bien compliqué pour un si petit gabarit de se cacher. Pendant que je continue de fouiller partout, les autres arrivent et Tharel m’interpelle.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Ça se voit pas ? Je cherche ce petit morveux, il est forcément quelque part par là.

— Mais t’en as pas marre de te conduire comme un gamin ?

Alors que je me glisse entre deux portants, Tharel saisit ma chemise et me soulève avant de me poser à côté de lui.

— C’est bon, t’as fini ?

— Tu le trouveras pas de toute façon.

Le géant et moi nous retournons vers cette petite voix et Tirid poursuit.

— Il a une cachette que personne ne connaît, même pas moi, il va attendre que tu te lasses pour en sortir.

— Tu entends, ce que tu fais ne sert à rien, alors admets ta défaite et va te préparer.

Rrrrraah ça m’énerve ! Mais j’aurai ma revanche, je ne sais ni quand ni comment, mais je l’aurai. Je ronchonne jusqu’à ma loge où mes vêtements m’attendent, bien pliés sur un tabouret, j’empoigne mon pantalon et entends quelqu’un me parler.

— T’es gentil, tu t’actives, merci.

Je partage ce vestiaire avec deux autres personnes et l’un d’eux me presse. Je trouve qu’il n’a pas la manière de demander, mais comme il passe avant moi, je laisse couler et me dépêche, et puis, plus vite je termine, plus vite je retrouve Cordelia pour l’aider. Je saute dans mon pantalon, enfile mes bottes et passe ma veste en vitesse pour libérer la place. Une fois fait, je pars en direction de la loge des enfants, nous essayons autant que possible de les assister et c’est souvent moi qui prends Cordelia en charge. Sur le chemin, je passe devant l’entrée de la piste et suis happé par le numéro que j’entrevois et reste l’admirer. Tharel porte deux hommes à bout de bras et fait ressortir ses muscles, évidemment il ne porte aucun haut et les femmes ont des étoiles dans les yeux en admirant cette musculature parfaite, de quoi donner des complexes à leurs époux. Puis, une main se pose délicatement sur mon épaule et Awena passe, avec un petit sourire radieux. Elle entre en piste aux côtés de Tharel qui dépose les deux hommes afin de poursuivre son numéro avec sa partenaire. Les yeux des spectateurs masculins s’illuminent à leur tour, il faut dire qu’elle est vraiment jolie. Elle a trente-deux ans et en parait à peine vingt-cinq, elle n’est pas très grande et ne rentrerait pas dans les critères de beauté de la femme parfaite, mais elle possède un véritable charme naturel et un éclat singulier qu’on ne trouve nulle part ailleurs, ainsi que beaucoup de douceur. Ça y est, ils commencent, Tharel l’attrape par la taille et la lance dans les airs. Il répète cette action plusieurs fois et elle s’envole de plus en plus haut en enchaînant les acrobaties. Après quelques minutes, elle finit par prendre la pose alors qu’il ne lui offre pour appui que la paume de sa main. Un tel équilibre, une telle confiance, ils sont vraiment incroyables. Les figures se succèdent et le public est saisi par cette performance. Alors que les applaudissements résonnent, je me dépêche de rejoindre Cordelia. Je la retrouve assise sur une chaise, elle est habillée depuis longtemps et n’attend plus que moi.

— Je peux entrer ?

— Altor ! T’en as mis du temps !

— Je suis désolé, je regardais Tharel et Awena.

— Et moi, tu vas me regarder ?

— Je ne raterais ça pour rien au monde.

Elle part chercher une large ceinture qu’elle porte au-dessus de sa robe. Je l’attache tant bien que mal en me battant avec les plumes de ses ailes, lui brosse les cheveux et la coiffe. Je m’occupe d’elle depuis longtemps et pourtant je ne suis toujours pas très doué, je fais donc la seule coiffure que je maîtrise, une magnifique queue de cheval.

— Et voilà. Attends, ton lacet est défait, tu vas tomber.

Elle regarde ses pieds et revient vers moi, je m’accroupis pour relacer ses chaussures. Une fois fini, elle m’attrape la main pour que je l’accompagne vers l’entrée de la piste. Nous observons les trois numéros qui la précèdent, Cordelia est captivée par les cinq serpents géants. Ils dansent dans les airs et leurs ailes multicolores laissent derrière eux une traînée d’étoiles dorées. Quant à moi je suis ébloui par la prestation suivante, bien plus banale, mais tout aussi spectaculaire, celle des jongleurs de bolas. Lorsqu’ils entrent en piste ils ne paient pas de mine, car le bola est une simple ficelle avec à son bout une petite boule. Mais à la seconde où les lumières s’éteignent, elles s’embrasent et le spectacle commence, le trio fait valser les flammes dans une chorégraphie à la coordination et au rythme parfaits. À présent, dernier numéro avant Cordelia, mes jongleurs préférés entrent en piste. Les jumeaux ne semblent jamais intimidés par la foule, bien au contraire, je crois qu’ils adorent ça. Tirid se poste au milieu de la piste, alors que son frère lui lance un cerceau qu’elle fait tourner autour de sa taille dans un petit mouvement de hanche. Il lui lance un deuxième, puis trois, puis quatre. Le public s’amuse de leur performance, surtout lorsque Telio tourne autour de sa sœur en jonglant avec deux autres cerceaux en jouant les clowns. Puis, Tirid laisse tomber les siens et commence à s’en échanger deux avec son frère. Avec l’aide d’une troisième personne, ils en augmentent le nombre jusqu’à arriver à six qu’ils envoient de plus en plus haut. Et par je ne sais quel prodige, ils parviennent à en rattraper chacun un autour de la taille et deux autres qu’ils font tourner autour de leurs bras. De véritables petits génies. Le numéro fini ils se précipitent vers nous – fiers d’eux – et Telio nous le fait savoir.

— Alors, vous avez vu ça ? C’est qui les meilleurs ?

— Vous, bien sûr. Bravo champion, bravo ma belle !

Je leur tends les mains et ils me tapent dans la paume, ravis que je reconnaisse leur talent. Telio rougit à vue d’œil, puis se tourne vers Cordelia.

— C’est à toi, je te mets au défi de faire mieux.

— Hum !

Tandis qu’ils partent se changer, mon petit ange entre sur scène. Enis, le directeur du cirque et présentateur l’accueille, elle déploie ses ailes et décolle. Elle enchaîne les acrobaties et mon cœur manque un battement chaque fois qu’elle s’approche du sol, mais dans une parfaite maîtrise, elle repart de plus belle jusqu’à traverser trois anneaux suspendus à des hauteurs différentes. Le dernier est ridiculement petit, si elle le rate, elle fera une chute de plusieurs mètres, mais elle réussit avec une facilité déconcertante. Son numéro s’achève, me voilà enfin soulagé tandis qu’elle se presse de me retrouver.

— Comment tu m’as trouvée ?

— Éblouissante.

— T’as vu ça y est ! Je maîtrise l’enchaînement des trois anneaux, me dit-elle en sautillant sur place.

— J’ai vu, défi relevé, tu es plus forte que Telio.

— Oui !

— Tu devrais te dépêcher de le retrouver pour lui dire.

Je la regarde partir, heureuse. Une personne doit passer entre nous et c’est toujours le moment que je choisis pour détourner son attention et l’envoyer à droite à gauche, car je ne tiens vraiment pas à ce qu’elle voit ce que je deviens chaque fois que je franchis le rideau. Comme toujours je m’assure qu’elle soit loin, mais je me fais interpeller.

— La petite s’est très bien débrouillée ce soir.

— Monsieur Enis.

— Ils ont tous assuré, et je tiens à ce que ça continue, compris ?

— Oui, monsieur.

— Bien.

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