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Couverture du roman Le monde des vampires

Le monde des vampires

La Terre a sombré sous le joug des vampires. Tandis que les riches achètent une paix fragile, les pauvres subissent l'esclavage. Les femmes, traitées comme du bétail, sont vendues en boutique comme « animaux de compagnie » avant d'être abattues à vingt-cinq ans. Arrachée aux miens à douze ans, j'ai grandi en cage, redoutant l'instant où un monstre ferait de moi sa chose. Je ne suis plus humaine, je suis une propriété attendant son maître dans ce monde de ténèbres.
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Chapitre 2

Un silence écrasant pesait sur la pièce, étouffant jusqu'à ma propre respiration. Mon corps frissonna sous l'air glacial qui s'infiltrait dans mes os, mais je savais que ce n'était pas uniquement dû au froid. C'était lui.

Il était assis avec une aisance terrifiante, une jambe négligemment croisée sur l'autre, ses doigts effleurant le bras du fauteuil comme s'il caressait la gorge d'une victime invisible. Son regard sombre me fixait, m'analysait, et plus il me scrutait, plus j'avais l'impression qu'il disséquait chaque parcelle de mon être.

Je restai figée, incapable de bouger, incapable de fuir.

- Approche.

Sa voix brisa le silence avec une douceur trompeuse.

Le garde resserra sa prise sur la chaîne à mon cou et tira brutalement, me forçant à avancer malgré moi. Je luttais contre le tremblement de mes jambes, tentant de conserver une once de dignité, mais chaque pas semblait m'entraîner plus profondément dans un gouffre sans fond.

Je m'arrêtai à quelques mètres de lui.

Il ne bougea pas immédiatement. Il se contenta de m'observer encore, comme s'il prenait le temps de peser chaque détail, chaque réaction. Puis, lentement, il se redressa et se leva.

Il était grand. Trop grand. Son ombre m'engloutit instantanément, et je dus lutter contre l'envie instinctive de reculer.

- Quel est ton nom ?

Ma gorge se serra.

Un "animal de compagnie" n'avait pas de nom.

Nous étions des objets, des marchandises. Notre identité, notre passé, tout cela disparaissait au moment où l'on nous arrachait à notre vie. Pourtant, quelque chose au fond de moi refusait d'oublier.

Il attendait.

Son regard pesait sur moi, attendant une réponse que je n'osais pas prononcer.

Le garde tira brusquement sur la chaîne, et je suffoquai sous la pression du collier de fer contre ma gorge.

- Réponds-lui ! cracha-t-il.

Je ravalai la douleur et soufflai faiblement :

- ...Elya.

Ma propre voix me sembla étrangère, si faible, si brisée.

Un silence suivit. Puis, à ma grande surprise, il esquissa un léger sourire. Un sourire qui ne rassurait en rien.

- Elya, répéta-t-il doucement, comme s'il goûtait chaque syllabe. Intéressant.

Il fit un pas vers moi. Je sentis l'air se raréfier.

- Sais-tu pourquoi tu es ici ?

Je ne répondis pas. Parce que je ne savais pas.

D'ordinaire, les "pets" étaient vendues aux enchères, offertes au plus offrant, puis enfermées dans des manoirs où elles passaient le reste de leur misérable existence à servir leur maître. Mais lui... Il n'avait pas eu besoin d'enchères. Il m'avait choisie.

Pourquoi ?

Ses doigts glacés s'élevèrent et effleurèrent mon menton, relevant mon visage de force.

Je frissonnai sous son contact.

- Je vais te dire pourquoi, souffla-t-il près de moi. Parce que tu es différente.

Mes yeux se levèrent vers lui, incrédules.

Différente ? En quoi ?

Il ne me laissa pas le temps de poser la question. Il se recula et déclara d'un ton sans appel :

- À partir d'aujourd'hui, tu es mienne.

Un frisson me parcourut l'échine.

Mienne.

Ce mot sonnait comme une condamnation.

Il recula lentement, ses yeux toujours rivés sur moi, une lueur d'amusement glissant sur son visage impénétrable. Je me retrouvai figée sur place, le regard rivé au sol, incapable de bouger, de réagir.

Ses paroles tournaient dans ma tête comme un écho lancinant : mienne. Je fermai les yeux un instant, me battant contre la vague de terreur qui m'envahissait. Un fragment de ma vieille vie refit surface dans mon esprit, un souvenir fugace de la douceur d'un foyer, d'un rire chaleureux. Une époque où je n'étais pas une chose, mais un être humain, libre de ses choix.

Le son de ses pas sur le sol pavé me fit rouvrir les yeux. Il s'éloignait de moi, et pourtant, l'espace qu'il laissait semblait se remplir d'une pression insoutenable, comme si sa présence omniprésente était gravée dans chaque particule de l'air. Je savais qu'il n'était pas loin, que sa vigilance scrutait mes moindres mouvements.

- Viens ici.

Il parlait toujours avec cette même autorité glaciale, comme s'il ordonnait une simple formalité. Mais derrière cette voix se cachait quelque chose de plus sinistre, de plus ancien. Un pouvoir ancestral qui ne laissait aucune place à la rébellion.

Je m'avançai lentement, mes pieds m'obéissant sans ma permission. Tout mon corps se rebellait contre l'idée de me rapprocher de lui, mais une force invisible me poussait à avancer. Les chaînes autour de mon cou cliquetèrent, le son métallique frappant mes oreilles comme une malédiction.

Il m'observait toujours, impassible. Il me scrutait comme un scientifique examine un spécimen. À chaque mouvement, je sentais son regard percer les barrières que j'avais érigées autour de mon âme.

Je m'arrêtais finalement à sa hauteur, le souffle court, mes mains crispées contre les pans de ma robe.

Un rictus se forma sur ses lèvres, mais il ne parla pas immédiatement. Il se contenta de m'observer un moment, et le silence qui s'installa entre nous était presque plus accablant que ses mots.

Puis, il tendit la main, effleurant mes cheveux avec une douceur glacée. Je frémis, mais je ne bougeai pas. Il ne fallait pas attirer son attention de la mauvaise manière.

- Tu t'inquiètes de ton sort, n'est-ce pas ? dit-il d'une voix douce, presque mielleuse.

Je ne répondis pas, mais l'angoisse dans mon regard ne pouvait être dissimulée.

- Ne t'inquiète pas, je ne suis pas un monstre, Elya, souffla-t-il, mais un sourire sinistre flottait toujours sur ses lèvres.

Je me sentis piégée dans un tourbillon de confusion. Sa voix avait quelque chose de rassurant, mais il ne fallait pas se laisser berner. Rien ne pouvait être simple dans ce monde. Rien.

Il recula alors, comme s'il avait apprécié l'instant, savourant ma vulnérabilité.

- Mais tout ne sera pas aussi facile. Un animal de compagnie, aussi docile soit-il, doit apprendre à obéir, et dans ce monde, les erreurs ne se pardonnent pas.

Je déglutis difficilement, incapable de lui répondre. Il s'éloigna encore, m'abandonnant dans une semi-obscurité, un simple jeu de lumière et de ténèbres.

- Tu apprendras vite à quel point ton existence dépend de ma volonté, murmura-t-il, sa voix se perdant dans les échos du hall.

Les mots résonnèrent en moi, lourds, menaçants. Je savais que je venais de franchir une ligne invisible. La cage dorée dans laquelle il m'enfermait n'était rien comparé à celle qui se refermait sur mon âme.

Je tentai de ravaler ma terreur, mais une question persistait dans un coin de mon esprit. Pourquoi moi ? Pourquoi m'avait-il choisie ?

Les minutes passèrent, longues et cruelles, et je demeurai là, dans l'obscurité grandissante, le cœur battant à tout rompre, essayant de comprendre la portée de ce qui venait de se produire.

Je n'étais plus une simple "pet", je n'étais plus une chose qu'on achetait, qu'on possédait. Non. J'étais devenue un objet dans ses mains, un outil dans un jeu dont je ne comprenais pas encore les règles.

L'idée de la rébellion, de l'évasion, de la fuite semblait aussi absurde que risquée, et pourtant...

Mes yeux se posèrent sur la porte au bout du corridor. Et, pour la première fois depuis des années, une lueur d'espoir, aussi fragile soit-elle, naquit dans mon cœur.

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