
Le Mariage de l'Héritière
Chapitre 2
Chapitre 2
Le silence régnait dans la bibliothèque luxueuse de la demeure familiale des Bennett. Charlotte, assise près de la fenêtre, fixait la ville illuminée au loin, le regard perdu. La conversation avec son père et Alexander Sterling tournait encore en boucle dans son esprit, chaque mot laissant un goût amer dans sa bouche.
Elle n'arrivait pas à croire qu'ils aient osé lui proposer un marché aussi cynique. Un mariage de convenance, comme si elle n'était qu'un pion dans une partie d'échecs.
Un frisson lui parcourut l'échine. L'intensité du regard d'Alexander lorsqu'il lui avait dit de réfléchir ne la quittait pas. Il avait cette assurance implacable, cette façon de jauger les autres comme s'il pouvait prévoir chacun de leurs mouvements.
Elle secoua la tête, agacée.
- Hors de question, murmura-t-elle.
Mais son instinct lui soufflait que ce n'était que le début.
Et elle avait raison.
***
Le lendemain matin, Charlotte descendit les marches du grand escalier, bien décidée à parler une dernière fois à son père. Mais à peine eut-elle mis un pied dans le salon qu'elle sentit la tension dans l'air. Son père était assis derrière son imposant bureau en acajou, le visage crispé, un téléphone à l'oreille.
- Je comprends, Richard, mais ce blocage est totalement injustifié !
Il se leva brusquement, faisant crisser sa chaise contre le sol.
- Vous savez très bien que nos liquidités sont intactes, lança-t-il d'un ton tranchant. Alors pourquoi ce refus soudain ?
Charlotte fronça les sourcils, s'avançant lentement dans la pièce.
- ...Oui, je vois... Très bien. Nous en reparlerons.
D'un geste sec, il raccrocha, ses doigts serrant son téléphone comme s'il voulait le broyer.
- Papa ? Qu'est-ce qui se passe ?
Son père releva la tête, visiblement surpris de la voir là.
- Rien qui te concerne.
Charlotte croisa les bras.
- Épargne-moi les réponses évasives. Je ne suis pas idiote.
Il la fixa un instant, son visage se fermant encore plus.
- L'un de nos principaux investisseurs s'est soudainement rétracté.
- Rétracté ? Pourquoi ?
- Il prétend des « inquiétudes » sur la stabilité de la banque. Mais c'est du bluff. Quelqu'un tire les ficelles en coulisses.
Un mauvais pressentiment s'installa en elle.
- Qui ?
Son père ne répondit pas immédiatement. Mais Charlotte n'eut pas besoin de plus d'indices.
- Alexander Sterling, murmura-t-elle, réalisant l'évidence.
Son père soupira, passant une main sur son visage fatigué.
- Il a de l'influence. Beaucoup d'influence.
Charlotte sentit son cœur se serrer. Elle aurait dû s'y attendre. Alexander était un homme qui n'acceptait pas qu'on lui dise non.
Elle prit une inspiration, essayant de contenir la colère qui montait.
- Et tu vas laisser faire ça ?
- Que veux-tu que je fasse ? répliqua son père avec amertume. Nos actions ont chuté de 5 % en une nuit. Si cela continue, nous serons en crise d'ici quelques semaines.
Charlotte déglutit difficilement.
- Il te met au pied du mur.
- Il nous met tous les deux au pied du mur, rectifia son père en la regardant droit dans les yeux.
Une vague de panique la submergea.
- Tu veux dire que...
- Charlotte. Tu dois comprendre que ce n'est pas un caprice. Si nous ne nous alignons pas, nous risquons de tout perdre.
Elle recula d'un pas, comme si l'impact de ses paroles venait de la frapper de plein fouet.
- Non.
- Charlotte...
- Non, répéta-t-elle, la gorge serrée. Il ne peut pas me forcer à l'épouser.
Son père la fixa, le regard dur.
- Il n'a pas besoin de te forcer. Il suffit qu'il nous pousse à bout jusqu'à ce que tu n'aies plus d'autre choix.
Elle sentit son souffle se raccourcir.
***
Quelques heures plus tard, elle était assise au volant de sa voiture, roulant à toute vitesse dans les rues de Manhattan. La rage l'empêchait de réfléchir rationnellement, mais elle savait exactement où elle allait.
Elle gara brutalement son véhicule devant le gratte-ciel Sterling Enterprises.
Les portes vitrées s'ouvrirent devant elle lorsqu'elle entra, sa silhouette imposante attirant immédiatement les regards des employés qui se demandaient ce que l'héritière Bennett venait faire ici, visiblement furieuse.
Elle se dirigea droit vers la réception.
- Je veux voir Alexander Sterling.
L'hôtesse, une femme élégante aux cheveux tirés en chignon, releva poliment les yeux.
- Monsieur Sterling est en réunion.
- Je me fiche de sa réunion. Prévenez-le que Charlotte Bennett est ici et qu'elle ne partira pas tant qu'il ne l'aura pas reçue.
Un silence s'installa.
L'hôtesse hésita un instant avant de décrocher son téléphone.
Charlotte croisa les bras, tapant du pied, le cœur battant à tout rompre sous l'adrénaline.
Quelques minutes plus tard, un homme en costume sombre apparut.
- Mademoiselle Bennett, Monsieur Sterling va vous recevoir.
Elle inspira profondément et suivit l'homme jusqu'à un ascenseur qui la mena directement au dernier étage.
Les portes s'ouvrirent sur un vaste bureau aux immenses baies vitrées donnant sur toute la ville.
Et là, debout près de son bureau, un verre de whisky à la main, se tenait Alexander Sterling.
Il la regarda entrer avec ce calme déconcertant, comme s'il l'attendait.
- Charlotte.
Elle referma la porte derrière elle avec force.
- Espèce de... manipulateur, cracha-t-elle.
Un sourire à peine perceptible effleura ses lèvres.
- Je suppose que tu es venue discuter de notre mariage.
- De ton chantage, plutôt.
Elle avança vers lui, son regard lançant des éclairs.
- Tu penses vraiment que je vais accepter après ce que tu viens de faire ?
Alexander posa son verre et s'approcha lentement, réduisant la distance entre eux.
- Ce n'est pas un chantage, Charlotte. C'est une opportunité.
- Une opportunité pour qui ? Pour toi ?
Il la détailla longuement, avant de répondre d'un ton mesuré :
- Pour nous deux.
Charlotte éclata d'un rire amer.
- Tu crois que je vais t'appartenir juste parce que tu as décidé de jouer avec les finances de ma famille ?
Son regard s'assombrit légèrement, une lueur prédatrice passant dans ses yeux.
- Je ne veux pas que tu m'appartiennes, Charlotte. Je veux que tu sois à mes côtés.
Elle sentit une étrange chaleur envahir son ventre, mais elle la repoussa aussitôt.
- Si tu crois que tu peux m'avoir par la force...
Il sourit, inclinant légèrement la tête.
- Je crois surtout que tu n'as pas d'autre choix.
Elle le fixa, furieuse, mais une angoisse sourde l'envahissait.
Car elle savait qu'il avait raison.
Vous aimerez aussi





