
Le manifeste des ombres
Chapitre 2
Arrivé au journal, Édouard fit le tour des bureaux lançant une œillade par ci, une pique par là. Il fit son édito du jour. Il tira à pile ou face et décida donc d’être sympa. Mais, il était plus compliqué de trouver du positif dans la politique locale. Il n’aimait pas trop quand la pièce retombait de ce côté-là. Il décida de mettre en avant une association pour la rerégionalisation de la ville de Biarritz. Cette ville était devenue parisienne et un mouvement souhaitait la reconquérir, c’était une intention louable, mais ô combien vaine. Cela faisait longtemps que le foncier avait émigré à Bordeaux ou Paris. Au pire, ça lui rapporterait deux, trois Gin To à Lekua cet été. Il bâcla l’affaire le temps d’un ristretto que lui avait apporté la secrétaire-standardiste du journal. Cela fait, il s’attela à la tâche qui lui trottait dans la tête depuis son café du matin. Il se connecta à son compte presse et entreprit de recenser toutes les brèves relatives à des vandalismes sur des voitures de luxe. C’était bizarre comme démarche, mais Édouard avait une vague impression. Qu’une voiture de luxe brûle, cela arrive et ce n’est pas la fin du monde. C’était le plus souvent un règlement de compte entre truands ou une arnaque à l’assurance, il n’y avait pas de quoi faire plus de trois lignes. Mais que plusieurs le soient en quelques semaines l’interpellait. Il appela l’économat, tenu par la secrétaire-standardiste-économe pour qu’elle lui trouve une carte de France.
En attendant, il continua à noter tous les incidents de ce type. Ce serait un travail long et fastidieux.
À midi, il se fit monter un plat de poisson du bistrot situé de l’autre côté de la rue. C’était un bar un peu défraîchi. Le troquet, pas le poisson. Mais ils y faisaient une cuisine délicate et mêlant une pointe de modernité et un savoir-faire transmis de génération en génération. C’était ce genre d’endroit dont on ne parle à personne, égoïstement, de peur de devoir le partager avec autre chose que des accents qui chantent.
Il travailla jusque tard dans la soirée.
Vers minuit, ce qui était, au départ, un doute, avait pris l’allure d’un schéma cohérent.
Il dénombra ainsi 23 incidents sur les 4 dernières semaines.
15 voitures de luxe avaient été détruites.
6 équipements hôteliers de luxe avaient été vandalisés pour les rendre impropres à la fréquentation.
2 bateaux de luxe, pour ne pas dire des yachts avaient été mis hors d’usage.
Il pointa les incidents sur la carte de France. Punaise bleue pour la première semaine, verte pour la seconde, et ainsi de suite.
Un autre élément l’avait interpellé. Certains actes avaient eu lieu au même moment en des lieux éloignés l’un de l’autre. Ce ne pouvait être une seule et même personne. Il ne pouvait pas encore le formaliser, mais il voyait poindre une organisation derrière tout cela.
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