Couverture du roman Le lac

Le lac

9.1 / 10.0
Dans Le lac, Sasha Kozlowski enquête sur la disparition d'Alma avec l'aide d'un commissaire de la Côte d'Azur. Ce mystery story mêle passé et présent dans une quête de vérité intense. Découvrez ce modern novel haletant et lisez ce free web novel captivant sur notre plateforme.
Résumé de Le lac
Sasha Kozlowski est dévasté par l'inexplicable disparition d'Alma Piani, sa compagne. Sans ressources face au mystère, le jeune diplômé se tourne vers son ex-beau-père, Paul Stenssel, un commissaire de police officiant sur la Côte d'Azur. Leur investigation conjointe déclenche une série de rebondissements où les secrets du passé ressurgissent brutalement. Confrontés à des vérités éprouvantes, jusqu'où iront-ils pour percer le mystère de ce drame intime et complexe ?
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Le lac Chapitre 1

Entre destins liés et destins brisés, Sasha se retrouve au croisement du passé et du présent.

Dessiné par Héloïse Jacob, mon amie de toujours, partenaire de randonnées

I

Le cœur de Sasha cognait dans sa poitrine au fil des kilomètres qu’il parcourait. Le macadam en ligne de mire, il sillonnait les axes de Toulouse, depuis plus d’une heure. Il aimait la diversité des rues de la ville rose. Entre ruelles étroites et grandes places commerciales, il n’y trouvait nulle monotonie.

Il traversa les allées du parc Japonais, Boulevard Lascrosses, l’air froid saisissant son visage. Il appréciait particulièrement cet écrin de verdure où il trouvait chaque fois ressource et évasion. Une bulle d’exotisme au beau milieu d’une civilisation en ébullition. Divers styles s’y mélangeaient et apportaient une touche unique à ce coin de paradis ; synthèse des jardins existants à Kyoto. Le parc s’orchestrait autour du large plan d’eau où les éléments s’harmonisaient à la perfection. On y contemplait les reliefs des célèbres paysages du Japon qui retranscrivaient cet environnement naturel et reposant. La sphère urbaine s’estompait à l’instant où l’on franchissait les portes du parc bucolique.

En ce mois de novembre, Sasha croisait quelques rares courageux, fanatiques en manque d’adrénaline. Les températures anormalement élevées pour la saison et l’absence de pluie rendaient les lieux convoités, principalement l’après-midi. Dès lors que la nuit tombait, elle reprenait les pleins pouvoirs sur la globalité du territoire. Seuls les lampadaires guidaient les noctambules dans leur sortie obscure.

Sasha rejoignit la maison de thé qui se nichait au creux du parc. Le bâtiment culturellement dédié à la cérémonie du thé servait ici de salle d’exposition. Le jardin planté composé notamment de lanternes, d’un Mont Fuji, d’une cascade sèche et d’un pont rouge était, sans conteste, son coin favori du parc. Il contourna le bâtiment autour duquel il fit détaler quelques petites grenouilles, pourtant si bien installées sur leurs nénuphars. L’atmosphère du parc dans son opacité le transportait dans un état de puissance qu’il savourait. Un moment suspendu qui le faisait se sentir vivant.

Dans la continuité de sa course, il s’engagea à vive allure sur le petit pont rouge arqué, symbole singulier de ce parc, qui surplombait la mare. Le poids sur l’avant des pieds, le buste légèrement penché en avant, les bras énergiques pour le propulser. Un élan athlétique qui légitimait sa brève ascension. En motivation supplémentaire, les paroles jouissives d’un groupe de rock irlandais dans les oreilles. Lancé à corps perdu, l’esprit en dilettante, Sasha n’eut pas le temps d’éviter une boule d’énergie canine qui se heurta à ses cannes. Instinctivement, il tenta une échappée afin d’éviter une collision trop violente mais le choc entraîna une inévitable chute.

— Chenko ! hurla une voix de femme.

Étalé de tout son long dans l’allée, Sasha sentit la brûlure des graviers sur ses genoux à travers son fuseau. Le groupe irlandais ne chantait plus, Sasha percevait désormais les ululements d’un hibou, finalement jugulés par la propriétaire de l’animal.

—Je suis désolée !

Une jeune femme aux cheveux bruns attachés en chignon s’accroupit à ses côtés

—Tu vas bien ? s’inquiéta-t-elle.

—Oui, oui ça va.

Sasha tenta tant bien que mal de se relever mais sa cheville céda sous son poids. La jeune femme décela la grimace sur son visage.

—Tu as mal quelque part ?

—Je crois que je me suis tordu sévèrement la cheville.

—Je suis vraiment désolée…

Toujours contraint à rester assis, Sasha sentait sa cheville bouillonner dans sa chaussure. Il releva son fuseau à hauteur de mollet et abaissa doucement sa chaussette. L’équivalent d’une balle de golf se dessinait désormais sous sa malléole. Toutes ses heures d’entraînement venaient de s’envoler en fumée. Une forme de rage s’empara de lui, une fièvre canalisée pour éviter de déclencher un incendie verbal.

—Je veux bien que tu m’aides à me lever, la pria-t-il.

La jeune femme s’exécuta.

La seconde tentative pratique de progression pourtant si évidente, resta de nouveau vaine. Sasha jugea nécessaire de s’appuyer au tronc d’arbre le plus proche. Il prit une grande respiration, des gouttes de sueur ruisselaient le long de ses tempes. Provenaient-elles de l’effort fourni pendant de longues minutes ou de la puissance de la douleur qui s’imposait désormais à lui.

— Je ne sais pas quoi dire, je lâche ma chienne à cet endroit-là, habituellement il n’y a personne à cette heure-ci, avant la fermeture du parc.

—Je devrais m’en remettre, répondit Sasha, la mâchoire crispée.

Sasha croisa le regard de la jeune femme et décela instantanément l’embarras sur son visage. Emmitouflée dans son écharpe beige et son long manteau foncé, elle maintenait son chien fou à bout de bras. Un jeune labrador, désireux de jouer avec quiconque.

—Je peux t’appeler un taxi… ou bien te ramener ?

—Je ne sais pas.

Sasha n’avait pas encore pris le temps de mesurer cette donnée dans l’équation.

—Je crois que je te dois bien ça, rajouta-t-elle.

—Il ne faut pas que ça te dérange.

—C’est de ma faute si tu peux à peine poser le pied alors je vais t’aider à sortir autrement qu’en rampant, sourit-elle.

Sasha jeta de nouveau un coup d’œil à sa cheville qui semblait grossir à vue d’œil. Parcouru par un sentiment d’irritation, il tenta de rester calme.

—Tu ne penses pas qu’il faudrait que tu ailles chez le médecin ?

—J’irai demain.

—Tu es sûr ? Il n’est pas si tard que ça, je pense que je peux t’y déposer, c’est sans doute plus prudent si cela empire, compléta-t-elle.

Sasha n’était plus en mesure de réfléchir convenablement et se contenta d’acquiescer.

—Je vais t’aider à marcher jusqu’à ma voiture, certifia la jeune femme.

Il s’appuya finalement sur l’épaule de l’inconnue qui venait, sans le savoir, d’avorter sa longue période d’entraînement. Cela faisait des mois que Sasha rythmait ses semaines au gré de courses courtes ou longues, de vitesse soutenue ou nuancée, de séances de fond ou de tonicité. L’idée même que tout cela venait d’être réduit au néant l’exaspérait. Il savait que sa contrariété n’en serait que décuplée lorsqu’il se réveillerait le lendemain.

Ils traversèrent le parc au rythme imposé par Sasha, une cadence lente et embarrassante qui l’agaçait.

— Je m’appelle Alma, et toi ?

—Sasha.

—Et ma chienne, c’est Chenko.

—Elle a l’air jeune, glissa-t-il en lançant un regard obtus à l’animal.

—Seulement six mois.

Le démon aux yeux du coureur se dandinait fièrement et activement autour d’eux.

—Elle est adorable.

—Sauf quand on se prend les pieds dedans, ironisa Sasha.

—Je sais, je m’en veux encore, j’aurais dû la garder en laisse.

Un soulagement envahit Sasha lorsqu’il réalisa que la sortie du parc n’était plus si éloignée. Il connaissait les allées du parc sur le bout des doigts et leur vouait une tendresse particulière. Mais, pour la première fois, la traversée s’était transformée en un pénible périple. La jeune femme qui lui servait de béquille humaine semblait, elle aussi, plier sous l’effort du portage de sa victime. Ils avancèrent jusqu’à la Mini gris métallisé d’Alma qui s’autodéclencha à leur approche. Sasha s’installa à la place du passager.

—Quel est ton médecin ?

—Le Docteur Duplessis-Taro, à dix minutes d’ici.

—Je te laisse me guider alors.

La voiture s’engagea dans les rues de la ville rose, de plus en plus étouffée par un ciel charbon. Cramponnée à son volant, Alma fit rigoureusement attention à sa conduite, elle ne voulait pas provoquer davantage de douleur à son voisin. Un silence écrasant avait submergé l’habitacle. L’atmosphère pâteuse qui régnait entre les deux inconnus rendait le trajet d’autant plus embarrassant. Sasha n’avait jamais fait preuve d’impolitesse envers quiconque mais sa présente nervosité l’empêchait de réfléchir avec discernement pour lancer la discussion et atténuer les tensions. Il se contenta de fixer l’horloge digitale du tableau de bord où les minutes s’écoulaient avec lenteur.

—Là, c’est à droite, indiqua Sasha.

La jeune femme suivit les indications du copilote et amorça l’engagement dans la ruelle. Elle continua son avancée lente et disciplinée dans le passage à sens unique. Guidée par les informations émises au compte-gouttes par Sasha, elle prolongea le chemin.

Elle distingua une place de stationnement vide le long du trottoir, enclencha la marche arrière et entama un créneau maîtrisé et précis. Soulagée de ne pas s’être reprise à plusieurs fois dans sa manipulation, elle coupa le moteur et descendit du véhicule. Elle le contourna puis ouvrit poliment la portière passager avant d’aider l’infirme à s’en extraire.

Ils avancèrent précautionneusement jusqu’au cabinet éclairé où ils entrèrent.

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Table des matières de Le lac

Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3
Ch. 4
Ch. 5
Ch. 6
Ch. 7
Ch. 8
Ch. 9
Ch. 10
Ch. 11
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