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Couverture du roman Le furet

Le furet

La mort d'Éric Martin, lieutenant aux stupéfiants abattu durant une saisie de drogue, demeure une énigme malgré les années. Les zones d'ombre entourant ce drame hantent toujours les services de police. Quinze ans après les faits, son fils Damien, devenu lui aussi lieutenant, décide de rouvrir ce dossier classé pour découvrir la vérité sur ce meurtre. Sa quête de justice le confrontera à un lourd secret de famille. Réussira-t-il à démasquer le coupable et à lever le voile sur le passé ?
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Chapitre 2

Cette hypothèse fut envisagée un temps, car d’une part, il n’y avait que deux équipiers pour procéder à l’arrestation, alors que d’habitude il en aurait peut-être fallu quatre. Et Éric aurait très bien pu mentionner ce fait à son indic qui l’aurait retransmis au vendeur qu’il connaissait. Et que d’autre part, il se trouve qu’à cette époque Éric et son épouse avaient des problèmes financiers à cause de l’achat de leur maison qui pesait lourd sur son salaire de flic, et dont il s’était désolé auprès de certains de ses camarades. Mais alors pourquoi le tueur aurait laissé derrière lui la mallette pleine du montant de la transaction, alors qu’il aurait très bien pu profiter de la confusion qui régnait après son tir, pour s’en emparer avant de déguerpir ? Surtout dans l’hypothèse où Éric était de mèche avec le vendeur. D’autant plus que Philippe, surpris par ce geste inattendu, et voyant son équipier allongé sur le sol et se retrouvant alors seul face à deux truands, n’était donc pas vraiment en position pour appréhender le criminel et l’empêcher de partir avec l’argent.

Bien sûr, aucune investigation plus poussée dans ce sens n’avait permis d’étayer cette hypothèse, d’ailleurs assez irréaliste compte tenu de la probité et des valeurs morales d’Éric connues et appréciées de tous.

Il était également connu de tous que Philippe, l’équipier d’Éric, avait été un moment en compétition avec celui-ci, et que pendant un certain temps, il avait eu du mal à accepter de voir Éric propulsé par le patron de la division des stups à la direction de l’équipe, ce qui le plaçait hiérarchiquement sous ses ordres. Alors qu’il estimait devoir légitimement profiter de cette promotion et obtenir ainsi le poste occupé par Éric, du fait de son ancienneté plus importante que celle de son équipier. Ce qui pendant un temps avait créé un peu de trouble dans leurs relations. Trouble reconnu par les autres membres de l’équipe de la brigade. Mais cela n’avait pas duré, car leur amitié ancienne et sincère, ainsi que la reconnaissance de Philippe de la plus grande compétence de meneur d’équipe de son ami avaient rapidement mis fin à leurs différends.

Néanmoins, certains membres de l’équipe qui se souvenaient de ces différends qui avaient un temps opposé les deux hommes se demandèrent si, de la même façon, et si apparemment tout semblait réglé, il n’y aurait pas eu collusion entre Philippe et le tueur ? Philippe chargeant le vendeur de profiter de l’échange pour assassiner son concurrent plus chanceux ? Cela d’autant plus que la confrontation entre le vendeur et Éric ne s’était faite qu’en présence de Philippe et de l’acheteur. Et que cette situation pouvait amener un doute sur les circonstances du crime. Mais cette thèse n’avait pas la faveur des enquêteurs chargés qui connaissaient les deux hommes. Néanmoins cette piste fut quand même exploitée, mais sans résultat. Ce à quoi s’attendaient les enquêteurs.

Le lieutenant Éric Martin avait, au long de sa carrière, contribué à l’arrestation de plusieurs truands. En conséquence, l’enquête s’était également naturellement orientée dès le départ vers la vengeance possible d’un de ces truands qui devait des années de prison à ce policier. On ressortit donc tous les dossiers concernant les délinquants qui avaient été enfermés à la suite de l’action d’Éric. Mais cette hypothèse se termina rapidement en queue de poisson : la majorité de ceux qui avaient été arrêtés par Éric étaient encore sous les verrous, et donc ne pouvaient être présents sur les lieux du crime au moment où il s’était perpétré. Et on n’avait pas non plus constaté que les autres soient sortis récemment de prison, ce qui aurait permis aux enquêteurs de les soupçonner. Et même parmi ceux qui avaient bénéficié d’une libération de leur peine, les recherches n’avaient pas pu montrer qu’ils étaient pour quelque chose dans le crime : soit parce qu’ils étaient suivis par la police, et que celle-ci n’avait pas détecté de dérapage, soit parce qu’ils avaient un solide alibi. En particulier ceux qui avaient changé de région après leur libération, et pouvaient prouver ainsi qu’ils n’étaient pas dans la région au moment du meurtre.

Bien sûr, il restait toujours la possibilité que l’un des prisonniers ou libérés ait téléguidé le tueur de sa cellule ou de sa nouvelle résidence. Mais aucune preuve n’avait jamais pu être apportée dans ce sens pour accréditer cette hypothèse. Et la conclusion inéluctable était que les mobiles du crime devaient être ailleurs que dans le fait d’avoir contribué à l’arrestation de certains truands. Même si plusieurs truands se soient réjouis de la mort du lieutenant auquel ils devaient d’avoir séjourné un temps en prison.

Enfin il restait l’hypothèse, vieille comme le monde, d’un rival d’Éric qui aurait tué par jalousie. On interrogea son épouse et on rechercha dans cette voie, mais sans y croire vraiment : tous ceux qui connaissaient le couple et qui le fréquentaient car ils étaient tous deux très sociables et invitaient souvent leurs amis, savaient qu’entre la femme d’Éric, Isabelle, et lui, aucune dispute sérieuse n’existait. Et que ni Isabelle ni Éric n’avaient d’amant ou de maîtresse. Mais qu’au contraire les deux époux s’aimaient vraiment intensément.

La veuve, soupçonnée un moment d’avoir pu commanditer l’assassinat de son mari, et qui avait répondu aux enquêteurs chargés de l’affaire, était visiblement trop éplorée et anéantie par la mort de son compagnon qu’elle adorait. Et incapable d’avoir dans ces conditions téléguidé un tel acte.

L’interrogatoire de l’acheteur ramené au poste se révéla infructueux. Tout ce qu’il savait c’était que le vendeur lui avait été recommandé par son propre chef, et qu’il avait été désigné pour cette opération d’échange. Mais il n’avait aucune idée de l’identité du vendeur, bien qu’il fût prêt à dire tout ce qu’il savait, tellement il tremblait de peur qu’on l’accuse de complicité de meurtre. Il donna le nom de son chef de bande et de certains de ses collègues, plus ou moins connus des services de police, ce qui permit de procéder à plusieurs arrestations et de mettre fin aux actions criminelles d’une partie de cette bande de dealers chargés d’écouler la drogue.

Mais personne de cette bande, y compris le chef qui pourtant avait recommandé le vendeur à son sous-fifre, ne put donner le moindre renseignement sur le vendeur assassin inconnu de tous. Le présumé chef du vendeur, qui avait renseigné le chef de l’acheteur et s’était entendu avec celui-ci pour organiser les conditions de l’échange, s’étant lui-même évaporé dans la nature. Et ayant communiqué un nom et une adresse bidon au chef de l’acheteur.

L’interrogatoire terminé, on mit donc l’acheteur en détention pour trafic de drogue, en attendant sa comparution devant un juge.

Philippe, le policier rescapé de cet évènement, fut également interrogé par l’IGPN afin de corroborer ses dires. L’acheteur qui avait été témoin de l’évènement confirma que Philippe n’était pour rien dans la mort d’Éric, et qu’il avait été surpris autant que celui-ci par le geste du vendeur. Ce qui permit à l’IGPN d’établir son innocence relativement au meurtre d’Éric, innocence qui aurait pu éventuellement être mise en cause par ses différends passés avec celui-ci. Et d’établir par la même occasion l’innocence d’Éric qui avait un moment fait l’objet d’un doute de la part de certains de ses collègues.

L’enquête qui s’en était suivie, en l’absence d’explication logique à cet acte fou, avait donc conclu après plusieurs mois, à un geste irraisonné du voyou, occasionné par la panique du débutant. Et le dossier fut clos.

Toutefois, le rapport final d’enquête mentionnait aussi, comme l’avaient remarqué d’autres policiers, que le tir du voyou était étonnant de précision. Et aussi, pourquoi avait-il laissé l’argent du deal sur place, alors qu’il aurait peut-être pu profiter de la confusion pour l’emmener avec lui ? Ce qui mettait un peu le trouble dans la conclusion : comment admettre un geste de panique de débutant quand le tir était si précis, alors que le sac rempli de papier au lieu de la drogue aurait pu servir au vendeur comme circonstance atténuante en cas de procès ? Sauf à penser à un geste prémédité, ou à un coup incroyable de chance du dealer et de malchance pour Éric… Ce dont tous les policiers de la brigade doutaient.

Éric était respecté et aimé de ses collègues des stups pour son courage et ses valeurs humaines. Aussi, cet évènement brutal et incompréhensible avait déclenché une chasse à l’homme intense de la part des policiers et collègues d’Éric pour retrouver ce tueur fou. Mais malgré de fréquentes rafles dans les milieux de la drogue, et les interrogatoires musclés de tous les indics connus et des malfrats susceptibles de connaître cet individu, personne n’avait jamais réussi à retrouver l’auteur de ce crime et surtout à l’arrêter. De plus, le signalement imprécis du délinquant revêtu d’un sweat dont le capuchon était relevé, et donné par Philippe, n’avait pas permis d’en faire un portrait-robot exploitable, qui n’aurait d’ailleurs pas été d’un grand secours dans la traque du tueur, aucun témoin autre que l’acheteur et Philippe n’étant présent ou à proximité du lieu du crime. Le tireur fou semblait donc s’être évaporé dans la nature ! La seule chose dont les enquêteurs étaient sûrs c’est que cet assassin savait échapper à toutes recherches et que ce n’était pas nécessairement un débutant.

La disparition totale du tueur pouvait militer en faveur de la thèse du geste de panique d’un débutant qui se terrait par remords ou crainte de la prison après s’être rendu compte de la gravité de son geste. Mais à cause de la précision du tir et de l’absence de drogue ainsi que d’indices sur les lieux du crime et dans le véhicule utilisé par le tueur, l’hypothèse du débutant pris de panique avait de plus en plus de plomb dans l’aile. Aussi, certains de la brigade n’étaient pas loin de penser que dans cette affaire on avait peut-être plus à faire à un caïd très discret déterminé à « bouffer du flic » pour asseoir sa réputation plutôt qu’à un débutant.

D’autres éléments apportèrent un support à cette hypothèse. Peu de temps après cette tuerie, on avait retrouvé l’indic qui avait renseigné Éric, une balle logée en plein front, de la même façon que le tueur avant assassiné Éric : le signe assez clair de l’exécution d’une possible balance ou d’un règlement de comptes entre truands.

De même, le véhicule qui avait servi au tueur pour s’échapper, et que l’on avait retrouvé incendié, n’avait laissé aucune trace pouvant mettre les enquêteurs sur la piste du tueur.

Là encore, les investigations menées pour retrouver le meurtrier n’avaient rien donné. La recherche des armes de calibres différents, utilisées pour chacun des deux meurtres, mais qu’on n’avait jamais pu retrouver, n’avait pas non plus permis d’offrir de renseignements permettant d’avancer.

En effet, les services de balistique avaient établi formellement que ces armes de différents calibres, dont le type avait pu être retrouvé sans que l’on puisse mettre la main dessus, semblaient avoir été utilisées successivement par plusieurs truands d’après les archives de plusieurs affaires suivies par la police. Probablement vendues et revendues plusieurs fois sous le manteau. Et probablement que le ou les tueurs s’en étaient finalement débarrassé dans un lieu discret, probablement une rivière ou un plan d’eau assez profond. Ce qui n’avait pas permis de retrouver le ou les derniers acheteurs, ce qui aurait constitué une piste à exploiter.

Finalement, et malgré l’artillerie lourde et l’importance des recherches mises en jeu pour retrouver le ou les assassins, après ce que l’on avait considéré comme l’assassinat de sang-froid d’un flic respecté, on n’avait pas pu retrouver le coupable de ce geste meurtrier. Pas plus que celui de l’indic qui avait été abattu pour qu’il ne parle pas.

Cette affaire se terminerait donc, comme d’autres, dans la case des affaires non résolues, la conclusion étant qu’Éric avait été victime d’un tueur fou. La conclusion officielle, c’était que finalement le lieutenant s’était trouvé au mauvais endroit au mauvais moment et avait été victime de la panique d’un truand débutant ! Conclusion qui n’avait pas vraiment satisfait les enquêteurs, certains conservant un sérieux doute et restant sceptiques sur cette conclusion officielle.

Mais en l’absence de mobile sérieux à ce crime, et de preuves solides, tout le monde s’était accommodé de cette conclusion. Et le dossier du lieutenant Éric Martin avait donc été clos.

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