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Couverture du roman Le Foudre-diamant

Le Foudre-diamant

Sous une Lune rouge en Auvergne, Thibaut s'éprend de sa demi-sœur, Johanne-Rose. Agent d'une secte occulte, il doit dérober des reliques et libérer la reine Kickmongwuity. Après l'échec de sa mission et sa disparition lors d'un tsunami, il surgit treize ans plus tard dans un nouveau corps. Ce retour mystérieux bouleverse tout : Johanne-Rose parviendra-t-elle à identifier son ancien amant sous cette apparence ? Un récit mêlant passion interdite et secrets archéologiques.
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Chapitre 1

Première partie

Le certificat de vie

Chapitre 1Noël solaire

Un Noël sans neige s’annonçait le soir du vingt-quatre décembre 1998. Depuis plusieurs minutes, des centaines de regards étonnés se levaient vers la voûte céleste, noyée sous des milliards de flashs aveuglants.

Le décor changeait constamment, des voilages irisés s’envolaient de fenêtres inexistantes dans un ciel silencieux. Subitement, un tsunami de vagues pourpres submergea le ciel.

La grande roue installée place de Jaude tournait dans cet univers étrange, drapé de mousseline fluorescente. Une salve de sifflements et d’applaudissements s’élevaient des nacelles qui effleuraient cet octopode psychédélique.

Les artisans du marché de Noël situé place de la Victoire conversaient sur ce phénomène inconnu. Un groupe de trois SDF profita de la distraction occasionnée par l’évènement pour chaparder quelques bouteilles de vins millésimés et autres spécialités gastronomiques à l’insu des commerçants.

— Bon sang, grouille-toi Louis, avant qu’on se fasse courser ! J’ai pas envie de passer le réveillon en cellule comme l’année dernière. Tu te souviens ? Ces salopards de flics nous ont confisqué nos victuailles et se sont goinfrés devant nous en se marrant !

— Jacky, je ne vois plus Camille ! Mince alors, elle s’est probablement perdue dans la foule.

— Tant pis, elle sait où nous rejoindre de toute façon. Ne perdons pas de temps, j’ai trop la dalle !

Des fumées noires se dégagèrent d’un transformateur électrique installé à la sortie de la ville. Un brouhaha de foule couvrit les sifflets d’admiration.

Les rangées de guirlandes et les lumières des boutiques de la zone piétonnière s’éteignirent sans préavis. Des cris et des gémissements d’angoisse parvenaient des nacelles de la grande roue qui s’était immobilisée brusquement. Pourtant, il faisait clair comme en plein jour.

Un bouchon de plusieurs dizaines de voitures obstruait la rue principale, engendré par un conducteur qui s’était évanoui au volant. Depuis plusieurs minutes, les klaxons s’exaspéraient sans obtenir satisfaction.

Solange croisa un individu sur le trottoir qui se convulsait, tenant son téléphone portable en main qu’il venait d’activer pour alerter les secours. Il perdit connaissance et chuta sur le sol, les yeux fixes. Elle essaya de le ranimer en lui pratiquant les gestes de premiers secours ; mais chose étrange, il se consumait comme une bougie, frappé d’un phénomène rarissime de combustion humaine spontanée. Un crémier, qui observait la scène de l’intérieur de sa boutique, sortit précipitamment avec une couverture pour étouffer le feu sur la victime.

— Merci, monsieur Langlois. Vite, il faut appeler les pompiers, cet homme est en arrêt cardiaque.

Des surtensions parcouraient les câbles électriques fixés le long des murs des échoppes, lesquels se mirent à grésiller. Ces feux-follets déchaînèrent des scènes de panique, des bousculades. Quelques personnes devenues hystériques s’affalèrent dans un salmigondis de cartons éventrés dégoulinant de sauces diverses et variées.

Un camion de pompiers s’immobilisa en haut de l’artère principale qui se trouvait pour l’heure paralysée par ce chaos généralisé. Un bataillon descendit du véhicule plusieurs civières pour administrer les premiers soins aux blessés.

— Madame, je vous remercie de vous être occupée de cet homme, mais malheureusement il est mort. C’est incroyable, son corps s’est calciné sans comburant !

Un jet privé apparut dans le ciel en zigzaguant comme désorienté. Après de sévères ratés, les moteurs prirent feu l’un après l’autre et des éclairs bombardèrent la carlingue sans relâche. Thibaut Valcivière, s’éjecta de l’appareil et ouvrit son parachute quelques secondes avant que son avion ne se fracasse sur un entrepôt désaffecté. Une déflagration souffla entièrement le bâtiment qui s’effondra sur lui-même comme un château de cartes. Un champignon constitué de particules ionisées s’éleva à son emplacement puis s’évapora dans l’atmosphère. Des milliers de corpuscules lumineux fusionnèrent pour constituer des fantômes affamés qui s’élancèrent vers le cœur de la ville.

Au-dessus de la gare, un dôme transparent s’élevait lentement et vibrait comme une énorme sphère de savon irisée, fixée sur la tige d’un souffleur à bulles. Il éclata subitement dans une longue détonation dont l’écho résonna jusque-là ville de Riom, située à quinze kilomètres. Deux rames d’un TGV furent propulsées à une dizaine de mètres au-dessus du sol et retombèrent dans un vacarme assourdissant. Une onde de choc se propagea dans le sous-sol sur plusieurs kilomètres.

Le conducteur d’un break Audi sortait d’un parking proche, lorsqu’il fut surpris par les violentes secousses. Il perdit le contrôle de son véhicule et tamponna un camion stationné en face. Bernard, accompagné de sa fille Johanne-Rose, quittèrent aussitôt leur voiture pour se réfugier à l’intérieur d’un hôtel voisin.

Des personnes blessées jonchaient le sol depuis le hall d’entrée jusqu’au fond du restaurant. Le propriétaire et le personnel de service s’activaient à les soigner avec les trousses de secours. Toutes les chambres étaient occupées par les cas les plus graves. Un coursier de l’hôtel s’était rendu à la caserne de pompiers pour réclamer une intervention rapide

Johanne-Rose s’approcha d’un homme, âgé d’une quarantaine d’années, qui était inconscient, allongé sur la dernière banquette de la salle de réception. Elle s’empara d’un torchon propre sur une étagère et s’appliqua à lui nettoyer son visage ensanglanté. Il ouvrit les yeux un bref instant.

— Je suis mort et vous êtes un ange.

— Rassurez-vous, monsieur, vous êtes vivant. Le SAMU va bientôt venir vous chercher. Tenez bon !

— Mademoiselle, s’il vous plaît, restez près de moi.

— Quel est votre nom, monsieur ?

Il perdit connaissance avant d’avoir eu le temps de lui répondre.

Le père de la jeune fille s’accroupit près de la victime et lui tâta le pouls.

— Il semble commotionné et les pulsations sont faibles. J’espère qu’il va s’en sortir.

L’équipe du SAMU fit son entrée et se déploya rapidement sur les lieux. Johanne-Rose chercha discrètement des papiers d’identification sur l’homme blessé sans succès. En désespoir de cause, elle lui ôta sa médaille de baptême et la glissa dans la poche de son manteau.

— Johanne-Rose, laisse les urgentistes lui installer la perfusion ! Les minutes perdues dans sa prise en charge peuvent lui être fatales. Je suis étonné de te voir prodiguer les premiers soins à un inconnu. Aussi loin que je me souvienne, tu n’as jamais supporté la vue du sang.

— Jérôme, arme le défibrillateur cardiaque, on est en train de le perdre. Écartez-vous, mademoiselle.

— Un, deux, trois, je déchoque !

Johanne-Rose serra la médaille dans sa main et ressentit une émotion intense.

— C’est bon, le cœur est reparti. Il faut l’évacuer en priorité, son pronostic vital est engagé.

— Oh, papa ! une voix intérieure m’a sollicitée afin que je m’occupe de lui, c’était plus fort que moi. Je suis dévastée, j’aimerais tellement sauver cet homme.

— Pour le moment, nous ne pouvons qu’espérer qu’il survive. Rassure-toi, dans quelques minutes il sera hospitalisé en soins intensifs.

Johanne-Rose ouvrit sa paume de main et remarqua qu’un motif en forme de cœur s’y était imprimé.

La rue principale s’était maintenant vidée de sa tumultueuse population. Devant la vitrine d’un restaurant, une femme sans domicile fixe tremblait en claquant des dents. La peur lui attribuait la gestuelle d’un mime en fin de carrière. Solange était la seule spectatrice de cette scène pitoyable et affligeante. Un adolescent en proie à l’affolement heurta le mime qui laissa échapper son sac à dos usagé dont le contenu s’éparpilla sur le trottoir gris. Sans réfléchir aux conséquences de ses actes, Solange saisit le bras de la femme tout en scrutant son visage pétrifié et lui proposa de l’assister. Elle acquiesça de la tête, ramassa ses affaires puis les deux femmes se dirigèrent vers le sud. Au bout d’une vingtaine de minutes, elles atteignirent un quartier résidentiel où se dressait une bâtisse d’architecture contemporaine de couleur vert amande. Maintenant, le feu céleste pulsait dans le ciel

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