
Le Fils que l'on a Brisé
Chapitre 3
Il consacra plusieurs jours entiers à l'étude de l'ouvrage avant d'en tirer une évidence simple : son corps n'était pas prêt. Jolthar était trop frêle, trop peu endurant. Le livre insistait dès les premières pages sur un principe fondamental : avant même de songer à manier une lame, un escrimeur devait forger son corps et discipliner son esprit. Tout reposait sur ces fondations. L'apprentissage de l'épée ne venait qu'ensuite.
Les pages détaillaient avec précision les étapes de progression. Trois paliers structuraient la pratique : un premier consacré aux bases, un second réservé aux combattants confirmés, et un troisième destiné à ceux qui franchissaient un seuil plus exigeant. Chaque niveau était accompagné de descriptions minutieuses, de schémas montrant la position du corps, la tenue de la lame, l'alignement des appuis et l'attitude mentale attendue.
Jolthar s'immergea dans cet entraînement avec une ardeur presque obsessionnelle. Chaque matin, avant l'aube, il se levait pour courir autour du donjon, étirer ses muscles encore raides, puis enchaîner des séries interminables d'exercices utilisant uniquement le poids de son corps. Les débuts furent pénibles. Dans son ancienne vie, il n'avait été qu'un simple ouvrier sur des chantiers, sans connaissance particulière du combat ou des armes. Les épées ne faisaient partie de son imaginaire qu'à travers quelques films ou émissions regardés distraitement. Il n'avait jamais lu d'ouvrages de ce genre auparavant.
Pourtant, renoncer ne lui traversa jamais l'esprit. Lorsqu'il se fixait un but, il avançait jusqu'au bout, coûte que coûte. Cette détermination lui rappelait ces nuits passées autrefois à s'acharner sur un jeu jusqu'à en voir le dénouement. L'idée de tenir une épée, de s'entraîner selon des principes anciens, l'emplissait d'une excitation nouvelle. Plus il avançait dans sa lecture, plus il sentait la passion de l'auteur transparaître : cet homme avait vécu pour la lame.
Pendant une année entière, Jolthar suivit scrupuleusement les instructions du livre. Lorsqu'il atteignit quinze ans, son corps avait gagné en endurance et en fermeté. À cette période, un nouvel intérêt naquit en lui : la forge. L'idée de façonner une épée de ses propres mains éveillait une curiosité profonde. Malgré tout, un manque subsistait. L'ouvrage lui offrait un cadre solide pour se préparer, mais aucune véritable technique de combat n'y figurait. Pour progresser davantage, il lui fallait un art, une méthode transmise.
C'est alors qu'un passage attira son attention. L'ancêtre à l'origine du livre avait laissé son arme sur sa propre tombe. Selon la légende, seul celui jugé digne pourrait la retirer. Le texte évoquait également une technique secrète dissimulée au même endroit. La sépulture se trouvait dans le cimetière du clan, non loin du donjon de Stormholme.
Jolthar s'y rendit sans hésiter. En fouillant les lieux, il découvrit l'entrée d'une pièce dissimulée sous terre. À peine eut-il franchi le seuil que l'obscurité l'engloutit. Il ne distinguait plus rien. Il alluma une lanterne et s'enfonça lentement dans la pénombre. Autour de lui s'alignaient de nombreux sarcophages de pierre, massifs et silencieux. Dans la faible lumière, il apercevait leurs formes allongées, disposées avec une rigueur funéraire.
Alors qu'il avançait, absorbé par ses pensées, une tombe attira son regard. Une dalle blanche, immaculée, contrastait avec les autres. En son sommet, une longue épée rongée par le temps était plantée, droite, immobile. Jolthar sentit une attraction étrange, comme si l'arme l'appelait sans un mot. Poussé par un instinct qu'il ne chercha pas à comprendre, il s'approcha.
Lorsqu'il posa la main sur la poignée, la sensation fut immédiate. L'épée sembla se lier à lui, s'agrippant à sa paume avec une force invisible. Dans le même instant, la pierre blanche se fissura et vola en éclats. Sous la dalle reposait un squelette, et sur celui-ci, un livre ancien.
Jolthar s'en saisit avec précaution. Sur la couverture était inscrit un titre qui fit battre son cœur plus vite :
« L'Épée de Chaosbane ».
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