
Le Fiancé Inconnu, Le Passé Retrouvé
Chapitre 2
Quand je me suis réveillée, la première chose que j'ai vue était un plafond blanc et inconnu, la lumière douce d'une lampe de chevet éclairait la pièce, et une odeur de terre humide et de fleurs flottait dans l'air. Ma tête me faisait un mal de chien, un bandeau entourait mon front, et chaque pensée semblait lointaine, comme si elle appartenait à quelqu'un d'autre. Un homme était assis sur une chaise à côté du lit, il me regardait avec une inquiétude si profonde que ça m'a touchée. Il avait des cheveux bruns en désordre, des yeux doux et des mains sales, comme s'il venait de travailler la terre.
« Tu es réveillée », a-t-il dit, sa voix était un soulagement. « Comment tu te sens ? »
J'ai essayé de parler, mais ma gorge était sèche. J'ai secoué la tête, incapable de répondre. Je ne savais pas qui il était, ni où j'étais. Le vide dans ma tête était total, terrifiant.
« Qui êtes-vous ? » ai-je réussi à murmurer.
Son visage s'est décomposé, une tristesse infinie a remplacé son soulagement. Il a pris une profonde inspiration, comme pour se donner du courage.
« Je m'appelle Marc. Je suis ton fiancé, Amélie. »
Amélie. Ce nom ne me disait rien. Fiancé. Ce mot encore moins. J'ai regardé ses yeux, cherchant un signe de mensonge, mais tout ce que j'y ai vu, c'était de l'amour et de la peine. Il m'a raconté l'accident, une voiture qui m'avait heurtée alors que je traversais la rue. Il a dit que j'avais perdu la mémoire, mais que ça reviendrait. Il m'a promis de prendre soin de moi. Je n'avais aucune raison de ne pas le croire.
Les jours suivants, Marc a été d'une patience infinie. Il vivait au-dessus de sa boutique, une petite fleuristerie de quartier qui sentait bon la vie. L'appartement était simple, modeste, rempli de livres et de plantes. Ça ne ressemblait pas à l'idée que je me faisais de ma vie, mais quelle idée pouvais-je en avoir ? Des flashs me venaient parfois, des images sans contexte : le contact de la soie sur ma peau, le bruit d'une foule qui applaudit, le flash des appareils photo. Je sentais au fond de moi une ambition, un désir de créer, mais je ne savais pas quoi.
Marc m'a encouragée. Il m'apportait des fleurs chaque jour, me parlait de leurs formes, de leurs couleurs, de leurs noms. J'ai commencé à dessiner, d'abord timidement, puis avec une frénésie nouvelle. Des robes inspirées par les pétales d'un lys calla, des jupes qui imitaient la superposition d'une rose, des motifs qui rappelaient les nervures d'une feuille. Mon style était différent, plus organique, plus vivant que les vagues souvenirs de créations froides et architecturales qui me hantaient parfois. Marc a montré mes croquis à un ami qui travaillait dans la mode, et contre toute attente, on m'a proposé une petite collection capsule. Le succès a été immédiat, inattendu. Je me sentais renaître, aimée et en sécurité dans cette vie simple et créative.
Pourtant, une ombre persistait. Un nom qui revenait sans cesse dans mes rêves : Pierre. Ce nom était associé à une chaleur, à une promesse, à un sentiment de familiarité que même la dévotion de Marc ne pouvait égaler. Un soir, en regardant un vieux magazine d'architecture qui traînait dans le salon, je suis tombée sur une photo. Un homme aux cheveux blonds, au sourire confiant, se tenait devant un bâtiment magnifique. Le nom sous la photo était Pierre Gauthier.
Mon cœur a raté un battement. D'un coup, un souvenir a éclaté dans mon esprit, clair et précis. Moi et Pierre, plus jeunes, sur le Pont des Arts. Nous accrochions un cadenas. Il m'avait regardée dans les yeux et m'avait dit : « Amélie, si à trente ans on est toujours célibataires tous les deux, on se marie. C'est promis. »
J'avais trente ans.
J'ai confronté Marc, le magazine à la main. « Qui est cet homme, Marc ? Ne me mens pas. »
Il a baissé les yeux, incapable de soutenir mon regard. Il a tout avoué. Il était amoureux de moi depuis des années, me regardant de loin, la célèbre designer inaccessible. L'accident était une occasion inespérée de m'avoir pour lui. Pierre n'était pas un simple collègue, il était mon amour de jeunesse, l'homme que j'avais quitté pour me consacrer à ma carrière, mais que je n'avais jamais vraiment oublié.
La trahison m'a submergée. La vie simple et heureuse que je croyais mienne n'était qu'un mensonge bâti sur mon amnésie. J'ai senti une colère froide m'envahir. Marc a essayé de se justifier.
« Je t'aime, Amélie. Je t'aime plus que tout. Je voulais juste te rendre heureuse, te protéger du monde qui t'avait rendue si dure. Avec moi, tu étais différente, tu étais... toi. »
Ses mots sonnaient creux. Le bonheur qu'il m'avait offert était empoisonné. La douleur de sa tromperie était insupportable, comme une blessure profonde qui venait de se rouvrir. Une seule pensée occupait mon esprit : Pierre. Le souvenir de sa promesse, de son visage, était devenu mon unique phare dans cette obscurité.
Le lendemain, j'ai fait mes valises. Chaque objet dans cet appartement me rappelait le mensonge de Marc. J'ai laissé les robes inspirées par ses fleurs, symboles de cette vie volée. Mon cœur était lourd, une partie de moi pleurait la sécurité et l'inspiration que j'avais trouvées ici, mais une autre partie, plus forte, me disait que ma place était ailleurs. Devant la porte, Marc m'a suppliée de rester.
« Ne pars pas, Amélie. Ce qu'on avait était réel. L'amour que tu as ressenti était réel. »
« Rien de tout ça n'était réel, Marc », ai-je répondu, ma voix brisée. « C'était basé sur une illusion. »
Je l'ai quitté sans un regard en arrière, emportant avec moi la douleur de sa trahison et l'espoir fragile de retrouver un amour passé. J'ai pris un taxi et j'ai donné l'adresse du bureau d'architectes de Pierre Gauthier, une adresse que ma mémoire venait de me rendre. C'était un saut dans le vide, un retour vers un passé que je ne faisais qu'entrevoir, mais c'était le seul chemin que je pouvais prendre. Je devais savoir si la promesse de Pierre était toujours valable.
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