
Le Fiancé Inconnu, Le Passé Retrouvé
Chapitre 3
Mon cœur battait à tout rompre pendant que le taxi traversait Paris. Chaque rue réveillait des fragments de souvenirs, des fantômes de ma vie d'avant. Je me sentais à la fois étrangère et chez moi. La douleur de la trahison de Marc était encore vive, une plaie ouverte. J'essayais de me concentrer sur Pierre, sur la chaleur que son souvenir m'apportait. C'était mon ancre, la seule chose solide dans le chaos de mon esprit. Je me répétais que je faisais le bon choix, que je retournais à ma vraie vie, à mon véritable amour.
Quand je suis arrivée devant l'immeuble de verre et d'acier de son cabinet d'architectes, j'ai hésité un instant. Et s'il m'avait oubliée ? S'il était passé à autre chose ? J'ai repoussé ces doutes et je suis entrée. La réceptionniste m'a regardée avec surprise. Apparemment, Amélie Dubois était censée avoir disparu.
Pierre est sorti de son bureau, attiré par le bruit. Quand il m'a vue, il s'est figé. La joie et l'incrédulité se sont peintes sur son visage. Il a traversé le hall en quelques enjambées et m'a prise dans ses bras.
« Amélie ! Mon Dieu, tu es là. Je t'ai cherchée partout. »
Dans ses bras, je me suis sentie enfin à ma place. C'était familier, réconfortant. Il m'a emmenée dans son bureau, m'a servi un café et a écouté mon histoire, ou du moins la version confuse que je pouvais lui en donner. J'ai omis les détails de la tromperie de Marc, disant simplement qu'un fleuriste m'avait aidée après l'accident. Je ne voulais pas que la pitié se mêle à nos retrouvailles.
Pierre était l'homme que mes souvenirs m'avaient promis. Brillant, attentif, aimant. Il m'a dit qu'il ne m'avait jamais oubliée, qu'il m'attendait. Notre relation a repris là où nous l'avions laissée des années auparavant. Il m'a réintroduite dans mon ancienne vie, un tourbillon de soirées mondaines, de vernissages et de dîners avec des gens importants. Je portais de nouveau des vêtements de grands créateurs, je vivais dans son appartement luxueux et minimaliste. Tout était parfait, comme dans un rêve.
Mais mon inspiration avait disparu. Assise devant ma table à dessin, face à la vue imprenable sur Paris, je ne ressentais rien. Les formes architecturales qui m'entouraient me laissaient froide. Les couleurs vibrantes des fleurs de Marc me manquaient. Mes créations étaient devenues techniques, sans âme. Mon agent me pressait de produire une nouvelle collection, mais les pages restaient blanches. La joie que j'avais ressentie en créant pour la petite boutique de quartier s'était évanouie.
Pierre essayait de m'aider, il m'emmenait dans des musées, des galeries, mais rien ne fonctionnait. Il était stable, aimant, mais il ne pouvait pas allumer cette étincelle en moi. Je commençais à me sentir tiraillée, perdue entre ce passé idéalisé que j'avais enfin retrouvé et le vide créatif de mon présent. Je souriais aux soirées, je jouais mon rôle, mais à l'intérieur, j'étais vide.
Un jour, en lisant un blog sur les artisans parisiens, je suis tombée sur un article. « Le mariage du fleuriste du Marais : Marc Lefevre épouse une paysagiste. » Une photo accompagnait le texte. Marc, souriant, tenait la main d'une femme douce et jolie, Chloé. Ils se tenaient devant sa boutique, entourés de fleurs. La même boutique où j'avais redécouvert la joie de créer.
Une panique froide m'a saisie. Une douleur sourde et inattendue dans la poitrine. Marc allait se marier. Il avait tourné la page. L'idée qu'il puisse être heureux avec quelqu'un d'autre, quelqu'un qui partageait sa passion pour la nature, était insupportable. Pourquoi ? Je l'avais quitté, j'avais choisi Pierre. Je n'avais aucun droit de ressentir ça. Pourtant, la jalousie était là, brûlante et indéniable.
Pierre a dû voir le trouble sur mon visage. Ce soir-là, il a préparé un dîner somptueux. Il a ouvert une bouteille de champagne et a porté un toast à notre avenir.
« Amélie, je ne veux plus jamais te perdre. Je veux que tu sois ma femme. »
Il s'est agenouillé et a sorti une bague de sa poche. Un diamant énorme, parfait, froid. C'était tout ce dont j'aurais dû rêver. La promesse de notre jeunesse qui se réalisait enfin. Mais en regardant la bague, je n'ai rien ressenti. Ma gorge s'est nouée. Je ne pouvais pas dire oui.
« Pierre, je... je ne peux pas. »
La confusion et la peine ont envahi son visage. « Pourquoi ? Je croyais que c'était ce que tu voulais. »
Je ne savais pas quoi lui répondre. Comment lui expliquer que le diamant dans sa main me semblait moins précieux que les simples pétales de coquelicot que Marc m'avait offerts un matin ? Comment lui avouer que sa vie parfaite me semblait vide comparée à la simplicité de la boutique de fleurs ?
Le jour du mariage de Marc est arrivé. J'étais en proie au doute, à l'angoisse. Je n'arrêtais pas de regarder la photo de Marc et Chloé, leur bonheur simple et authentique. J'ai essayé de travailler, mais l'image de Marc épousant une autre femme me hantait. Pierre m'a appelée, inquiet. Je lui ai dit que j'avais besoin de temps, que j'étais confuse.
À l'heure de la cérémonie, une impulsion irrépressible m'a saisie. Je devais y aller. Je devais le voir une dernière fois. J'ai enfilé une robe simple et j'ai pris un taxi pour la petite mairie du Marais. Je me suis glissée à l'arrière de la salle, le cœur battant à grands coups.
Marc était là, debout devant le maire, magnifique dans son costume. Chloé, à ses côtés, était radieuse. Le maire a commencé son discours. Et puis il a posé la question fatidique.
« Marc Lefevre, consentez-vous à prendre pour épouse Chloé Martin, ici présente ? »
Marc a hésité. Juste une seconde, mais je l'ai vue. Ses yeux ont balayé la salle et se sont posés sur moi. Dans son regard, j'ai vu un océan de sentiments contradictoires. Et à cet instant, j'ai compris. J'ai compris que mon bonheur n'était pas avec Pierre, dans la gloire et le passé. Il était ici, avec cet homme qui m'avait menti par amour, qui m'avait inspirée, qui m'avait appris à voir la beauté dans les choses simples.
Sans réfléchir, j'ai fait un pas en avant. « Marc ! »
Tous les regards se sont tournés vers moi. Le silence est tombé, lourd et stupéfiant.
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