
Le Docteur, Le Mari, Le Mensonge
Chapitre 3
Ils m'ont forcée à quitter l'hôpital, encore recousue et bandée, parce que Hugo avait « arrangé » ma sortie. Il voulait que je sois hors de sa vue, hors de son esprit.
Ses ordres étaient absolus. Mon bien-être était une considération secondaire.
Je devais assister à une soirée de fiançailles. La soirée de fiançailles de Bérénice. Une célébration de son avenir, construit sur les ruines du mien.
Une robe, chatoyante et élégante, était posée pour moi. Un collier, délicat et scintillant, reposait à côté. Des cadeaux d'Hugo, disait-il.
Mais je les ai reconnus. C'étaient ceux de Bérénice. Ses vieux vêtements, ses rebuts. Il m'habillait avec ce qu'elle avait jeté.
L'infirmière a retiré avec précaution la dernière perfusion de mon bras, ses mouvements doux, presque désolés. Mon corps me semblait être une cage fragile.
Hugo faisait les cent pas, impatient, vérifiant sa montre. « Tu es prête, Émilie ? On ne peut pas être en retard. »
Il m'a à peine jeté un regard, son attention déjà tournée vers sa future nouvelle épouse.
Un garde a poussé brutalement mon fauteuil roulant vers la voiture qui attendait. Une secousse de douleur m'a transpercée, mais j'ai ravalé mon cri.
La blessure sur mon flanc s'est rouverte, une nouvelle fleur de cramoisi tachant le bandage blanc sous ma robe. L'agonie était maintenant une amie familière.
J'ai fermé les yeux, un cri silencieux piégé en moi. Mon cœur était un désert aride.
La voiture s'est arrêtée. L'entrée de leur grande propriété était une majestueuse volée de marches en marbre. Mon fauteuil roulant ne pouvait pas les monter.
Hugo s'est avancé pour me soulever, une lueur fugace d'inquiétude dans les yeux.
« Non ! » La voix de Bérénice, tranchante et triomphante, a fendu l'air. Elle se tenait en haut des escaliers, radieuse dans sa propre robe.
« Laisse-la marcher », a-t-elle ordonné, un sourire venimeux aux lèvres. « Elle doit mériter sa place. »
Mon souffle s'est coupé. L'humiliation, brûlante et cuisante, m'a envahie. Des larmes, incontrôlables, ont coulé sur mon visage.
Hugo a hésité, jetant un regard entre nous. Puis, sans un mot, il s'est retourné, prenant Bérénice dans ses bras. Il l'a portée en haut des escaliers comme si elle était une précieuse mariée.
Un rire amer m'a échappé. Un son dépourvu de joie, plein d'une moquerie désolée.
Je me suis souvenue de toutes les offenses, de toutes les dégradations subtiles. La façon dont il avait méprisé mes rêves, minimisé ma douleur. Tout cela faisait partie du plan.
Les chuchotements des invités, feutrés et réprobateurs, sont parvenus à mes oreilles. « La pauvre », murmuraient-ils. « Regarde-la. Tellement pathétique. »
Leur pitié était un nouveau coup dur. Mes jambes, encore faibles, encore tremblantes, ont commencé à bouger. Un pas douloureux après l'autre, j'ai rampé en haut de ces escaliers, un spectacle de honte.
J'ai cherché Hugo. Un soupçon de compassion. Mais il était parti, avalé par la foule scintillante.
Mon fauteuil roulant gisait abandonné en bas, une épave tordue. Quelqu'un avait dû lui donner un coup de pied.
Je me suis effondrée en haut, un tas brisé, des larmes brûlantes me dévorant les joues.
Des mains rudes m'ont relevée, me traînant jusqu'à une table isolée. J'étais une invitée indésirable à mes propres funérailles.
La fête était un tourbillon d'opulence. Des lustres étincelants, du champagne cher, les rires d'un millier d'inconnus.
Hugo, rayonnant de joie, a offert trois cadeaux à Bérénice. Chacun plus extravagant que le précédent.
L'un d'eux était un médaillon délicat, un bijou de famille. Celui qu'il m'avait promis, quand je me serais montrée digne.
Il m'avait dit que c'était un symbole d'amour véritable, transmis uniquement aux plus chéries. Une blague cruelle, en effet.
J'ai ri à nouveau, un son creux et guttural qui a surpris les quelques invités à proximité. C'était un rire de désespoir pur et sans mélange.
Bérénice m'a jeté un regard, une lueur d'irritation dans les yeux. Elle pensait que j'étais jalouse. Elle n'avait aucune idée.
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