
L'Avocate Trahie, Sa Douce Vengeance
Chapitre 2
Les magazines sur la table basse du salon la présentaient comme la femme la plus chanceuse de Paris. Amélie Dubois, avocate de renom, épouse du chef étoilé Antoine Lefèvre. Leurs photos montraient un couple parfait, souriant, au sommet de leur gloire. Lui, charismatique devant les caméras, elle, l'éminence grise, l'architecte discrète de leur succès commun. Leur appartement, avec vue sur la Seine, était le théâtre de dîners mondains où le tout-Paris se pressait. De l'extérieur, leur vie était un conte de fées moderne. Amélie y avait cru, elle aussi. Elle avait construit sa carrière tout en soutenant la sienne, sacrifiant des soirées pour relire ses contrats, des week-ends pour l'accompagner à des festivals culinaires. Elle était la fondation invisible de son empire.
Ce soir-là, une migraine la clouait au lit. Antoine était à son restaurant, "L'Alchimiste", pour le coup de feu du soir. C'était leur routine. Elle entendit le bruit de la porte d'entrée, suivi de pas qu'elle ne reconnut pas tout de suite. Puis des chuchotements dans le couloir. Ce n'était pas Antoine. C'était deux de ses jeunes commis de cuisine, venus déposer des caisses de vin. Ils ne savaient pas qu'elle était là.
« Tu as vu comment Chloé le regarde ? » dit une voix masculine, jeune.
« Comment veux-tu qu'elle ne le regarde pas ? Le chef, c'est le chef. Et puis, il ne la repousse pas, loin de là. »
Une pause. Le bruit de caisses posées sur le sol.
« Tu crois qu'ils… ? »
« Ça crève les yeux. La semaine dernière, il l'a emmenée à Lyon pour une 'dégustation' . Mon œil. Ils sont revenus le lendemain, elle avait un nouveau sac à main. Sa femme ne voit rien ? »
« Elle est avocate, toujours au bureau. Elle doit être trop occupée pour voir ce qu'il se passe sous son nez. »
Amélie sentit son sang se glacer. Chloé. Chloé Martin. Sa jeune assistante, si souriante, si serviable. Celle qu'Antoine décrivait comme "une petite pleine d'avenir". Le monde d'Amélie bascula en quelques phrases volées. Le vernis de sa vie parfaite venait de se craqueler, laissant entrevoir une vérité laide et sordide. Elle ne bougea pas, attendant que les commis repartent, le cœur battant à tout rompre dans le silence de la chambre.
Une heure plus tard, Antoine rentra. Il entra dans la chambre sur la pointe des pieds, l'odeur de la cuisine encore sur ses vêtements. Il s'assit sur le bord du lit et posa sa main sur son front.
« Toujours cette migraine, mon amour ? »
Sa voix était douce, remplie d'une fausse sollicitude. Amélie garda les yeux fermés. Le contact de sa main, qui lui était autrefois si réconfortant, lui donnait la nausée. Elle se sentait souillée.
« Oui. Ça ne passe pas. »
« Pauvre chérie. Tu travailles trop. Je t'ai préparé une petite tisane. »
Il se pencha pour l'embrasser sur le front. Amélie retint un frisson de dégoût. Elle n'était plus sa "chérie". Elle était l'idiote, la femme trompée. Mais elle ne laissa rien paraître. Elle était Amélie Dubois, avocate. La colère laissa place à un calme glacial. La partie ne faisait que commencer.
Le lendemain matin, Antoine lui apporta le petit-déjeuner au lit, un plateau magnifique avec des viennoiseries de sa pâtisserie. Il sourit, son visage de star de la gastronomie parfaitement composé.
« Je pensais à quelque chose, » dit-il en s'asseyant à côté d'elle. « On devrait partir quelques jours. Juste toi et moi. On irait en Italie, sur la côte amalfitaine, comme tu en as toujours rêvé. On a besoin de se retrouver. »
Il parlait de se retrouver, alors qu'il passait ses nuits avec une autre. L'ironie était si cruelle qu'Amélie aurait pu en rire. Elle le regarda, scrutant chaque détail de son visage, cherchant une faille, un signe de sa duplicité. Il n'y en avait aucun. Il était parfait dans son rôle de mari aimant.
« C'est une très bonne idée, Antoine, » répondit-elle d'une voix neutre. « Mais je dois d'abord boucler un gros dossier. Laisse-moi une semaine ou deux. »
Il parut satisfait de sa réponse. Il ne voyait rien. Il ne se doutait de rien. Pendant qu'il était sous la douche, Amélie prit son téléphone. Elle ne chercha pas dans ses messages. C'eût été trop simple, trop prévisible. Elle ouvrit son agenda professionnel et chercha un nom. Thomas Bernard. Un ancien camarade de la fac de droit, maintenant avocat à Londres, spécialisé dans les divorces complexes et les litiges financiers. Elle lui envoya un court message.
« Thomas, c'est Amélie. J'ai besoin de tes services. C'est personnel et c'est urgent. »
Elle reposa le téléphone. La migraine avait disparu. À la place, une détermination froide et tranchante s'était installée. Elle n'allait pas pleurer. Elle allait se battre. Et elle allait gagner.
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