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Couverture du roman Larmes et paris d'une épouse

Larmes et paris d'une épouse

Sophie a tout perdu au poker : cinquante mille euros d'économies familiales volatilisés en une nuit chez Chloé Dubois. Face au désespoir de sa femme, Jean-Luc comprend qu'elle a été victime d'un coup monté. Refusant la défaite, il écarte l'idée d'appeler la police ou d'emprunter de l'argent. Sous une fausse identité, il décide d'escorter Sophie au cercle de jeu pour confronter les escrocs. Face au redoutable Marc Leroux, Jean-Luc mise ses derniers deniers pour tenter une récupération héroïque.
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Chapitre 2

La lumière blafarde de l'unique lampadaire du salon découpait en deux le visage de Sophie. Une moitié dans l'ombre, l'autre baignée de larmes. Elle était à genoux sur le parquet froid, ses mains agrippées au bas de mon pantalon de travail.

"Jean-Luc, pardonne-moi. Je t'en supplie, pardonne-moi."

Sa voix était un souffle rauque, brisé par des heures de pleurs. Sur la table basse, entre nous, le relevé de compte bancaire était posé, froissé. Le solde affichait un chiffre si dérisoire qu'il en était absurde : 17,34 €. Hier encore, il y avait près de cinquante mille euros. Le fruit d'une année entière d'heures supplémentaires à l'usine, de week-ends sacrifiés de Sophie à la boulangerie.

Cinquante mille euros. Ce n'était pas un luxe. C'était notre survie.

C'était les frais de scolarité pour la dernière année d'études de notre fille.

C'était l'opération de la hanche pour mon père, qui ne pouvait presque plus marcher.

C'était notre loyer, nos factures, notre nourriture pour les douze prochains mois.

Tout avait disparu en une seule nuit. Au poker.

Je suis resté debout, silencieux. Je ne la regardais pas. Mon regard fixait le mur d'en face, là où était accrochée une photo de nous trois, notre fille Léa au milieu, souriant à pleines dents lors de ses dernières vacances. Ce n'était pas de la colère que je ressentais. C'était un vide immense, froid et tranchant. La fondation de notre vie venait de s'effondrer, et le bruit était assourdissant.

"Je suis une idiote," sanglotait Sophie. "Une imbécile. Chloé m'a dit que c'était juste pour s'amuser, quelques petites parties entre amies. Je ne sais pas ce qui m'a pris. J'ai perdu un peu, j'ai voulu me refaire... et puis... et puis tout est parti."

Elle s'est effondrée complètement, son front touchant le sol. La voir ainsi, anéantie par la culpabilité, a finalement percé ma torpeur. Je me suis accroupi, mais je ne l'ai pas touchée.

"Relève-toi, Sophie."

Ma voix était plate, sans émotion.

Elle a secoué la tête, ses cheveux collés à ses joues humides.

"Non. Je ne mérite pas. Laisse-moi là."

"J'ai dit, relève-toi."

J'ai attendu. Lentement, péniblement, elle s'est redressée, s'asseyant sur ses talons, le visage ravagé. Elle n'osait pas croiser mon regard.

Je l'ai observée un long moment. Sophie était simple, parfois naïve. Elle faisait confiance trop facilement, voyait toujours le bon côté des gens. C'était une de ses qualités, mais aussi sa plus grande faiblesse. Et quelqu'un en avait profité.

Puis, j'ai dit la chose la plus insensée qui soit sortie de ma bouche depuis des années.

"Demain, tu vas retourner jouer."

Sophie a relevé la tête d'un coup, ses yeux écarquillés par l'incompréhension et l'horreur.

"Quoi ? Non ! Jean-Luc, tu es fou ? Jamais ! Plutôt mourir !"

"Tu vas y retourner," ai-je répété, sans hausser le ton.

"Non !" a-t-elle crié, se levant brusquement. "Je ne toucherai plus jamais une carte de ma vie ! Je vais... je vais trouver une solution !"

Elle a couru vers la cuisine, le regard paniqué. Je l'ai suivie, sans me presser. Elle a fouillé dans le tiroir à couverts, ses mains tremblantes. Elle en a sorti le grand couteau de cuisine.

"Sophie."

Elle l'a retourné vers elle, la pointe caressant son poignet. Ses yeux étaient emplis d'une résolution désespérée.

"C'est la seule façon... Je ne peux pas vivre avec ça. Je vous ai tout pris."

J'ai fait un pas en avant et j'ai attrapé son poignet. Fermement, sans violence. J'ai pris le couteau de son autre main et je l'ai reposé sur le plan de travail.

"Arrête tes bêtises."

Elle s'est débattue, mais je l'ai tenue.

"Laisse-moi ! C'est de ma faute !"

"Non," ai-je dit, et pour la première fois, une lueur de colère a percé ma voix. "Ce n'est pas seulement de ta faute. Tu crois vraiment qu'on peut perdre cinquante mille euros par 'malchance' dans une partie entre amies ? Dans l'arrière-boutique de Chloé Dubois ?"

Elle a cessé de se débattre, me fixant, confuse.

"Comment... comment tu sais que c'était chez Chloé ?"

"Parce que tu es naïve, Sophie. Mais pas stupide au point de miser l'avenir de ta famille sur un coup de tête. On t'a poussée. On t'a piégée. On t'a plumée. Ce n'était pas une partie de poker. C'était une exécution planifiée."

La réalisation a lentement chassé la panique de son visage, laissant place à une horreur d'une autre nature. L'horreur de la trahison.

"Chloé... non, elle ne ferait pas ça..."

"Si. Et tu vas y retourner demain," ai-je conclu, ma décision prise. "Mais cette fois, je viens avec toi."

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