
L'Amour, Un Mensonge Amer
Chapitre 2
Pour Adèle Dubois, l'amour avait un goût amer, celui d'un mensonge qu'elle portait seule depuis trois ans. Un mensonge né d'une bonne intention, pour sauver la vie de l'homme qu'elle aimait, Antoine Lefevre. Mais ce mensonge avait coûté son honneur à Chloé Martin, l'amie d'enfance d'Antoine, et avait détruit la confiance qu'il avait en elle.
Son père, un homme puissant et pragmatique, l'avait prévenue.
« Un mariage sans confiance ne peut pas durer, Adèle. »
Mais elle s'était entêtée, persuadée de pouvoir regagner son cœur. Son père lui avait alors lancé un ultimatum : un an. Un an pour obtenir la confiance d'Antoine, sinon elle devrait rentrer à Paris pour un mariage arrangé avec la famille Leclerc. Cette année touchait presque à sa fin, et l'obsession d'Adèle commençait à se fissurer, surtout après qu'Antoine l'eut encore une fois délaissée pour Chloé.
La rumeur enflait dans l'entreprise comme une mauvaise fièvre. On disait que Chloé Martin s'était immiscée dans la relation d'Adèle et Antoine. Puis, la bombe a éclaté. Quelqu'un a publié des photos. Des photos de Chloé et Antoine, bras dessus bras dessous, souriant en ville. Un filigrane temporel, implacable, indiquait la date et l'heure. C'était le jour de l'anniversaire d'Antoine. Ce jour-là, Adèle avait passé l'après-midi à lui préparer son gâteau préféré. Elle avait attendu, seule à la maison, pendant trois longues heures, devant le gâteau qui refroidissait, tout comme son espoir.
Les photos sont devenues virales. Les commentaires fusaient, accusant Chloé d'être une briseuse de ménage, une femme sans pudeur. Adèle n'avait même pas eu le temps de réfléchir à ce qu'elle devait faire. La porte de son bureau a volé en éclats.
Chloé Martin était là, le visage déformé par la rage, accompagnée de sa meilleure amie. Sans un mot, elle a avancé et a giflé Adèle de toutes ses forces. La détonation a claqué dans le silence du bureau.
« Adèle Dubois, c'est toi qui as fait ça ? » hurla Chloé.
Adèle, la joue en feu, la tête bourdonnante, n'a pas pu répondre. C'est à ce moment qu'Antoine est arrivé, alerté par le bruit. À l'instant où il est apparu, le visage de Chloé s'est transformé. La fureur a laissé place à une détresse infinie. Elle s'est jetée dans ses bras, les larmes coulant à flots sur ses joues.
« Antoine, je suis tellement humiliée… Regarde comme les gens m'insultent… Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter ça... »
Antoine l'a tenue doucement, puis son regard s'est posé sur Adèle. Il a vu sa joue, déjà rouge et enflée. Une lueur étrange, presque de la douleur, a traversé ses yeux un court instant.
« Ça fait mal ? » a-t-il demandé.
Sa voix était basse. Adèle a senti une vague d'espoir la submerger. Il s'inquiétait pour elle. Enfin. Elle a hoché la tête, les larmes montant à ses propres yeux.
« Oui. »
Mais la main d'Antoine, au lieu de la caresser, s'est tendue et a appuyé fermement sur sa joue blessée. La douleur a explosé, vive et cruelle.
« Ça fait mal, pourquoi n'apprends-tu pas la leçon ? »
Le corps d'Adèle s'est raidi. La déception était si violente qu'elle lui a coupé le souffle.
« Je t'ai expliqué un million de fois que Chloé est comme ma sœur, elle est juste une voisine avec qui j'ai grandi. Pourquoi tu t'obstines à faire des choses pareilles par jalousie ? Il y a trois ans, tu lui as déjà fait tellement de mal, ça ne te suffit pas ? »
« Je n'ai pas… » a-t-elle essayé de murmurer, la voix brisée.
« Tais-toi ! » a-t-il crié, sa fureur éclatant au grand jour. « Les horreurs que tu as faites il y a trois ans, ce mensonge éhonté que tu as raconté, tu veux que je les étale devant tout le monde pour que tout le monde sache qui tu es vraiment ? »
Un mensonge éhonté. Les mots flottaient dans l'air, lourds de sens. Les collègues présents chuchotaient, leurs regards passant de l'un à l'autre. Oui, elle avait menti. Un mensonge dont personne ne connaissait la véritable histoire, la véritable raison.
Il y a trois ans, elle avait enivré Antoine. Elle avait passé une nuit avec lui. Ensuite, elle avait prétendu être enceinte pour le forcer à l'épouser. C'était la version que tout le monde connaissait, la version qu'Antoine lui-même croyait. Bien sûr, son ventre n'avait jamais grossi. Mais le pire, c'était ce qui s'était passé cette même nuit. Alors qu'elle était avec lui, Chloé Martin, son amie d'enfance, s'était fait agresser par des voyous dans une ruelle. Depuis, elle était fragile, souffrant d'une maladie chronique. Antoine était rongé par la culpabilité. Il était convaincu que s'il n'avait pas été "piégé" par Adèle, il aurait pu être là pour Chloé, il aurait pu la protéger.
Depuis ce jour, sa confiance en Adèle était morte. Chaque dispute, chaque conflit entre les deux femmes, peu importaient les faits, c'était toujours la faute d'Adèle.
Mais il ne savait pas. Il ne savait rien de la vérité. S'il était en vie aujourd'hui, c'était grâce à ce mariage forcé. Il souffrait d'une maladie sanguine rare, une maladie mortelle qui ne pouvait être traitée que dans un hôpital privé extrêmement select, un hôpital qui ne servait que les membres et les alliés de la famille Dubois. Pour survivre, il devait devenir un membre de la famille Dubois.
Son père lui avait demandé, quelques mois plus tôt : « Adèle, pourquoi tu ne lui dis pas la vérité ? Tu sais bien qu'un mariage bâti sur le mensonge, même pour une bonne raison, est voué à l'échec. »
Adèle, alors pleine d'une confiance qui semblait maintenant stupide, avait répondu : « Antoine finira par me faire confiance. Il m'aimera. »
Avant ce drame, il avait été si doux avec elle. Elle était tombée amoureuse de cette douceur. Elle ne voulait pas de sa gratitude pour le reste de sa vie. Elle ne voulait pas qu'il la regarde comme sa sauveuse. Elle voulait qu'il la regarde comme sa femme, qu'il l'aime pour ce qu'elle était.
Mais la douceur d'Antoine était désormais réservée à Chloé. Adèle ne voyait que rarement son sourire. Elle se disait que ce n'était pas grave. Qu'elle pouvait attendre. Attendre le jour où sa patience et sa sincérité le toucheraient enfin.
Son père avait soupiré, résigné. « Fais comme tu veux. Mais je ne te donne qu'un an. Si dans un an, tu n'as pas réussi à gagner sa confiance, tu rentres à Paris. Et tu épouseras le jeune Leclerc. »
Quand Adèle est revenue à elle, le bureau était presque vide. Antoine était parti, emmenant avec lui une Chloé sanglotante. Adèle était seule, à genoux sur le sol froid, sous les regards méprisants des quelques collègues qui restaient.
Ce soir-là, à vingt heures, Adèle attendait. La table était couverte de ses plats préférés, qu'elle avait mis des heures à cuisiner. Le téléphone a sonné. C'était son père.
« Adèle, tu regrettes ? Tu veux rentrer ? Le jeune Leclerc n'arrête pas de me demander de tes nouvelles. »
Adèle a remué la bouillie dans son bol, un geste mécanique. Elle a secoué la tête, même si son père ne pouvait pas la voir.
« Non, je ne rentrerai pas. Antoine et moi, ça va. »
La voix de son père s'est faite plus dure. « Il t'a traitée comme ça aujourd'hui, et tu t'obstines encore ? »
Apparemment, il était déjà au courant. Avec son influence, ce n'était pas surprenant.
« Je ne rentre pas », a-t-elle répété, la voix plus ferme qu'elle ne le sentait. « Antoine finira par me croire. »
« Toi, ma petite… » Son père a soupiré, un son chargé d'impuissance et de tristesse. « Alors n'oublie pas ta promesse. Il ne te reste que trois mois. »
Trois mois. L'échéance d'un an approchait à grands pas. Elle devait redoubler d'efforts.
À vingt-deux heures, Antoine est enfin rentré. Son regard a balayé la table, les bougies rouges qu'elle avait allumées, puis s'est posé sur elle. Elle portait une nuisette en soie, élégante et sexy, et s'était maquillée avec soin. Un désir animal a brièvement traversé ses yeux, une lueur qu'elle n'avait pas vue depuis longtemps. Mais il l'a éteinte aussi vite qu'elle était apparue, la remplaçant par un masque de glace.
Il s'est approché.
« Chloé s'est fait insulter toute la journée à cause de toi, et toi, tu as encore le cœur à te pomponner comme ça ? »
Le sourire d'Adèle s'est figé, s'est brisé. Antoine est entré dans la chambre et a claqué la porte, lui jetant une dernière phrase par-dessus son épaule.
« Ce soir, tu dormiras sur le canapé. C'est ta punition. Réfléchis bien à ce que tu as fait à Chloé. Tu reviendras me voir quand tu auras compris. »
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