
L'Amour, Un Mensonge Amer
Chapitre 3
Adèle a passé la nuit à se tourner et se retourner sur le canapé trop étroit. Le sommeil ne venait pas. Chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle revoyait le regard de mépris d'Antoine, sentait la pression de sa main sur sa joue. Le froid du salon n'était rien comparé au gel qui s'était installé dans son cœur. Elle a fini par abandonner l'idée de dormir et a regardé le jour se lever à travers les grandes baies vitrées de la villa, une aube grise et sans promesse.
Le lendemain matin, alors qu'elle s'apprêtait à partir au travail, le visage fatigué mais maquillé pour cacher sa nuit blanche, son téléphone professionnel a sonné. C'était les ressources humaines.
« Mademoiselle Dubois, nous vous appelons pour vous informer que vous êtes suspendue de vos fonctions avec effet immédiat. »
Adèle a cru mal entendre.
« Comment ça ? C'est impossible ! Mon projet vient à peine de commencer, nous sommes dans une phase critique ! »
La personne à l'autre bout du fil a semblé hésiter.
« Mademoiselle Dubois, votre projet… il sera entièrement repris par Mademoiselle Martin. »
Puis, comme pour se dédouaner, la voix a ajouté : « C'est une décision de Monsieur Lefevre. Si vous avez des questions, vous pouvez en discuter directement avec lui. »
Le nom de Monsieur Lefevre a eu l'effet d'une douche froide. Son sang s'est glacé dans ses veines. Sans même raccrocher, elle a laissé tomber le téléphone et a couru hors de la maison, sautant dans sa voiture pour se rendre au bureau.
Elle n'a pas pris la peine de frapper. Elle a poussé la porte du bureau d'Antoine avec une force qu'elle ne se connaissait pas. Il était là, assis derrière son grand bureau en bois sombre, les yeux fixés sur son ordinateur.
« Je fais bien mon travail, pourquoi me suspendre ? Et pourquoi donner mon projet à Chloé Martin ? » a-t-elle demandé, la voix tremblante de colère et d'incompréhension.
Pour qu'Antoine la voie enfin, pour qu'il reconnaisse sa valeur, elle avait travaillé comme une forcenée. Ces projets, elle les avait décrochés en sacrifiant ses week-ends, en enchaînant les dîners d'affaires où elle avait dû boire bien plus que de raison, jusqu'à se rendre malade. Et maintenant, il les donnait à Chloé ? Chloé, qui arrivait toujours en retard et partait toujours en avance, qui considérait le travail comme un simple passe-temps.
Antoine a lentement levé les yeux de son écran. Son visage était vide de toute émotion, comme s'il regardait une étrangère.
« C'est ça, le résultat de ta nuit de réflexion ? » a-t-il demandé d'un ton plat.
Les larmes qu'Adèle avait réussi à contenir ont jailli. D'un geste impulsif, elle s'est avancée et a refermé brutalement l'écran de son ordinateur portable.
« Je te demande pourquoi tu donnes mon projet à Chloé Martin ! » a-t-elle crié, sa voix se brisant.
Contre toute attente, Antoine ne s'est pas fâché. Il a poussé un long soupir, comme s'il était las, épuisé par son comportement. Il s'est levé, s'est approché d'elle et, d'un geste étonnamment doux, il a remis en place une mèche de cheveux qui était tombée sur son front.
« Adèle, nous avons tous les deux des torts envers Chloé. Hier, tu l'as encore fait humilier publiquement. Considere ça comme une petite compensation pour elle. Arrête de faire des histoires, d'accord ? »
Sa voix était calme, presque caressante, mais ses mots étaient des lames. Nous avons tous les deux des torts envers elle. Cette phrase, elle l'avait entendue un nombre incalculable de fois. Il y a trois ans, cette fameuse nuit, Chloé Martin avait été agressée par des voyous. Elle était tombée enceinte suite à cette agression. Après l'avortement, sa santé était devenue fragile. Chloé et Antoine lui avaient raconté cette histoire encore et encore, comme pour graver sa culpabilité dans sa chair.
Mais était-ce vraiment de sa faute si des voyous l'avaient agressée ? Une question la brûlait de l'intérieur, une question qu'elle n'osait plus poser. Pourquoi, quand elle a eu besoin d'aide, n'a-t-elle pas appelé la police ? Pourquoi a-t-elle appelé Antoine, qui était avec moi ? Chaque fois qu'elle avait osé prononcer ces mots, Antoine était entré dans une rage folle. Les punitions qui suivaient étaient de plus en plus dures, de plus en plus humiliantes. Alors elle avait appris à se taire. Elle avait peur. Peur de sa colère, peur de ses punitions sans fin, peur de le perdre complètement.
Elle a ravalé ses larmes avec difficulté, sentant un goût amer dans sa gorge. Elle a fait demi-tour sans un autre mot, a quitté son bureau et est allée s'asseoir sur un petit balcon au bout du couloir, un endroit désert où personne ne venait jamais. Le vent froid de l'hiver fouettait son visage, mais elle ne le sentait pas. Elle était perdue dans ses pensées, regardant le vide, son propre avenir lui semblant tout aussi vide.
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