
L'Amour Trahi: Revanche Stylée
Chapitre 2
La musique du gala s'est arrêtéc brusquement dans ma tête au moment où le nom de Chloé a été annoncé. Sur la scène, sous les projecteurs aveuglants, ma demi-sœur souriait, triomphante, vêtue d'une robe qui était une copie parfaite de mon design le plus intime. À côté d'elle, Antoine, mon ancien apprenti, applaudissait avec un enthousiasme qui me donnait la nausée.
Mon souffle s'est bloqué dans ma poitrine. C'était mon moment, mon défilé, le point culminant de des années de travail acharné. Et ils me l'avaient volé.
Je me suis sentie vide, transparente, comme si tout le monde pouvait voir à travers moi la douleur et l'humiliation. Mes créations, celles que j'avais dessinées, coupées et cousues avec une passion dévorante, étaient maintenant acclamées comme étant le génie de Chloé. Et l'homme que j'avais formé, à qui j'avais tout appris, se tenait là, complice de cette mascarade.
Je me suis retournée, cherchant un regard de soutien, une once de réconfort. Mes yeux ont croisé ceux de Pierre, mon mentor, l'homme que je considérais comme un père. Il ne me regardait pas. Son attention était entièrement tournée vers la scène, un sourire de fierté gravé sur son visage. Un sourire pour Chloé. Pas pour moi.
Le monde s'est effondré autour de moi. La trahison n'était pas seulement professionnelle, elle était profondément personnelle, familiale. C'était un coup de poignard orchestré par les trois personnes en qui j'avais le plus confiance.
Le gala est terminé depuis longtemps, mais le souvenir de cette nuit reste gravé en moi. Maintenant, dans cette salle de réunion froide et impersonnelle, les mêmes visages sont devant moi. Chloé, arrogante. Antoine, l'air faussement contrit. Et Pierre, présidant la table avec une autorité feinte.
Antoine a pris la parole, sa voix tremblante mais résolue.
« Léa, je suis désolé pour ce qui s'est passé. Mais je dois penser à mon avenir. Chloé m'a fait une offre que je ne peux pas refuser. Je serai son bras droit, son designer en chef. »
Ses mots étaient comme du venin. Son "avenir". Un avenir construit sur les ruines du mien.
Je l'ai regardé fixement, sans ciller. La douleur d'hier s'était transformée en une froide colère.
« Ton avenir ? Tu parles de l'avenir que je t'ai donné ? »
Ma voix était basse, presque un murmure, mais elle a coupé le silence de la pièce.
« Je t'ai trouvé alors que tu n'étais personne, Antoine. Je t'ai formé, j'ai partagé avec toi tous mes secrets, mes techniques les plus précieuses. Celles que ma mère m'avait léguées. »
Je me suis levée lentement, mes mains posées à plat sur la table.
« Tu te souviens de la collection "Renaissance" ? Celle qui a lancé ta carrière ? »
Il a détourné le regard, incapable de me faire face.
« J'ai passé trois nuits blanches à repiquer à la main les broderies de tes premières pièces parce que tu n'y arrivais pas. Je voulais que tout soit parfait pour toi. »
J'ai montré le bout de mon index droit, où une petite cicatrice blanche était à peine visible.
« Je me suis piqué plus de cent fois cette nuit-là. Mon doigt a saigné, mais je n'ai pas arrêté. Pour toi. Pour que tu puisses briller. Voilà le prix de ton "avenir". »
Le silence dans la pièce était lourd. Chloé a affiché un sourire méprisant. Antoine, lui, était pâle.
Pierre a finalement décidé d'intervenir, sa voix se voulant apaisante, mais pleine d'une condescendance à peine voilée.
« Léa, nous comprenons ta déception. Mais le monde de la mode est ainsi fait. C'est un milieu compétitif. Antoine a fait un choix de carrière. Il a toujours été destiné à travailler avec quelqu'un de la stature de Chloé. Il aurait toujours dû être son bras droit. »
Chaque mot était une insulte. "La stature de Chloé". Il insinuait qu'elle était supérieure, que j'étais insignifiante. Il effaçait des années de mentorat, de confiance, de travail commun, comme si tout cela n'avait jamais existé. Il révélait enfin son vrai visage : celui d'un manipulateur qui m'avait utilisée pour propulser ses véritables protégés.
La rage a monté en moi, claire et pure.
Antoine a enfin osé lever les yeux vers moi, une lueur de défi dans le regard.
« Ce n'était que du travail, Léa. Tu as toujours tout mélangé, le personnel et le professionnel. Pour moi, tu étais une mentor, rien de plus. Chloé et moi, nous partageons la même vision, la même ambition. C'est une connexion que tu ne peux pas comprendre. »
"Rien de plus". Cette phrase a tout brisé. Ce n'était pas seulement une trahison, c'était une négation de tout ce que nous avions partagé. Ma dévotion, mon sacrifice, réduits à une simple transaction professionnelle à ses yeux.
Un rire sec et sans joie m'a échappé.
« Tu as raison, Antoine. Je ne peux pas comprendre une telle... "connexion". »
Je l'ai regardé, puis j'ai tourné mon regard vers Chloé, et enfin vers Pierre. Trois visages unis dans la même conspiration.
« Alors, va. Va construire ton avenir sur des mensonges et des vols. »
J'ai attrapé mon sac, ma décision prise.
« Mais sache une chose. À partir de cet instant, tu n'es plus rien pour moi. Le lien entre nous est rompu. Pour toujours. »
Sur ces mots, j'ai tourné les talons et j'ai quitté la pièce, sans un regard en arrière. La douleur était encore là, mais une nouvelle force naissait de ses cendres. La justice. Je l'obtiendrais, quel qu'en soit le prix.
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