
L'Amour Trahi: Revanche Stylée
Chapitre 3
Je suis retournée dans mon atelier, le seul endroit où je me sentais encore chez moi. Les mannequins drapés de tissus inachevés me regardaient comme des fantômes silencieux. Sur ma table de travail, il ne restait qu'une seule chose de valeur : le dernier rouleau de "Soie Étoilée". Un tissu légendaire, créé par ma mère, dont la technique de tissage s'était perdue avec elle. Sa couleur changeait avec la lumière, passant du bleu nuit profond à l'argent liquide. C'était mon héritage, mon trésor le plus précieux.
Quelques jours plus tard, Pierre m'a convoquée dans son bureau. Un espace opulent, décoré de ses propres récompenses et de photos de lui avec les plus grands noms de la mode. Il m'a offert un thé, son visage affichant une sollicitude paternelle qui sonnait terriblement faux.
« Léa, ma chère enfant, je m'inquiète pour toi, » a-t-il commencé.
Je n'ai pas touché à la tasse.
« Vraiment ? »
Il a ignoré mon sarcasme.
« Chloé est prête à faire un geste. Elle sait à quel point tu es attachée à la maison de couture de ta mère. Elle est prête à ne pas réclamer la totalité des parts qui lui reviennent de droit, en échange d'une petite compensation. »
J'ai senti le piège se refermer.
« Quelle compensation ? »
« Le rouleau de Soie Étoilée. »
J'ai failli éclater de rire. C'était donc ça. Ils ne voulaient pas seulement ruiner ma réputation, ils voulaient me prendre jusqu'à mon âme.
Pierre avait toujours été au courant de la valeur de ce tissu. Dans le passé, il m'avait souvent déconseillé de l'utiliser, prétextant qu'il était "trop complexe", "trop risqué pour une jeune créatrice". Maintenant, je comprenais. Il ne voulait pas que je réussisse avec. Il le gardait pour sa protégée, Chloé.
Il a poursuivi, sa voix mielleuse.
« C'est pour ton bien, Léa. Ce tissu est un fardeau pour toi. Il te rattache au passé. Chloé, avec les ressources de sa maison, saura lui rendre hommage. En échange, tu gardes ton atelier, un petit nom. C'est une offre généreuse. Pense-y comme un nouveau départ. »
Un "nouveau départ" en me dépouillant de tout ce qui avait de la valeur. L'injustice était suffocante. La Soie Étoilée n'était pas juste un tissu. C'était des années de recherche de ma mère, une innovation qui aurait pu révolutionner l'industrie. Le donner à Chloé, c'était comme lui offrir le prix Nobel sur un plateau d'argent. En échange, je gardais des murs vides et une réputation en lambeaux.
J'ai regardé Pierre dans les yeux.
« Et si je refuse ? »
Son sourire s'est effacé.
« Alors Chloé utilisera tous les recours légaux. Elle est ta demi-sœur, elle a des droits sur l'héritage de ton père, qui a investi dans ta maison. Le processus sera long, coûteux, et à la fin, tu perdras tout. Absolument tout. Accepte, Léa. C'est la seule solution raisonnable. »
Il me mettait le couteau sous la gorge, tout en prétendant me sauver.
J'ai repensé à une autre chose que ma mère m'avait laissée. Un vieux carton rempli de ses carnets de croquis. Il était entreposé dans les archives de la maison de couture, un endroit que Chloé et Pierre considéraient comme un débarras sans valeur. Personne n'y avait jamais prêté attention. Tout le monde pensait que ma mère y notait juste de vieilles idées sans intérêt.
Une idée folle a germé dans mon esprit. Une intuition.
« D'accord, » ai-je dit, ma voix étonnamment calme.
Pierre a semblé surpris par ma capitulation rapide.
« J'accepte l'échange. Je vous donne la Soie Étoilée. »
Puis j'ai ajouté, comme une pensée secondaire.
« Mais je veux une chose en plus. Une broutille. Il y a un vieux carton de croquis de ma mère dans les archives. Personne ne le veut, il prend la poussière. Je veux le récupérer. C'est une valeur sentimentale, rien de plus. »
Pierre a eu un mouvement de recul, suspicieux. Mais l'idée de mettre la main sur la Soie Étoilée était trop tentante. Un carton de vieux papiers contre un tissu légendaire ? L'affaire était trop belle pour lui.
« Si ce n'est que ça... C'est accordé, » a-t-il dit, son sourire triomphant revenant.
La transaction a eu lieu le jour même, dans l'atelier. Les avocats étaient présents. Chloé est arrivée, rayonnante, incapable de cacher sa jubilation. Elle a caressé la Soie Étoilée comme si elle possédait déjà le monde. Antoine se tenait derrière elle, son ombre silencieuse.
Un employé a apporté le vieux carton poussiéreux et l'a posé à mes pieds. Il était lourd, usé par le temps. Chloé l'a regardé avec un dédain manifeste.
« Tu peux garder tes vieux souvenirs, Léa. Moi, je me tourne vers l'avenir. »
J'ai signé les papiers sans un mot, mon visage impassible. J'ai senti leurs regards moqueurs sur moi alors que je serrais le vieux carton contre ma poitrine. Ils pensaient que j'étais vaincue, brisée, réduite à me raccrocher à des reliques sans valeur.
intérieurement, je souriais.
"Oui, Chloé. Garde le trésor. Moi, je garde la clé."
Ils ne savaient pas. Ils ne pouvaient pas savoir. Le véritable héritage de ma mère ne résidait pas dans le tissu lui-même, mais dans le secret de sa création. Et j'avais le sentiment que ce secret était caché ici, dans ces pages oubliées.
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