
L'Amour Trahi: Renaissance d'une Flamme
Chapitre 2
Le téléphone a sonné juste au moment où je finissais d'ajuster le ruban sur le dernier carton d'invitation.
C'était pour nos fiançailles.
Celles de Louis et moi.
J'ai souri en voyant le nom de Marc, le frère de Louis, s'afficher sur l'écran. Il appelait sûrement pour confirmer les derniers détails de la fête surprise que nous organisions pour la grand-mère.
« Marc ? Tout va bien ? »
Le silence à l'autre bout du fil était étrange, lourd.
Il n'y avait que le son de sa respiration, saccadée, comme s'il venait de courir un marathon.
« Marc ? » ai-je répété, mon sourire s'effaçant.
« Amélie… »
Sa voix était cassée, méconnaissable.
Un frisson glacial a parcouru mon échine.
« Il y a eu un accident. »
Mon cœur s'est arrêté de battre.
Les mots suivants sont sortis de sa bouche comme des fragments de verre.
« Un accident de la route… Louis… il… »
Il n'a pas eu besoin de finir sa phrase.
« Il n'a pas survécu, Amélie. Louis est mort. »
Le téléphone m'a glissé des mains.
Il a heurté le parquet dans un bruit sourd, qui a semblé résonner dans un silence assourdissant.
Mes genoux ont fléchi.
Je me suis effondrée sur le sol, entourée des invitations qui nous promettaient un avenir radieux.
Le monde autour de moi a disparu. Il n'y avait plus que ces mots, qui tournaient en boucle dans ma tête : Louis est mort.
Je ne sais pas combien de temps je suis restée là, prostrée.
Des heures, peut-être.
Quand Marc est arrivé, il m'a trouvée au même endroit. Il s'est agenouillé près de moi, m'a prise dans ses bras sans un mot. Ses propres larmes coulaient sur mes cheveux.
Les jours qui ont suivi sont un brouillard de douleur.
L'enterrement.
Les condoléances.
Les regards pleins de pitié.
La grand-mère de Louis, d'habitude si forte, était anéantie. Elle me serrait la main, ses yeux noyés de chagrin, et me répétait :
« Il t'aimait tellement, ma petite. Tellement. »
Marc restait à mes côtés, silencieux et solide. Il s'occupait de tout, me protégeant du monde extérieur.
Un soir, alors que la maison était enfin vide, il s'est assis en face de moi.
Il avait l'air épuisé.
« Amélie, je sais que rien ne peut apaiser ta douleur maintenant. Mais… parfois, les choses ne sont pas ce qu'elles semblent être. »
Je l'ai regardé, sans comprendre.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Il a secoué la tête, comme s'il regrettait ses paroles.
« Rien. Oublie. Je suis juste fatigué. »
Cette phrase étrange est restée en suspens, mais mon chagrin était si immense que je n'ai pas eu la force d'y réfléchir.
La vie sans Louis était vide.
Chaque coin de notre appartement me rappelait son rire, son odeur, sa présence.
J'ai arrêté de travailler. J'ai arrêté de manger. J'ai arrêté de vivre.
Un mois plus tard, j'ai forcé mes jambes à me porter dehors.
Je devais respirer un autre air, voir autre chose que ces murs qui m'étouffaient.
Je marchais sans but, la tête basse, quand j'ai traversé le Pont des Arts. C'était notre endroit. C'est là que Louis m'avait demandée en mariage.
La douleur était si vive que j'ai dû m'arrêter, m'appuyant contre le parapet pour reprendre mon souffle.
Et c'est là que je l'ai vu.
De l'autre côté de la rue, sur la terrasse d'un café de luxe.
Un homme.
Ses cheveux étaient plus courts, teints en blond platine. Il portait des lunettes de soleil chics et un costume coûteux que je ne lui avais jamais vu.
Mais c'était sa posture.
Sa façon de pencher la tête en arrière quand il riait.
C'était Louis.
Mon cœur s'est emballé.
C'est impossible. Je deviens folle. C'est le chagrin qui me joue des tours.
Mais il était là. Bien vivant.
Et il n'était pas seul.
Une femme était assise en face de lui, une blonde magnifique, le genre de femme qu'on voit dans les magazines. Elle lui souriait, posant sa main sur la sienne.
Ils avaient l'air intimes. Heureux.
Une nausée m'a envahie.
Je me suis cachée derrière un kiosque à journaux, le cœur battant à tout rompre.
Je devais en avoir le cœur net.
J'ai traversé la rue, le corps tremblant, et je me suis approchée doucement de leur table, me dissimulant derrière un grand pot de fleurs.
Je pouvais entendre leurs voix.
« Tu es sûr que personne ne te reconnaîtra ici ? » a demandé la femme, d'une voix douce.
Sa voix à lui.
Cette voix qui me berçait chaque nuit.
« Ne t'inquiète pas, Clara. Pour tout le monde, Louis est mort et enterré. Et puis, avec cette nouvelle tête, même ma propre mère ne me reconnaîtrait pas. »
Il a ri.
Un rire léger, amusé.
Le même rire qui résonnait dans mes souvenirs.
Clara a souri.
« C'était courageux de ta part, de tout laisser derrière toi. Cet accident… c'était un coup de génie. »
« Je n'avais pas le choix, » a-t-il répondu, caressant sa main. « Je ne pouvais plus supporter cette vie médiocre. Je voulais être avec toi. Seulement avec toi. »
Chaque mot était un coup de poignard.
Ma vie.
Notre vie.
Une vie médiocre.
La douleur qui m'avait consumée pendant un mois a disparu d'un seul coup.
Elle a été remplacée par autre chose.
Une colère froide, brûlante.
Une humiliation si profonde qu'elle me donnait la nausée.
Il n'était pas mort.
Il m'avait abandonnée.
Il avait simulé sa propre mort pour s'enfuir avec une riche héritière.
Il m'avait laissée pleurer un fantôme, un mensonge.
Il avait fait de moi une idiote aux yeux du monde entier.
Je suis restée figée, le regard fixé sur eux.
Le visage de mon fiancé.
Le visage d'un étranger.
Le chagrin était mort.
À sa place, une seule pensée a pris racine dans mon esprit, claire et tranchante comme du verre brisé.
La vengeance.
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